SENEGAL-AGRICULTURE-REPORTAGE
Tambacounda, 24 juil (APS) – L’hivernage s’est définitivement installé dans la commune de Kothiary, à la satisfaction de ses habitants, agriculteurs et/ou éleveurs pour la plupart. Malgré un léger retard, les premières pluies enregistrées sont de bon augure pour les paysans tablant sur une bonne campagne agricole.
En cette fin de matinée du jeudi 16 juillet, la commune de Kothiary est moins animée que d’habitude, en raison des pluies de la veille. Les paysans ont abandonné les places publiques de la ville pour se consacrer aux travaux champêtres.
Dans cette commune située à 26 kilomètres de la ville Tambacounda, le climat chaud et humide génère une savane généreuse et une végétation de plus en plus fleurissante.
Le tapis herbacé pousse sous une lignée d’arbres un peu plus verdoyants en cette période, offrant au cheptel une alimentation fourragère verte et fraîche.
Dans la commune de Kothiary comme dans la plupart des collectivités territoriales de la région, les activités agricoles occupent une place importante dans le quotidien des populations.
À Kothiary, la famille Sow, plus que n’importe quelle autre dans cette commune, s’illustre dans l’agriculture. Yéro Sow, le frère aîné de la famille, fait partie des agriculteurs modèles de cette commune. Teint noir, taille moyenne, Yéro est un polygame de 46 ans et père de 9 enfants.

Maçon de profession, Yéro a abandonné cette activité pour se consacrer à l’agriculture et l’élevage. Il est devenu, au fil des ans, membre actif de la coopérative des agriculteurs de la commune Kothiary.
Avec l’aide de son frère cadet et de ses enfants, il fait travailler des bœufs et des chevaux dans ses activités culturales.
Dans son champ, Yéro se réjouit déjà du bon démarrage de la campagne agricole malgré un léger retard des pluies.
“La campagne s’est bien déroulée à Kothiary, nous avons eu suffisamment de semences et d’engrais. C’est la pluie qui nous a retardés un peu, parce l’année dernière, j’avais terminé de semer le 2 juillet”, a-t-il déclaré.

Pour bien démarrer la campagne agricole, Yéro se prépare dès le mois de janvier, en sélectionnant les meilleures graines pour les semis.
Il reçoit aussi une bonne quantité de semences de la part de l’Etat à travers la coopérative des agriculteurs de Kothiary.
Dans son champ, il laboure d’abord la terre à l’aide de deux bœufs attelés côte à côte, avant de procéder aux semailles.
Sous un ciel partiellement nuageux, un frère cadet de Yéro, accompagné d’un pétillant garçon, guide les bœufs tirant un semoir.
“L’année dernière, j’avais cultivé 8 ha et j’avais récolté plus de 212 sacs d’arachide. J’avais vendu 7 tonnes et 600 kg à notre coopérative, sans compter ce que j’ai cédé à certains particuliers”, a-t-il indiqué.
A côté du champ de Yéro, Adama Sow, l’un de ses frères, exploite une parcelle de 18 ha où il cultive de l’arachide, du maïs du sorgho et des haricots.
Le matériel agricole, principal problème
“La campagne agricole a démarré un peu difficilement, parce la pluie n’était abondante au départ. Par contre, nous n’avons pas connu de difficultés majeures en ce que concerne les semences”, a-t-il précisé, avant de laisser la parole à son grand-frère Yéro.
“Notre principal problème, c’est le matériel agricole. Nous voulons également que l’Etat nous aide à vendre nos graines d’arachide après la récolte”, plaide Yéro Sow, disant posséder un champ de plus 25 ha, mais faute de matériel et de main-d’œuvre suffisante, il n’en exploite que 13.
Dans les périmètres de la famille Sow, les travaux champêtres avancent à grands pas.
Au cours des discussions, Yéro jette de temps en temps un regard furtif sur son champ où les semis d’arachide et de maïs ont déjà germé. Il contemple tout ce décor avec une grande fierté et l’espoir d’une bonne récolte.
“Pour cette année, avec mes 12 ha d’arachide, je m’attends à environ 300 sacs”, dit-il, plein d’espoir.
Afin de faciliter la régénération du sol, Yéro Sow et les autres membres de sa famille utilisent des fertilisants mixtes, mais aussi la technique de la jachère.
“Nous utilisons de l’engrais bio pour la culture du maïs et l’engrais chimique pour la culture de l’arachide”, explique-t-il.

Il pratique la technique de la jachère pour permettre au sol de se reposer, car l’apport d’engrais peut ne pas suffire. “Nous savons tous qu’il arrive des moments où la terre se fatigue et devient moins productive, c’est pourquoi, je laisse mon champ se reposer “, dit-il.
Il reste la question de la mécanisation qui suppose que les paysans puissent facilement disposer de matériel agricole, ce qui n’est pas souvent le cas, selon la famille Sow.
“A Kothiary, notre plus grand problème, c’est le matériel agricole. Nous n’avons pas de tracteur. Nous ne disposons que d’un mini-tracteur pour toute la commune. Et d’ailleurs, il n’est même pas en bon état”, souligne-t-il.
“L’Etat doit nous aider à avoir de bons tracteurs qui s’adaptent à notre sol rigide. Si j’avais un bon tracteur, je pourrais même cultiver les 50 ha”, ajoute Yéro Sow.
Concernant les conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs, la famille Sow dit ne pas vivre cette situation à Kothiary, plaidant d’ailleurs pour de bons rapports entre paysans et pasteurs transhumants.
“Je suis à la fois éleveur et cultivateur, donc je connais bien les enjeux, parce d’une certaine manière les éleveurs transhumants nous fournissent de l’engrais bio et naturel à travers les bouses du cheptel. Donc, le mieux est de discuter et de se comprendre”, indique Yéro Sow.
Fournir des engrais adaptés à chaque terroir
La pause arrive à partir de la mi-journée, à l’heure du déjeuner. L’odeur des repas aiguise les appétits et conduit les paysans à retrouver chacun son domicile. Un moment de répit bien mérité après des heures de labeur.
La commune de Kothiary s’anime davantage, le ciel restant toutefois menaçant, couvert par d’épais nuages blancs et gris.
Ibrahima Dieng, agriculteur et ancien agent de la Société de développement et des fibres textiles (SODEFITEX) de 1977 jusqu’à 2002, est présenté comme un conseiller agricole qui connaît bien le secteur.
Ayant servi dans les régions de Tambacounda et Kolda en tant qu’agent de la SODEFITEX, il a travaillé pendant de longues années sur le système agricole, notamment sur de nombreuse variétés culturales.
Il est presque 14h lorsque le reporter de l’APS s’invite au domicile du retraité. Dans la maison, un groupe de femmes discute dans une ambiance joviale.

Teint noir, taille imposante, M. Dieng dégage, malgré le poids de l’âge, une grande élégance dans son grand boubou bleu foncé.
Selon lui, l’Etat doit mener des études périodiques pour comprendre la spécificité des sols de chaque région afin de déterminé le type d’engrais adapté et le plus apte à améliorer les rendements.
“Le sol de Tambacounda est différent de celui du Saloum ou de la Casamance, par exemple. Donc, cette étude périodique est nécessaire, car elle permettra de voir quel type d’engrais est adapté à chaque zone”, a-t-il estimé, soulignant par ailleurs l’importance pour les agriculteurs de la commune de Kothiary de disposer de matériels comme des tracteurs.
“Le tracteur est le matériel le mieux indiqué pour emblaver les grandes cultures. Non seulement il régénère le sol, mais il facilite aussi la germination et rend l’engrais plus efficace pour les plantations. Donc, il faut former les paysans en groupements de 15 à 20 personnes et leur attribuer un tracteur. Il ne s’agit pas de donner un tracteur à une seule personne, cette méthode n’étant pas rentable”, a-t-il expliqué.
En attendant, l’hivernage bat son plein dans la commune de Kothiary où les agriculteurs, déjà à pied d’œuvre, espèrent une saison pluvieuse.
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