SENEGAL-RELIGION-FETE-REPORTAGE
Reportage réalisé par Absa Sow
Dakar, 20 mai (APS) – À un peu plus d’une semaine de la fête musulmane de l’Eid-el-Kébir ou Tabaski, prévue le 28 mai prochain selon la Commission pour l’observation du croissant lunaire (CONACOC), ce n’est pas encore le grand rush dans les foirails de Keur Massar et Pikine, dans la banlieue de Dakar.
Dans ces deux marchés à bestiaux, habituellement très fréquentés à l’approche de la fête, les enclos restent partiellement vides et l’offre de moutons reste insuffisante, suscitant l’inquiétude tant chez les vendeurs, qui pointent du doigt la situation sécuritaire au Mali, que chez les clients.
À Keur Massar, il est un peu plus de 13 heures. Sous une chaleur étouffante, plusieurs vendeurs restent assis devant des enclos peu remplis, surveillant leurs moutons attachés à l’ombre de tentes de fortune. Dans les allées du foirail, les clients avancent lentement, observent les quelques moutons disponibles, négocient les prix, puis repartent souvent sans acheter.
Les bêlements couvrent à peine les discussions entre vendeurs, loin de l’effervescence habituelle observée à l’approche de Tabaski.
“Cette année, la situation du marché n’a rien à voir avec les années précédentes”, affirme Seydou Harouna Sall, chef du foirail de Keur Massar.
Selon lui, le marché fait face à un important déficit d’approvisionnement, notamment à cause des perturbations dans l’acheminement du bétail en provenance du Mali, l’un des principaux pays fournisseurs du Sénégal en moutons, avec la Mauritanie.
Dans plusieurs enclos, de larges espaces restent inoccupés. Une situation inhabituelle à un peu plus d’une semaine de la Tabaski, période durant laquelle les marchés à bestiaux étaient traditionnellement bien approvisionnés.
Des vendeurs à l’affût de troupeaux de moutons
“À l’heure actuelle, normalement, les moutons devraient remplir tous les enclos, mais cette année, beaucoup de vendeurs attendent encore leurs troupeaux de moutons”, explique-t-il.
Ousmane Sow, secrétaire général du foirail de Keur Massar, confirme la faiblesse des arrivages de moutons. Selon lui, entre 21 heures et 9 heures du matin, seuls 12 camions de moutons ont été enregistrés dans le marché ce jour-là.
“Selon certaines informations, des moutons pourraient venir du Mali, mais rien n’est encore sûr”, indique-t-il. Et la situation ne risque pas de s’améliorer, à l’en croire.
L’Union des routiers du Sénégal (URS) appelle les chauffeurs routiers sénégalais à cesser de se rendre sur les axes routiers reliant Dakar à Bamako, avec la multiplication, depuis fin avril, de raids contre les transports routiers et notamment les transports de marchandises, de la part du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), principale coalition jihadiste du Sahel.
Pour le moment, les moutons disponibles proviennent principalement de Kaolack, Linguère et Saint-Louis, mais les vendeurs estiment ces arrivages insuffisants au regard de la demande attendue dans les prochains jours.
Le même constat est observé au foirail de Pikine, où plusieurs vendeurs disent passer de longues heures sans enregistrer de ventes importantes.
Sous les tentes installées autour des enclos, les discussions tournent essentiellement autour des difficultés d’approvisionnement et de l’attente de nouveaux convois de moutons.
Camions bloqués au Mali
“Les camions qui devraient quitter le Mali sont bloqués”, explique Ifra Djiby Ali Sow, chef du foirail de Pikine. Il souligne que les moutons provenant du Mali, généralement très présents sur les marchés dakarois à cette période, tardent toujours à arriver.
Face à cette situation, Mabouba Diagne, ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, a expliqué qu’en raison des contraintes sécuritaires au Mali, une partie importante du bétail en provenance de ce pays transite désormais par la Mauritanie avant d’entrer au Sénégal.
Ce que confirment plusieurs acteurs du secteur, indiquant que certains convoyeurs empruntent désormais des itinéraires plus longs passant notamment par la Mauritanie, le nord du Sénégal, afin d’éviter certaines zones jugées à risque. Des détours qui rallongent les délais d’acheminement vers Dakar et augmentent les coûts du transport et, par ricochet, les prix de vente des moutons.
Les éleveurs évoquent également la hausse du prix de l’alimentation du bétail, qui pèse lourdement sur leur activité.
“Nous dépensons énormément pour nourrir les moutons. Même le transport coûte beaucoup plus cher maintenant”, confie l’éleveur Ifra Djiby Ali Sow.
Dans les foirails de Keur Massar et de Pikine, plusieurs clients disent être surpris par le faible nombre de moutons disponibles à cette période.
Des clients attentistes
“Les années précédentes, il y avait beaucoup plus de choix. Aujourd’hui, on parcourt presque tout le marché sans trouver le mouton recherché”, regrette Abdoulaye Ndiaye, venu au foirail de Keur Massar pour préparer son achat.
D’autres préfèrent attendre les tout derniers jours précédant la Tabaski, espérant une amélioration de l’offre et une baisse des prix.
“Pour le moment, les prix restent élevés et les moutons ne sont pas nombreux. J’espère que d’autres troupeaux arriveront avant la fête”, explique Moussa Diop, rencontré dans les allées du marché à bestiaux de Pikine.
Cette option inquiète certains vendeurs, qui redoutent pour les acheteurs une certaine pénurie de moutons à l’approche de la Tabaski.
“Ce n’est pas prudent d’attendre. Il n’y a vraiment pas beaucoup de moutons à l’heure actuelle, et on ne sait pas si la situation va s’améliorer”, avertit El Moussa Gaye après une longue séance de marchandage avec un client.
Outre les difficultés d’approvisionnement, plusieurs vendeurs signalent également des cas de vols de bétail dans certains foirails, alimentant davantage les inquiétudes des acteurs du secteur.
Toujours est-il qu’à Keur Massar comme à Pikine, le constat reste le même : des enclos clairsemés, des ventes timides et une attente grandissante autour de l’arrivée de nouveaux troupeaux de moutons à mesure que la Tabaski approche.
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