SENEGAL-FRANCE-CULTURE
Saint-Louis, 14 jan (APS)- La nouvelle directrice déléguée de l’Institut français de Saint-Louis (ouest) ambitionne de faire de cet établissement culturel un lieu ouvert et créatif au service du public saint-louisien et de la partie nord du pays.
D’un père sénégalo-malien et une mère franco-belge, Sarah Camara, originaire des Hauts-de-France, a pris le relais d’Isabelle Boiro-Gruet en septembre dernier.
Dans un entretien avec l’APS, elle a déclaré que l’un de ses premiers défis est de poursuivre et de renforcer le rayonnement culturel et linguistique de l’Institut français à Saint-Louis et dans l’ensemble de la zone nord du Sénégal.
Pour ce faire, la nouvelle directrice déléguée mise sur l’accompagnement de la jeunesse, des artistes et des acteurs de l’innovation, à travers des formations et des festivals comme ”Festiguney”’.
Sarah Camara compte également travailler à la mise en place de cycles de cinéma pour le jeune public et d’un ciné-club itinérant sur le littoral.
La nouvelle déléguée souhaite, d’une manière générale, développer et diversifier le public de l’Institut français de Saint-Louis, en allant à la rencontre de la ville et des territoires, mais en soutenant aussi des activités ”hors les murs”, comme le programme Action Nord, dont elle juge le travail jusque-là remarquable.
La nouvelle directrice déléguée de l’Institut français de Saint-Louis s’engage par ailleurs à jouer un rôle important dans la professionnalisation des artistes et des entrepreneurs culturels.
En parallèle, elle veut poursuivre les travaux de rénovation du site, tout en inscrivant l’Institut dans une démarche écoresponsable, attentive à la préservation du patrimoine et à la qualité des usages quotidiens.
La vision que Sarah Camara entend mettre en œuvre vise le renforcement de la circulation des œuvres, des artistes et des idées dans la zone nord, en Sénégambie et dans la sous-région.
Cette perspective passe, à ses yeux, par des programmes de résidences à la Villa Saint-Louis Ndar, la poursuite de la coopération avec le Centre de recherche et de documentation du Sénégal (CRDS), des Festivals (Autour des Cordes, Festival Jazz…) et les partenariats avec l’université Gaston Berger (UGB) à travers l’UFR CRAC.
Il s’agit, à terme, de faire de l’Institut français de Saint-Louis un moteur de formation, de professionnalisation, de transmission mais également de médiation, au service des jeunes, des enseignants et des professionnels.
‘’Saint-Louis a toujours été une ville de culture, de mémoire et de créativité. En tant que directrice déléguée de l’Institut français, ma priorité est de renforcer cette dynamique de lieu ouvert, vivant et fédérateur, accueillant, où chacun peut trouver sa place’’, a-t-elle expliqué.

L’Institut français de Saint-Louis souhaite accompagner cette dynamique, en boostant davantage la création locale et en apportant un soutien plus important aux artistes, associations et aux jeunes talents, par le biais de programmations culturelles et de résidences au sein de la ‘’Villa Ndar’’, mais aussi de formations.
Consolider la collaboration avec les acteurs culturels de la région
”Nous continuerons également à favoriser les circulations entre scènes sénégalaise, française et africaine, afin de nourrir des dialogues artistiques contemporains, vivants et féconds’’, a-t-elle promis.
Selon sa directrice déléguée, l’Institut français de Saint-Louis souhaite dans le même temps encourager les jeunes à explorer les liens entre création et technologies à travers des initiatives comme ‘’Novembre Numérique’’, des concours de jeux vidéo tels que ‘’Téranga Digital Game’’ et des ateliers d’animation et de design.
Se disant consciente que la culture se partage et permet aussi de tisser des liens, elle a insisté sur la nécessité d’aller à la rencontre des habitants à travers ‘’les Actions Quartier’’, une initiative de collaboration entre l’Institut français et les quartiers de Saint-Louis.
Du Centre de Langues au ‘’Téranga Tech Incub’’, en passant par le Campus France, la Médiathèque Alioune Diop, la Villa Ndar et sa galerie, l’Institut français de Saint-Louis s’impose comme un écosystème créatif, ouvert à la ville tricentenaire et à la zone nord du Sénégal d’une manière générale.
Pour réussir sa mission dans une ville réputée culturelle, Mme Camara compte travailler étroitement avec les acteurs culturels locaux.
”La collaboration avec les acteurs culturels de la région est au cœur de la mission. L’Institut français de Saint-Louis travaille de longue date avec les forces vives du territoire’’, comme les artistes, les associations, les partenaires privés, les collectivités, les écoles et les universités, a-t-elle souligné.
La consolidation et la valorisation du patrimoine culturel bâti, matériel, immatériel de Saint-Louis fait également partie des domaines dans lesquels Sarah Camara veut continuer à inscrire son action.
”À notre échelle, l’Institut français du Sénégal à Saint Louis œuvre à la valorisation de ce patrimoine exceptionnel à travers différentes actions’’, a assuré Mme Camara.
Elle s’est engagée à contribuer à la préservation du patrimoine bâti de Saint-Louis, à travers les travaux de rénovation réalisés dans le cadre du Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV).
‘’Il s’agit de respecter l’âme architecturale de l’île tout en adaptant nos espaces à de nouveaux usages culturels, éducatifs et citoyens. Préserver, oui, mais pour mieux habiter le patrimoine aujourd’hui’’, a-t-elle précisé.
Un parcours nourri de curiosité, de mobilité et de dialogue entre les cultures
Elle dit travailler aussi à la valorisation du patrimoine immatériel, notamment culinaire, à travers des résidences gastronomiques, par exemple, qui ‘’donnent à voir les gestes, les savoir-faire et les histoires familiales qui composent l’identité culinaire de la région’’.
”Avant d’arriver à Saint-Louis, j’ai eu la chance de construire mon parcours dans le champ de la coopération culturelle, du spectacle vivant et de l’enseignement supérieur international, nourri par la curiosité, la mobilité et le dialogue entre les cultures’’, confie cette mère de deux enfants.
Sarah Camara peut se prévaloir d’une riche expérience acquise à travers différents postes qu’elle a occupés en Afrique, en Asie et en Europe, en accompagnant des projets artistiques, éducatifs et institutionnels.
Elle a par exemple travaillé à l’Institut français d’Indonésie à Yogyakarta, participé au service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Burkina Faso, à l’ouverture de La Termitière, premier centre de développement chorégraphique en Afrique de l’Ouest.
Le spectacle vivant, le secteur muséal et patrimonial, et la communication d’expositions sont les trois domaines dans lesquelles Sarah Camara a travaillé ces dernières années.
Plus récemment, elle a piloté, pour le compte de l’Institut de recherche pour le Développement (IRD), un projet européen dénommé Africa Digital Campus.
De son propre aveu, ce projet lui avait permis de renforcer sa compréhension des enjeux de formation et de l’innovation numérique sur le continent africain, en lien avec la recherche et les nouvelles technologies.
”Saint Louis reste une figure emblématique dont l’héritage dépasse son époque. En tant que directrice de l’Institut français, je vois dans Saint-Louis une cité en mouvement, portée par une jeunesse talentueuse et par un tissu artistique et intellectuel d’une grande vitalité’’, a-t-elle indiqué.
Elle se propose de soutenir cette dynamique de dialogue permanent entre mémoire et modernité, tout en préservant l’âme unique de la ville.
CGD/ASB/BK/OID

