SENEGAL-SANTE
Dakar, 7 avr (APS) – Le stress des soignants était resté sujet tabou pendant longtemps dans le milieu médical, notamment chez les chirurgiens, soumis à une pression constante. Abib Diop, chirurgien et coach en développement personnel, a décidé de casser les codes en faisant du combat contre le stress des chirurgiens sa priorité. Il a lancé, à ce sujet, un concept innovant dénommé “Je vis mieux”.
“Le stress des soignants reste un sujet tabou ou négligé dans le milieu médical. En tant que médecin et chirurgien, on sait qu’on est tout le temps confronté au stress, car un chirurgien qui a la responsabilité de la vie humaine entre ses mains est théoriquement confronté à un certain stress”, a-t-il soutenu.
Il s’entretenait avec l’APS, dans le cadre de la célébration, ce mardi, de la Journée internationale de la Santé.
Le thème de cette année est “Unissons-nous pour la santé. Soutenons la science”.
Pour l’ancien interne des hôpitaux, cette omerta a des conséquences bien réelles sur la qualité des soins, le poussant ainsi à accompagner, depuis près de 7 ans, les professionnels de santé pour transformer un environnement souvent perçu comme toxique, en un espace d’épanouissement.
Il relève plusieurs symptômes “silencieux” à surveiller chez les collègues pour éviter le passage du stress naturel au burn-out. Il s’agit notamment des changements de comportement : irritabilité, langage inapproprié et isolement social, mais aussi des signes physiques : insomnies, troubles de l’appétit et douleurs corporelles inexpliquées.
“Les réactions physiologiques se manifestent par une sécrétion prolongée de cortisol et d’adrénaline qui transforme un stress aigu en stress chronique toxique […] et si rien n’est fait, c’est là qu’il y a le burn-out”, explique le médecin.
Bien que le Sénégal manque encore de données précises sur l’impact du stress sur les erreurs médicales évitables, docteur Diop collabore activement avec le ministère en charge de la santé pour mettre en place des programmes d’accompagnement.
L’objectif est clair : utiliser les statistiques de satisfaction issues de ses ateliers pour porter un plaidoyer solide auprès du gouvernement, en se basant sur une vérité partagée, à savoir que “personne ne peut s’épanouir à la longue dans un environnement toxique”.
En chirurgie ou en réanimation, la précision ne dépend pas seulement du scalpel, mais aussi de l’état interne du praticien. Abib Diop révèle ainsi comment la préparation mentale devient indispensable pour garantir la sécurité des patients et l’efficacité des soins intensifs.
La préparation mentale, nouvel outil du chirurgien
“Si une petite dose de stress peut favoriser la concentration, un taux de cortisol chroniquement élevé est dévastateur pour un praticien. Sous tension constante, le cerveau n’est plus lucide”, explique encore le coach en développement personnel.
Les conséquences sont directes : tachycardie, diminution de la concentration et, plus grave encore, des mains qui commencent à trembler, altérant la précision gestuelle nécessaire à l’acte chirurgical.
Pour contrer ces effets, docteur Diop utilise des techniques de préparation mentale éprouvées lors de ses coachings auprès de centaines de professionnels. Il s’agit notamment de la respiration consciente, un outil fondamental pour calmer instantanément le système nerveux et oxygéner le corps.
Le chirurgien propose aussi, durant ces séances, une restructuration de la perception, c’est-à-dire apprendre à changer sa vision de l’environnement pour modifier sa réaction interne. Il recommande aussi des exercices permettant de se reconnecter à soi-même avant d’affronter la pression hospitalière et un entraînement mental régulier, même de quelques minutes le matin, pour s’apaiser avant de commencer toute activité.
Le message du spécialiste s’adresse particulièrement aux jeunes internes qui découvrent le fossé entre l’université et la réalité brutale de l’hôpital. Pour ces nouveaux venus, souvent perdus face à leurs nouvelles responsabilités, docteur Diop prépare des programmes d’écoute et de mentorat.
“Quand on est jeune, qu’on débarque dans cet environnement et qu’on a une oreille attentive qui nous écoute – car l’écoute c’est déjà une thérapie -, cela permet de se sentir mieux”, insiste le médecin, qui dit avoir déjà coaché une centaine de professionnels de la santé, particulièrement le personnel soignant.
Il revient sur la vision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) selon laquelle “la bonne santé n’est pas l’absence de maladie ou d’infirmité”. Bien plus que cela, “le bien-être regroupe le bien-être physique, mental, émotionnel et social. Ce sont ces quatre choses qui composent la bonne santé”.
Pour le fondateur du concept “Je vis mieux”, l’enjeu dépasse le simple confort individuel, puisque “la finalité est d’avoir des médecins équilibrés et épanouis, condition sine qua non pour offrir des soins de qualité aux patients”.
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