SENEGAL-MONDE-DEVELOPPEMENT
Dakar, 20 fév (APS) – L’ingénieur hydraulicien et président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest, Abdoulaye Sène, craint que l’objectif de développement durable (ODD) relatif à l’eau et à l’assainissement ne soit pas atteint à l’horizon de 2030, un scénario que les États et leurs partenaires peuvent éviter en mettant en place des “mécanismes techniques, financiers et de solidarité”.
“Dans plusieurs pays, si les tendances que nous constatons aujourd’hui se maintiennent, il y aura un repli en 2030, c’est-à-dire que le pourcentage de personnes ayant accès à l’eau en 2030 risque d’être inférieur à la situation de départ de l’échéance”, a prévenu M. Sène dans une interview donnée à l’APS.
En 2015, les Nations unies ont adopté 17 ODD, dont celui relatif à l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement, que les États doivent atteindre à l’horizon de 2030.
Concernant l’eau et l’assainissement, “le monde entier doit s’organiser en mettant en place des mécanismes techniques, financiers et de solidarité, pour qu’il y ait un accès universel à l’eau”, conseille l’ingénieur sénégalais.
“Il y a des plateformes de négociation, mais ce n’est pas suffisant”, a-t-il observé, ajoutant que l’ODD relatif à l’eau et à l’assainissement ne sera pas atteint “s’il n’y a pas d’outils contraignants, s’il n’y a pas de leviers financiers appropriés” pour mettre en œuvre les politiques et les engagements des États.
“L’eau n’est pas suffisamment prise en compte dans l’agenda politique”
Abdoulaye Sène, membre du comité de pilotage international du Partenariat mondial de l’eau, propose aux pouvoirs publics et à leurs partenaires de “mettre en place des leviers financiers et des dispositifs institutionnels, avec lesquels nous pourrons prendre la bonne trajectoire, pour le monde entier, l’Afrique en particulier”.
Environ 400 millions d’individus parmi les 2 milliards n’ayant pas accès à l’eau potable résident en Afrique, selon lui.
À la suite du Forum mondial de l’eau organisé en 2022 au Sénégal, l’Union africaine a élaboré le programme continental africain d’investissement dans le secteur de l’eau (PAI).
Pour la réalisation de l’ODD relatif à l’eau et à l’assainissement à l’horizon 2030, le PAI a besoin de 60 milliards de dollars américains par an, selon le président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest.
À la conférence des Nations unies sur l’eau, qui aura lieu en décembre prochain aux Émirats arabes unis, “des mécanismes contraignants” doivent être adoptés pour une bonne exécution des décisions devant permettre d’atteindre l’objectif de développement durable relatif à l’eau et à l’assainissement”, a insisté Abdoulaye Sène.
“Il y a eu des engagements très forts”
M. Sène rappelle que la première conférence des Nations unies sur l’eau a eu lieu en 1977 à Mar del Plata, en Argentine. “La deuxième s’est déroulée en 2023, près de cinquante ans après la première. Cela veut dire que l’eau, bien qu’étant une préoccupation majeure, n’est pas suffisamment prise en compte dans l’agenda politique”, a-t-il soutenu.
“En 2023, s’est souvenu l’ingénieur hydraulicien, environ 700 engagements ont été pris, sous l’égide des Nations unies. Très peu de ces engagements ont été réalisés parce qu’il n’existe pas un mécanisme contraignant pour que les institutions internationales et les États les respectent.”
“Il y a eu des engagements très forts, mais rien ne s’est passé [en termes de réalisations]. On a constaté même une dégradation des ressources en eau à cause du changement climatique”, a signalé Abdoulaye Sène. “Si vous n’avez pas accès à l’eau, vous n’avez pas d’hygiène, vous êtes exposé à la maladie […] Vous ne pouvez pas mener certaines activités.”
M. Sène estime que “très peu de pays d’Afrique subsaharienne seront en mesure d’atteindre l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, pour ne pas dire qu’aucun pays ne l’atteindra”.
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