Sanctionner les coups d’État, relève d’une ‘’quadrature du cercle’’, selon un chercheur
Sanctionner les coups d’État, relève d’une ‘’quadrature du cercle’’, selon un chercheur

AFRIQUE-POLITIQUE-CRISE

Dakar, 21 fév (APS) – Babacar Ndiaye, chercheur dans les domaines de la paix et de la sécurité compare les difficultés auxquelles que les organisations régionales sont confrontées à une ‘’quadrature du cercle’’, remettant notamment en question la capacité du continent à sanctionner efficacement les coups d’Etat sans provoquer sa propre fragmentation.

‘’Cette question-là, elle est presque insoluble, c’est la quadrature du cercle car on ne peut pas vouloir une chose et son contraire’’ a-t-il soutenu dans un entretien accordé à l’APS.

Le chercheur rappelle que l’architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) et de la CEDEAO, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, repose sur un principe immuable : les militaires doivent rester dans les casernes, tandis que le pouvoir est exercé par des civils élus.

Babacar Ndiaye a théorisé pour la première fois le concept de ‘’blanchiment de coup d’Etat’’ dans un article publié en septembre 2024 dans une revue de défense paraissant à Bruxelles, ”The Defence Horizon Journal”.

Selon lui, ce phénomène consiste pour les putschistes africains à recycler le pouvoir conquis par la force afin de lui donner ”un semblant de légitimité”.

‘’La Charte africaine de la démocratie, de la gouvernance et des élections interdit d’ailleurs formellement aux auteurs de putsch de se présenter aux scrutins ou d’occuper des fonctions politiques’’, a précisé le chercheur, rappelant la mise en place de trois leviers de sanction : diplomatique, économique et militaire (prévue par la CEDEAO mais absente de la charte de l’UA).

‘’Une stratégie de politique internationale n’est pas une recette qu’on applique dans tous les contextes’’, avertit M. Ndiaye appelant les diplomates à faire preuve de réalisme et d’opportunisme face à l’évolution des crises.

L’une des menaces les plus pressantes identifiées lors des débats suivant le sommet de l’UA est le risque de désintégration des blocs régionaux. Certains États, encouragés par des puissances étrangères cherchant à créer leurs propres zones d’influence, menacent de quitter les organisations multilatérales, laisse-t-il entendre.

Babacar Ndiaye répète que cette fragilité est accentuée par ce qu’il considère comme un retour de l’apologie de l’impérialisme. Il cite l’exemple du Sahel où, au rejet de la France, succède l’appel à la Russie. ‘’On déchire un drapeau tricolore pour en prendre un autre. Ce sont tous des pays qui étaient à la conférence de Berlin en 1885 pour se partager l’Afrique’’, déplore-t-il.

Au-delà des querelles de palais, l’enjeu est global. Détentrice de ressources minérales indispensables à la transition énergétique mondiale, l’Afrique est au centre des convoitises pour la survie de l’humanité.

Le chercheur prévient que le désordre intérieur provoque est à l’origine d’une faiblesse qui transforme les États africains en ‘’pions’’ d’une nouvelle guerre qui ne sera pas ‘’forcément froide’’.’’

”Sans une prise de conscience du leadership africain face à ces menaces existentielles, la stabilité du continent, garante de la paix mondiale, reste en péril’’, affirme le chercheur en politique étrangère et criminalité transnationale.

MF/AKS