Par Cheikh Gawane Diop

Saint-Louis, 11 mars (APS) – Classée patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000, l’île de Saint-Louis (nord), au-delà de son imposante architecture coloniale, regorge d’importants trésors à l’image du Musée de la photographie (MuPho), dont l’initiateur, Amadou Diaw, citoyen de la ville tricentenaire, est un militant de la culture et de l’éducation.

Niché sur la pointe sud de l’île dénommée “Sindoné”, le MuPho se présente, plus que jamais, comme un “archipel d’images” au service de l’art mais également de toute une histoire, indique son promoteur.

“Le musée de la photographie, c’est d’abord Saint-Louis, une ville classée patrimoine mondial. Je suis Saint-Louisien, j’ai souhaité apporter ma contribution en veillant à ce que l’on respecte les normes de l’UNESCO. Ça, c’est un combat que je mène depuis toujours”, déclare-t-il dans un entretien avec l’APS.

Collectionneur depuis bien des années, l’homme d’affaires Amadou Diaw semble avoir pris le temps nécessaire pour murir le projet MuPho, officiellement lancé en novembre 2017.

“Lorsque j’ai pris ma première retraite en tant qu’édupreneur, parce que suis entrepreneur de l’éducation, j’ai décidé de me concentrer sur Saint-Louis en récupérant, en rachetant ou en louant de vieilles maisons, dans le quartier sud, il y a quelques-unes dans le nord”, confie-t-il.

Après avoir restauré les différentes maisons acquises, il y a “déposé” ses œuvres. “Je suis collectionneur depuis très longtemps, essentiellement de photos, d’art en général et de sculpture. Et donc, dans ces différentes maisons, j’ai posé mes collections en les organisant et en les ouvrant au grand public”, explique-t-il.

Plusieurs sites pour un circuit de découverte de Saint-Louis

Pour créer un environnement propice à la promenade dans cette île, le MuPho est éclaté en différentes branches sur plusieurs endroits de l’île de Saint-Louis. C’est à cet éclatement qu’il doit son surnom d'”archipel de musées”.

“On aurait tout pu mettre sur un même lieu. Mais d’abord, il y a beaucoup d’œuvres. En éclatant, ça permet de créer une sorte de promenade. Ça existe ailleurs. Je n’ai rien inventé. Ça existe à Florence (Italie). Quand vous arrivez dans cette ville-là, vous la visitez par le parcours des musées”, explique M. Diaw.

“Non seulement vous visitez des bâtiments, vous avez accès aux œuvres que je veux partager, mais vous découvrez la ville. Vous vivez pleinement la ville. Et c’était ça la démarche, d’où l’archipel des dix musées”. La conséquence, c’est qu’on appelle aujourd’hui Saint-Louis, “la ville aux dix musées”.

Les dix musées, centrés principalement autour de la photographie, sont éparpillés sur l’île, essentiellement sur la pointe sud dénommée “Sindoné”.

La Villa

C’est le point 0 de la visite, là où l’on achète son billet. A travers l’art primitif africain et l’histoire des indépendances des pays d’Afrique de l’Ouest, ce centre culturel polyvalent est une introduction à la découverte des autres musées.

Les Comptoirs

C’est une galerie d’expositions temporaires, qui sert également de résidence privée du promoteur. Un hangar transformé en maison moderne offrant des vues imprenables sur le fleuve. C’est aussi le point de départ de la visite de l'”archipel de musées”.

Kër Repentigny 

Cet espace replonge les visiteurs dans les débuts de la photographie à Saint-Louis, à travers des photos rares de Meïssa Gaye (1892-1982), un natif de Saint-Louis considéré comme étant le “père” de la photographie au Sénégal.

Kër Ameth Gora 

Zoom sur la littérature et sur les écrivains sénégalais, dans cette maison saint-louisienne rénovée. On y retrouve, entre autres, les poèmes de l’écrivain Birago Diop (1906-1989), les Lettres du Sénégal. Ce musée porte le nom d’un riche traitant saint-louisien, Ameth Gora Diop.

Kër Thiane

Ce grand hangar sis au sud de l’île est dédié à la sculpture, à la peinture, aux portraits et autoportraits et à la photographie contemporaine. Il est également appelé “L’école de Saint-Louis”.

Kër Messaoud

Cette maison marocaine bien conservée accueille des expositions temporaires ainsi que la collection personnelle du promoteur.

Kër Lahlou

Installé dans une autre maison marocaine, le musée retrace tous les moments forts qui ont marqué le Sénégal à son accession à l’indépendance. L’histoire de la presse, les premiers journaux, les premiers journalistes, entre autres, sont partagés dans cette maison qui recrée l’ambiance des maisons saint-louisiennes ; “Sunu Kër Mame +les maisons de nos grand-mères+”.

Kër Farah

Les cultures urbaines occupent une place de choix dans cette maison.

Kër Guillabert

Située sur la partie nord de l’île, autrefois propriété de Louis Guillabert (1866-1932), cette maison à l’architecture coloniale est dédiée à la peinture sous-verre, dont on découvre l’évolution et la technique à travers les œuvres de Gora Mbengue, Mbida, Anta Germaine Gaye, entre autres.

Origines

Le tout-dernier de l’archipel de musées est entièrement consacré aux arts classiques africains avec 2 000 pièces exposées. Une galerie qui était à Dakar et mise en avant à Saint-Louis.

Le regard des visiteurs

Le MuPho reçoit la visite de touristes, d’étudiants mais également de jeunes écoliers.

“Les visites préférées sont celles des jeunes écoliers. Quand ils voient cette photo de Senghor et Pompidou à l’école ensemble, devenus présidents de la République après. Ça peut faire rêver”, explique Amadou Diaw, selon qui le regard de l’écolier est très important.

Il estime qu’il faut maîtriser l’histoire pour bâtir le futur. Ce n’est certes pas une chose aisée, mais il suffit d’y croire, selon lui.

“Quand on ne sait plus où aller, il faut maîtriser l’histoire pour bâtir le futur ; pour rêver du futur, pour avoir une vision. Je me bats pour aider les gens à avoir les outils, pour rêver et construire des visions”, a-t-il fait valoir.

Amadou Diaw, fondateur du groupe de l’Institut supérieur de management (ISM), est par ailleurs le président du Forum de Saint-Louis, une plateforme promouvant les créativités africaines sous toutes leurs formes et expressions.

CGD/AMD/ASB/ASG/BK

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