SENEGAL-CULTURE-PROFIL
Saint-Louis, 24 nov (APS) – Le jeune photographe et cinéaste saint-louisien Massow Ka dit “El Junio” est d’abord et avant tout un artiste de la mémoire, un militant passionnée de la préservation du patrimoine de sa ville de naissance, Saint-Louis (nord).
Sa démarche artistique se traduit par cette ambition tenace qu’il a de “redonner vie” aux lieux abandonnés pour conter leur histoire par l’image.
El Junio en arrive ainsi à mettre son art au service de grandes causes comme le féminisme et la lutte contre le changement climatique, thèmes sur lesquels portent ses œuvres les plus récentes.
L’artiste, baignant depuis sa naissance dans un environnement prédestiné avec un père en service à l’Institut français de Saint-Louis, s’intéresse plus que tout aux vieux bâtiments de l’ancienne capitale de l’A.O.F (Afrique occidentale françaises), comme celui de la gouvernance.
“Les gens passent devant ce bâtiment sans se rendre compte de son état. Avec mes films, j’espère attirer l’attention des autorités pour son éventuelle réhabilitation”, dit-il dans un entretien avec l’APS.
Il dit aussi travailler sur les chemins de fer, un élément essentiel du patrimoine saint-louisien et national dont le sort, selon lui, laisse à désirer.
“Je milite pour le retour du chemin de fer et je travaille beaucoup sur ce sujet”, affirme le jeune artiste engagé, qui utilise la photographie et le cinéma comme “un élément de lutte, de plaidoirie”.
El Junio n’est donc pas un photographe quelconque qui cherche à vivre simplement de son art. Ce qui le motive davantage, c’est la perspective de faire de son art un moyen de revalorisation du patrimoine.
Dans son parcours, il se réjouit d’avoir participé à des rencontres organisées par des sommités intellectuelles comme Felwine Sarr, se disant très intéressé par les écrits de ce dernier et ceux de Souleymane Bachir Diagne aussi, dont il écoute les conférences à travers Internet.
Il veut s’inspirer de ces deux universitaires pour s’ouvrir de nouvelles perspectives.
Déjà que grâce à la caméra et la photographie, “nous pouvons aider les chercheurs à mieux vulgariser leur travail”, dit-il.
Il s’attèle à s’ouvrir de nouveaux horizons, convaincu que le numérique, loin d’être ”une menace”, est plutôt “un outil de réflexion qui peut aider à raconter toutes ces histoires qui pullulent en Afrique”.
“Nous ne sommes pas des chercheurs mais nous pouvons faciliter l’accessibilité de leur travail par le cinéma”, explique El Junio.
Il dit travailler actuellement sur un projet de démocratisation de la photographie et du cinéma à Saint-Louis, en ouvrant un espace dédié dans le faubourg de Sor.
“L’île est perçue comme un lieu de tourisme et tout y est concentré”, relève le jeune artiste dont le souhait est de décentraliser l’activité culturelle dans les autres quartiers comme la Langue de Barbarie, avec l’appui des autorités locales.
L’artiste, qui a été récemment lauréat d’un prix lors du festival du cinéma féminin, compte approfondir ses recherches et activités sur cette catégorie de population.
Le sort de la Langue de Barbarie également intéresse au plus haut point El Junio, qui mène un plaidoyer constant pour une meilleure prise en compte du sort des populations menacées par l’avancée de la mer.
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