SENEGAL-SANTE-PORTRAIT
Dakar, 7 mars (APS) – Une année après avoir donné naissance à une fille, Pr Fatou Samba Diago Ndiaye, actuelle cheffe du service d’hématologie clinique de l’hôpital Dalal Jamm, à Dakar, a dû quitter le Sénégal pour se rendre en Côte d’Ivoire avec celle-ci pour passer le concours d’agrégation après avoir terminé sa spécialisation en hématologie clinique en France.
Loin d’être anecdotique, ces deux séquences de sa vie montrent à quel point l’abnégation et la foi dans le travail sont les moteurs de la vie de celle qui a dirigé la toute première greffe de moelle osseuse (autogreffe) de l’histoire médicale de l’Afrique de l’Ouest francophone. C’était il y a tout juste un an, le 23 février 2025, à l’hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye, à Dakar. Par cette prouesse, Pr Fatou Samba Diago Ndiaye et son équipe 100% sénégalaise ont fait entrer leur pays dans les annales de la médecine.
Ne rechignant jamais à l’effort, un trait de caractère hérité de sa défunte maman, l’hématologue a naturellement gravit peu à peu les échelons pour atteindre le sommet dans son domaine.
Praticienne médicale dévouée, Fatou Samba Diago Ndiaye a réussi à allier harmonieusement vie professionnelle et vie familiale.
Pour elle la femme sénégalaise est multitâches. Cette conception, elle l’a héritée de sa défunte mère qui lui disait tout le temps ‘’ça, tu peux le faire, vas-y, fais-le’’. Des paroles qui sont restées gravées dans la mémoire de cette femme médecin et épouse.
À peine ses études terminées au lycée des jeunes filles de Dakar John Fitzgerald Kennedy, elle part en France pour entamer des études supérieures. Après ce séjour dans la ville universitaire française, Tours, elle revient au Sénégal le diplôme d’hématologie en poche, pour repartir avec son enfant de moins de 2 ans à Abidjan pour passer l’agrégation. Un voyage difficile qui a pourtant été le déclic d’un début de carrière remarquable.
Ses diplômes obtenus en France ne lui permettant pas de se présenter pour le compte du Sénégal au concours d’agrégation du Conseil africain malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), Fatou Samba Diago Ndiaye s’est rendue en Côte d’Ivoire pour poursuivre sa formation. Les moyens financiers n’étant pas au rendez-vous à l’époque, en plus d’une bourse d’études qui ne lui a pas été accordée, elle a dû faire un prêt bancaire de deux millions francs CFA. Aujourd’hui, tout cela n’est qu’un souvenir qu’elle raconte le sourire en coin.

Trouvée dans son service, courant dans tous les sens après avoir examiné un patient dans un état critique, l’hématologue a dû faire preuve de bravoure pour arriver au sommet.
De taille moyenne, teint clair la native de Saint-Louis aime tout ce qui est raffiné. L’encens embaume son bureau modestement aménagé pour une cheffe de service d’un grand hôpital de la capitale. Les couleurs vives des meubles en jaune et rose de son bureau renvoient à une forte féminité.
Motivée à devenir médecin à cause d’un de ses professeurs de lycée, drépanocytaire
Sur ses motivations à vouloir devenir médecin alors qu’elle n’était qu’élève viennent de son passage au lycée John Fitzgerald Kennedy de Dakar. ‘’Au lycée John Fitzgerald Kennedy, je voyais un de mes professeurs tomber souvent malade. Il avait la drépanocytose. Ce contact avec lui m’a poussé à aimer l’hématologie pour en comprendre les manifestations cliniques afin de pouvoir y apporter des solutions’’, a-t-elle expliqué.
‘’J’ai toujours voulu savoir un peu plus sur la drépanocytose. Ce professeur piquait des crises très douloureuses. A l’époque, il n’y avait pas de service d’hématologie clinique ni la spécialité raison pour laquelle j’ai dû partir en France pour faire ma spécialisation’’, ajoute-t-elle.
Après ses études en France et en Côte d’Ivoire, Fatou Samba Diago Ndiaye réussit le prestigieux concours d’internat des hôpitaux de Dakar en 1997.
Après avoir terminé son internat fin 2000, elle soutient sa thèse, avant d’être admise comme assistante-cheffe de clinique à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, où elle obtient un poste d’assistant en médecine interne.
Fatou Samba Diago Ndiaye continue à gravir les échelons, devenant en 2008, maître assistante en hématologie clinique. ‘’Par la suite la faculté de médecine m’a proposé d’aller faire le concours d’agrégation en médecine dans la spécialité hématologie clinique que j’ai réussie en 2010. Six ans plus tard, en 2016, je deviens professeure titulaire des universités du CAMES avant mon affectation à l’hôpital Dalal Jamm où je dirige le service d’hématologie clinique’’, relate-t-elle.
Spécialiste également des cancers du sang et de la thérapie cellulaire, elle est l’une des pionnières de la greffe de moelle osseuse au Sénégal, ayant largement contribué à l’équipement et au développement de ce service.
‘’Ma défunte maman mon mentor, ma force de résilience’’
Si Fatou Samba Diago Ndiaye a pu arriver à ce stade, c’est grâce à sa défunte mère, institutrice, arrachée à son affection à l’âge de 54 ans, dit-elle. ‘’Je crois être très résiliente face aux épreuves, comme celle qui me disait de tout faire en tant que fille pour briser le plafond de verre’’.
‘’Avant son décès, elle avait corrigé ma thèse de doctorat de médecine pour vous dire qu’elle avait le niveau. Elle m’a appris à ne pas être complexée devant n’importe quelle situation. Elle m’a appris à croire en moi. Même face à un chef d’Etat, je n’éprouve aucun complexe. Je ne baisse pas les yeux’’, confie la cheffe de service d’hématologie de l’hôpital Dalal Jamm.
Grâce à son éducation et sa force de conviction héritée de sa mère, Fatou Samba Diago Ndiaye a su surmonter l’éloignement quand elle a dû quitter le pays pour ses études, en France d’abord, puis en Côte d’Ivoire. ‘’Ce n’était pas du tout évident pour une femme mariée et mère de famille’’, concède celle, qui a dû faire preuve de résilience pour allier vie familiale et professionnelle. C’est qu’en effet, pour elle le mérite de la femme sénégalaise est de trouver l’équilibre entre les deux.

‘’Quand on est un homme, arrivé à la maison c’est la télécommande. On est devant la télé, on zappe, on change de chaîne. Mais nous, les femmes, une fois arrivées à la maison, nous enlevons notre tenue de travail, de médecin ou de professeur d’université, et puis nous mettons celle de la femme au foyer ou de la femme de maison’’, dit-elle, d’un ton taquin.
Elle estime, que ce rôle est assuré avec tellement de dextérité par la femme, alors qu’un homme ne pourrait jamais réussir à concilier les deux tâches.
Deux filles sur les traces de leur mère
Croyant aux grandes capacités des femmes, elle encourage les filles notamment à faire des études poussées et à toujours croire en leurs possibilités de réussite nonobstant leur condition féminine.
‘’Les femmes sont vraiment multitâches. Elles font plein de choses en même temps. Elles sont femmes au foyer, cheffes de service, professeures d’université, etc., et mères de famille en même temps’’, lance-t-elle non sans fierté.
Mère de deux filles qui ont également choisi de suivre des études de médecine, Pr Fatou Samba Diago Ndiaye jure qu’elles ont choisi délibérément leur choix.
‘’Le soir à la descente, elles me massent le cuir chevelu et les pieds pour me soulager de la fatigue d’une longue journée de travail débutée tôt le matin pour ne s’achever, la plupart du temps, qu’à 19 heures’’, témoigne-t-elle reconnaissante.
Pour services rendus à la nation, la cheffe du service d’hématologie de l’hôpital Dalal Jamm a été élevée au grade de chevalier dans l’Ordre national du Lion en 2022, puis d’officier dans l’Ordre national du Lion en 2024.
Sur le plan associatif, Pr Fatou Samba Diago Ndiaye dirige l’Association des femmes médecins du Sénégal (AFEMS). A la veille de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, elle ne peut s’empêcher de faire un plaidoyer.
‘’J’invite solennellement les autorités à valoriser davantage les séries scientifiques et à multiplier les initiatives telles que les concours Miss maths et Miss sciences pour permettre aux femmes d’éclore leurs talents dans ces domaines’’, suggère-t-elle souhaitant que ses filles fassent mieux qu’elle.
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