SENEGAL-ECONOMIE-INFRASTRUCTURES
Bargny-Sendou, 22 avr (APS) – Le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou, attendu comme un levier majeur de transformation économique, affiche déjà clairement ses ambitions, à mesure que ses infrastructures continuent de se déployer sur cette partie du littoral sénégalais, dans le département de Rufisque.
Sous un ciel bien dégagé en ce début d’après-midi, les installations du port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou s’étendent à perte de vue, témoignant d’une réelle ambition industrielle.
C’est dans ce décor en pleine mutation, balayé par un vent modéré, qu’une visite guidée a été organisée mardi au profit du sous-secrétaire d’État adjoint au Bureau des affaires africaines du département d’Etat américain, Richard C. Michaels.
Sur un site de 480 hectares, le port se déploie en plusieurs zones fonctionnelles. La plus vaste, la zone industrielle, aligne une centaine de parcelles de deux hectares chacune, destinées aux activités liées aux céréales, aux minerais et aux oléagineux. Une large route de 10,8 mètres marque la frontière avec la zone minière, tandis qu’un rond-point structure l’espace en séparant les flux : d’un côté les minerais, de l’autre les produits agricoles.
Dans cette zone déjà animée, plusieurs firmes industrielles ont déjà pris leurs quartiers, dont les Industries chimiques du Sénégal (ICS), la cimenterie SOCOCIM ou encore le groupe Dangote ; autant d’entreprises dont la présence illustre l’attractivité du site pour les acteurs du secteur extractif et industriel.
La délégation du sous-secrétaire d’État adjoint au Bureau des affaires africaines a d’abord marqué une pause au terminal céréalier, construit par une société marocaine sur une superficie de quatre hectares. Ici, tout est pensé pour optimiser la chaîne logistique.
A l’arrivée des cargaisons, les céréales sont déchargées dans des fosses, puis acheminées vers une tour centrale grâce à un système élévateur, avant d’être orientées vers les silos ou les hangars, selon les besoins.
Le complexe peut stocker jusqu’à 80 000 tonnes de produits, réparties entre stockage vertical et horizontal. Une unité de séchage complète le dispositif pour traiter les produits humides avant leur conservation.
”C’est un système intégré qui permet de sécuriser toute la chaîne de traitement”, explique un technicien sur place.
Ce projet portuaire s’inscrit dans un partenariat public-privé impliquant l’État du Sénégal et la société Sénégal Minergy Port (SMP), un conglomérat d’investisseurs sénégalais, indiens et américains, reflétant l’ouverture du pays aux capitaux internationaux tout en maintenant un ancrage local.
Cap ensuite sur la zone des hydrocarbures, où s’alignent d’imposants réservoirs métalliques. Cinq dépôts y sont implantés, avec une capacité globale estimée à 400 000 m³.
A terme, le site ambitionne de devenir le plus grand pôle de stockage d’hydrocarbures du pays, en centralisant des capacités aujourd’hui dispersées.
Selon Mamadou, le technicien servant de guide du jour, plusieurs opérateurs se partagent cet espace, dont Oryx Energies, Vivo Energy et Terangaz, entreprise liée au groupe ITOC du défunt homme d’affaires sénégalais Abdoulaye Diao dit Baba, décédé en 2024, à l’âge de 77 ans.
Le dépôt de la Compagnie d’entreposage et de distribution du Sénégal (CEDES), filiale du groupe Afriquia, attire particulièrement l’attention.
Avec ses quatre réservoirs totalisant 80 000 m³, il dispose également d’équipements de sécurité avancés, notamment un système anti-incendie à mousse, des réserves d’eau et des murs de rétention conçus pour contenir d’éventuelles fuites. Au cœur du dispositif, une chambre à vannes joue un rôle stratégique.
”C’est ici que s’opère la distribution des produits vers les différents dépôts, selon les besoins des clients. Tout est automatisé et sécurisé pour éviter les pertes et les risques”, souligne un responsable technique.
La visite s’est poursuivie vers la jetée, véritable colonne vertébrale du port. Longue de 1 485 mètres, cette structure mixte en béton et en acier s’avance dans l’océan pour rejoindre un quai de 360 mètres. Capable d’accueillir simultanément deux navires de grande capacité, il est considéré comme un atout logistique majeur.
Destiné aux produits secs, ce quai est complété par un second dédié aux hydrocarbures. Sur place, des grues suceuses entrent en action pour aspirer les cargaisons directement dans les cales des navires, avant de les transférer vers des convoyeurs.
Ces longues bandes transporteuses acheminent les marchandises jusqu’à la zone industrielle, où elles sont chargées dans des camions.
Deux circuits distincts ont été prévus, l’un couvert pour les céréales, afin d’éviter toute contamination, l’autre pour les minerais, selon le technicien.
Le port mise sur la performance. Avec une cadence de déchargement pouvant atteindre 1 000 tonnes par heure pour les céréales et 1 200 tonnes pour les minerais, il ambitionne de réduire significativement le temps d’escale des navires.
”Là où un bateau peut rester une semaine au port de Dakar, il pourrait être traité ici en seulement deux à trois jours”, insiste Mamadou, le technicien.
Si les travaux de finalisation se poursuivent, l’infrastructure rassure déjà par les promesses qu’elle porte.
”Cinq navires ont été accueillis dans le cadre de tests, confirmant la fonctionnalité du site, même en phase incomplète”, indique Mamadou.
A Bargny-Sendou, le chantier reste en mouvement, mais les ambitions sont déjà clairement affichées : faire de ce port une plateforme logistique de référence en Afrique de l’Ouest dans les prochains mois.
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