Pleins feux sur les figures emblématiques du théâtre national Sorano
Pleins feux sur les figures emblématiques du théâtre national Sorano

SENEGAL-THEATRE-COMMEMORATION

Par Fatou Kiné Sène

Dakar, 15 juil (APS) – La célébration du 60 anniversaire du théâtre national Daniel Sorano offre l’occasion de revisiter la mémoire de ce haut lieu de la culture sénégalaise, en levant le voile sur les figures emblématiques qui ont fait les beaux jours des planches depuis son inauguration en 1965 par l’homme de culture et premier président de la République du Sénégal, Léopold Sédar Senghor.

Maurice Sonar Senghor, Douta Seck, Jacqueline Scott-Lemoine, Doura Mané, Omar Seck, Ismaïla Cissé, Isseu Niang, Jean Pierre Leurs, ou encore Joséphine Zambo, ont marqué l’histoire du Théâtre Daniel Sorano, qui célèbre son 60e anniversaire ce jeudi 17 juillet. 

L’homme de culture, écrivain-poète, danseur, comédien et metteur en scène, Maurice Sonar Senghor (1926-2007), a été le premier directeur du théâtre du Palais, ancêtre du théâtre national Daniel Sorano.

Surnommé ‘’le bâtisseur anonyme’’ par Makhaly Gassama, critique littéraire et diplomate sénégalais, ce neveu de Léopold Sédar Senghor a ensuite dirigé cette institution à partir de1964.

Après vingt ans à la tête de cette institution culturelle, Maurice Sonar Senghor, qui a débuté sa carrière en France en 1948 où il a fondé sa première compagnie, a laissé un souvenir vivace dans ce temple de la culture.

Douta Seck (1919-1991), le géant à la stature imposante dont le nom est confondu au roi Christophe, personnage principal de la pièce ‘’La tragédie du roi Christophe’’ d’Aimé Césaire qu’il a porté avec ‘’beaucoup de vérité et de sensibilité’’, reste gravé dans les mémoires.

Cette pièce de théâtre fut jouée à l’ouverture du premier Festival mondial des arts nègres en 1966, un des plus grands événements culturels africains organisés aux lendemains des indépendances sur le continent et qui a accueilli un nombre important de célébrités artistiques et de personnalités intellectuelles du monde entier.

Professionnel ‘’talentueux et aguerri’’, le natif de Saint-Louis, a servi comme instituteur à Ziguinchor de 1936 à1946. Il est ensuite allé en France grâce à une bourse de la municipalité de Dakar pour des études d’architecture aux Beaux-Arts de Paris (1947-1954). Il finira toutefois par délaisser cette orientation au profit de l’art lyrique et dramatique.

Outre le théâtre où il excellait et son rôle d’acteur de films, Douta Seck était aussi chanteur. Depuis avril 1997, l’ancienne résidence du président du Conseil du gouvernement du Sénégal à la Médina, devenue entretemps Maison de la culture, porte son nom.

La vie de Jacqueline Scott-Lemoine (1923-2011), passionnée de théâtre comme Douta Seck, est intimement liée au théâtre national Daniel Sorano. Elle y a notamment interprété le rôle de la reine dans la pièce ‘’La tragédie du roi Christophe’’, retenue dans la programmation du premier Festival mondial des arts nègres, en 1966.

Et pendant dix-huit ans, elle arpentera les planches de ce mythique théâtre où elle deviendra aussi régisseur de la programmation et de l’organisation des spectacles. Celle qui a fui la dictature haïtienne du régime Duvalier pour s’exiler en France puis au Sénégal avec son mari, le poète Lucien Lemoine, a parcouru le monde avec la troupe dramatique de Sorano.

Jacqueline Scott-Lemoine, citoyenne sénégalaise en 1976, n’est jamais repartie de Dakar où elle est morte et enterrée, un an après le décès de son mari en 2010.

Jacqueline et Lucien Lemoine, écrivains et poètes, ont enseigné au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), l’école de journalisme et de communication de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ils ont animé pendant douze ans ‘’La voix des poètes’’, une émission diffusée sur la Radiotélévision du Sénégal.

Lors de la célébration des 40 ans de Sorano, elle avait interprété le rôle de la reine-mère dans l’Exil d’Alboury de Cheik Aliou Ndao devant Maurice Sonar Senghor.

Isseu Niang (1938-2000), est une artiste de talent et de classe, écrivait le journaliste Aboubacar Demba Cissokho dans une dépêche de l’APS. Secrétaire dactylographe de formation, cette artiste multidimensionnelle a été couturière, danseuse, chanteuse, comédienne au théâtre et au cinéma.

Ses talents de danseuse n’échapperont pas au directeur du théâtre du Palais, Maurice Sonar Senghor, qui l’intègre dans les ballets de Keita Fodéba en Guinée, où elle émigre en 1958. Cette étape guinéenne lui ouvre les portes du cinéma.

A son retour au bercail, Maurice Sonar Senghor, qui l’avait inscrite à l’école guinéenne, fait appel encore à elle pour la constitution de la troupe de la Fédération du Mali, en 1960. Elle joue le rôle de “Linguère” dans les dramatiques historiques présentées par la troupe de Sorano.

La comédienne s’est également taillée une solide réputation dans le 7-ème art où elle a joué dans plusieurs films, dont “Le Bracelet de Bronze” de Tidiane Aw (1973), “Le Mandat” (1968) et “Guelwaar” (1992) de Sembène Ousmane, “Hyènes” de Djibril Diop Mambety (1992), ‘’Mosaan’’ de Safi Faye (1996), etc.

L’artiste-comédien sénégalais Omar Seck (1946-2010) s’est forgé une stature de figure emblématique du théâtre sénégalais. Il est aussi un acteur qui s’est fait une belle réputation en se mettant dans la peau de différents personnages.

Directeur de la troupe dramatique du théâtre national Daniel Sorano, il a été formé à l’institut national des arts du Sénégal, au théâtre des Nations à Paris et au centre dramatique de la rue Blanche de Paris.

Pensionnaire de Sorano depuis 1968, il y a participé à toutes les créations. Omar Seck est aussi un acteur de cinéma, avec plusieurs rôles à son actif.

En 1997, le Grand Prix du président de la République pour le théâtre qui lui a été décerné sonne comme le couronnement d’une carrière accomplie.

”Je dois tout au théâtre cet art qui m’a apporté beaucoup de choses, en contribuant à élever mon esprit et en me permettant de faire le tour du monde. En plus, c’est un art très riche’’, disait-il à l’APS, en juillet 2009, lors du deuxième Festival culturel panafricain d’Alger.

Comme Omar Seck, Jean Pierre Leurs, metteur en scène, a participé avec ses créations artistiques au rayonnement culturel du Sénégal. Il fait son entrée au théâtre national Daniel Sorano en 1968, sous l’égide de Maurice Sonar Senghor.

Quelques années plus tard, il succède en 1971 à Doura Mané au poste de directeur de la troupe dramatique du Théâtre national Daniel-Sorano, dont il va diriger le service de la production à partir de 1979.

C’est lui qui inspira les spectacles sons et lumières donnés lors de la célébration à Tivaouane (ouest) du Mawlid et d’autres spectacles au Sénégal. Jean-Pierre Leurs a été lauréat du Grand Prix du Chef de l’Etat pour les arts et les lettres en 1995.

D’autres artistes aussi talentueux ont également laissé des traces dans ce temple de la culture qui a excellé dans le chant lyrique, comme au théâtre et à la danse avec le ballet ”La Lingère”.

FKS/HB/ASB/SMD/OID