Plaidoyer pour des villes africaines plus inclusives à travers la dénomination des lieux
Plaidoyer pour des villes africaines plus inclusives à travers la dénomination des lieux

SENEGAL-AFRIQUE-MEMOIRE

Dakar, 8 juin (APS) – Des chercheurs, universitaires, urbanistes et responsables institutionnels, ont souligné, lundi, à Dakar, la nécessité de repenser la dénomination des lieux en Afrique afin de construire des espaces urbains plus inclusifs, représentatifs des mémoires collectives et des réalités contemporaines.

Ils intervenaient à l’ouverture du symposium international qui se tient au Musée Théodore Monod de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) de Dakar, sur le thème ”Penser la dénomination des lieux africains contemporains : pour un paysage métropolitain inclusif”.

Dans ce cadre, un séminaire multi-acteurs est prévu du 11 au 12 juin à Saly-Portugal (ouest).

‎Consacrée à la toponymie, discipline qui étudie les noms de lieux et leurs significations, la rencontre, réunissant plus d’une trentaine de spécialistes venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique, vise à examiner les enjeux historiques, culturels, politiques et sociaux liés à la dénomination des espaces.

”Penser les noms de nos lieux, c’est contribuer à imaginer et construire les villes africaines de demain, inclusives, chargées d’histoire, de mémoire et de souveraineté”, a déclaré la coordonnatrice du symposium, la professeure Abibatou Diagne, lors de la cérémonie d’ouverture.

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Selon elle, les cinq jours de travaux permettront de croiser les approches de linguistes, géographes, historiens, sociologues et praticiens autour d’un objet situé ”à la croisée du langage, de la politique, de la mémoire et du territoire”.

‎Mamadou Bodian, représentant le directeur de l’IFAN, a insisté sur la portée citoyenne de la toponymie, estimant que nommer un lieu n’est jamais un acte neutre.

‎”Derrière chaque nom de rue, de place ou de quartier se dessine une représentation du monde. Les noms de lieux sont bien plus que des repères géographiques : ils sont des marqueurs de mémoire, des instruments de reconnaissance et des révélateurs des rapports de pouvoir”, a-t-il soutenu.

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Il a relevé que les paysages urbains africains constituent ”des archives à ciel ouvert”, portant les traces des héritages précoloniaux, coloniaux et postcoloniaux, ainsi que des mutations contemporaines liées à l’urbanisation et à la gouvernance territoriale.

‎Pour le doyen de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UCAD, le professeur Mamadou Bouna Timéra, la réflexion sur la toponymie s’inscrit dans une longue tradition de recherche au sein de l’université sénégalaise.

‎Il a rappelé qu’une première réunion consacrée à la création d’une structure d’étude de la toponymie s’était tenue à la FLSH en 1999, avant l’organisation du premier atelier national sur le sujet en 2006.

‎”La toponymie critique n’est pas un luxe académique. Elle est un outil de justice, de mémoire et de reconnaissance des présences plurielles qui composent nos sociétés”, a-t-il affirmé, évoquant les défis liés à la décolonisation des savoirs, à l’urbanisation accélérée et à la valorisation des patrimoines vernaculaires.

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Issa Fofana, le co-directeur du programme Point Sud, a souligné que les noms de lieux constituent ”des archives vivantes de la mémoire collective” et un observatoire privilégié des transformations sociales contemporaines.

‎Selon lui, la réflexion sur une toponymie inclusive permet d’interroger la manière dont les sociétés reconnaissent leur diversité linguistique et culturelle, tout en construisant des récits collectifs capables d’intégrer la pluralité des expériences historiques.

‎Prenant la parole, le directeur du bureau régional de l’UNESCO à Dakar, Dimitri Sanga, a rappelé que la question de la dénomination des lieux touche directement aux enjeux de mémoire, d’identité et de cohésion sociale.

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”Les noms des rues, des quartiers, des villages ou des villes racontent des histoires, transmettent des valeurs et rendent visibles certaines mémoires tandis qu’ils peuvent en invisibiliser d’autres”, a-t-il déclaré.

‎Il a inscrit ces débats dans le prolongement du projet de sur l’Histoire générale de l’Afrique, saluant au passage l’héritage d’Amadou Mahtar Mbow, premier Africain à avoir dirigé l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

‎Les participants entendent, au terme des échanges, formuler des recommandations susceptibles d’alimenter les politiques publiques en matière de mémoire urbaine, d’adressage, de patrimoine et de gouvernance territoriale.

‎Le symposium se poursuivra jusqu’au 12 juin avec des communications scientifiques, des enquêtes de terrain et des ateliers réunissant chercheurs, collectivités territoriales, urbanistes et décideurs publics autour des enjeux de la dénomination des espaces africains contemporains.

MK/ASB/BK