SENEGAL-HYDROCARBURES
Dakar, 10 juin (APS) – PETROSEN a les capacités juridiques et institutionnelles requises pour prendre le relais de Kosmos Energy dans l’exploitation du gisement gazier Yakaar-Teranga, a reconnu le juriste et banquier Alioune Badara Diop, tout en recommandant à la compagnie pétrolière sénégalaise de recourir à des “partenariats techniques importants”.
La compagnie américaine a accepté, d’un commun accord avec les autorités sénégalaises, le 22 avril dernier, de ne plus participer à l’exploitation du bloc gazier situé près de Cayar, dans la région de Thiès (ouest).
Selon l’accord conclu, aucune contrepartie financière ne sera à la charge du Sénégal. PETROSEN – Société nationale des pétroles du Sénégal – va exploiter le bloc Yakaar-Teranga.
“PETROSEN a considérablement gagné en maturité technique. Elle dispose de cadres compétents formés dans les meilleures universités, d’une expérience accumulée aux côtés de Woodside et de BP”, a assuré Alioune Badara Diop dans un entretien avec l’APS.
“Cela mérite d’être souligné, car le réflexe pessimiste sur les capacités nationales est souvent excessif”, a souligné M. Diop, titulaire d’un master de droit pétrolier et de finance énergétique de l’université d’Aberdeen, en Écosse (Royaume-Uni), et d’un master de recherche en droit économique et des affaires de l’université Gaston-Berger de Saint-Louis (Sénégal).
Une question de méthode, pas de magie
Le spécialiste du droit pétrolier et de la finance énergétique tient à signaler que c’est un défi majeur de développer seul un projet offshore profond de 3 à 4 milliards de dollars US (environ 1 700 à 2280 milliards de francs CFA), à l’image de celui de Yakaar-Teranga.
“Aucune compagnie nationale africaine ne conduit à ce jour un tel projet sans des partenariats techniques importants. C’est une question de standards industriels internationaux”, a souligné Alioune Badara Diop.
Il signale que “le schéma annoncé par PETROSEN [lui] paraît juste”, dans la mesure où la compagnie pétrolière sénégalaise veut “opérer comme pivot opérationnel, mobiliser l’épargne nationale et [celle des Sénégalais vivant à l’étranger], et trouver des financements multilatéraux concessionnels auprès de la Banque africaine de développement, de la Banque ouest-africaine de développement et de la Banque islamique de développement”.
D’après M. Diop, pour prendre le relais de Kosmos Energy, la Société nationale des pétroles du Sénégal est en train de cibler des partenaires techniques internationaux pour leur faire faire des prestations spécialisées, tout en évitant de leur laisser les activités qu’elle sait faire.
“Oui, elle en a les capacités juridiques et institutionnelles, mais elle ne pourra pas agir toute seule. Les partenariats de qualité seront décisifs”, a-t-il répondu à la question de savoir si PETROSEN a les moyens de se substituer à la compagnie américaine.
“Accélérer notre souveraineté énergétique”
L’entreprise nationale sur laquelle mise l’État sénégalais doit procéder d’abord à “la sécurisation rapide d’un partenariat technique international de premier rang”, ensuite à “la structuration d’un schéma de financement véritablement diversifié et incluant des champions industriels locaux”, selon l’expert en droit pétrolier.
“Ne promettons pas à nos compatriotes une baisse spectaculaire dès demain matin. Préparons les conditions structurelles d’une transformation de notre matrice énergétique sur dix, voire quinze ans. C’est une question de méthode, pas de magie”, a-t-il dit lorsqu’il a été interrogé sur la capacité du Sénégal à infléchir les prix des produits pétroliers (carburant, gaz butane, etc.) à l’aide de ses hydrocarbures, dans les prochaines années.
“Le Sénégal est doublement exposé. Directement, puisque c’est un importateur net d’hydrocarbures raffinés. Indirectement, à travers l’impact sur les chaînes logistiques internationales, les primes d’assurance maritime et la valeur du dollar dans lequel sont libellées nos importations”, a analysé Alioune Badara Diop, concernant l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les importations sénégalaises de produits pétroliers.
M. Diop signale que “cette crise géopolitique (la guerre menée par Israël et les États-Unis d’Amérique contre l’Iran) conforte paradoxalement la pertinence de la décision sénégalaise sur Yakaar-Teranga”. “Accélérer notre souveraineté énergétique nationale n’est plus une option idéologique. C’est une nécessité stratégique, dans le long terme et pour le plan national de développement ‘Sénégal 2050’.”
D’après le banquier, les “mesures préventives de protection macroéconomique, énergétique, logistique et sociales” prévues par le gouvernement sénégalais pour éviter d’être impacté par la guerre au Moyen-Orient devraient être prises sur trois plans : macroéconomique, énergétique et social.
Une revalorisation de la bourse de sécurité familiale
Dans le premier cas, ces mesures doivent consister à assurer “une coordination étroite avec la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, concernant le pilotage monétaire et la vigilance budgétaire, avec une marge de manœuvre pour des subventions ciblées et une mobilisation accélérée des financements multilatéraux concessionnels”.
Concernant les mesures d’ordre énergétique, Alioune Badara Diop préconise “la constitution de stocks stratégiques couvrant au moins quatre-vingt-dix jours de consommation, une diversification immédiate des fournisseurs, des mécanismes de couverture financière contre la volatilité du pétrole et l’accélération absolue du programme gas-to-power”, la conversion en gaz des excédents d’électricité provenant des énergies renouvelables.
Sur le plan social, “la revalorisation de la bourse de sécurité familiale et le maintien du tarif social de l’électricité doivent être couplés à une communication pédagogique visant à éviter les comportements de panique”, a proposé M. Diop.
Il faudra ajouter à tout cela “une mesure cruciale : la constitution d’une cellule de veille stratégique pluridisciplinaire, qui associe les ministères techniques, le secteur privé, les universités et les banques”, a-t-il suggéré.
Cette cellule doit être capable de produire des scénarios en temps réel, d’après lui.
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