Dakar, 24 août (APS) – Le linguiste, éditeur et économiste sénégalais Pathé Diagne, décédé mercredi, dont l’inhumation est prévue jeudi à Dakar, fut ‘’un intellectuel audacieux, tenace et courageux’’, auteur de plusieurs ouvrages et combats liés aussi bien à la culture qu’à l’économie, a témoigné le professeur Babacar Diop Buuba.

‘’C’est le Sénégal, l’Afrique et le monde qui perdent un grand savant, un homme de courage, un intellectuel audacieux et tenace, qui a le sens de l’humour’’, a dit à l’APS l’enseignant à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.

Pathé Diagne, mort à l’âge de 89 ans, a publié des livres et des articles sur la culture africaine. Cet historien des civilisations est coauteur, avec Alpha Ibrahima Sow (Guinée), Ola Balogun (Nigeria) et Honorat Aguessy (Bénin), du livre intitulée ‘’Introduction à la culture africaine’’, édité en 1979 avec l’aide de l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

Selon Boubacar Diop, Pathé Diagne possède aussi de grandes qualités dans l’étude des langues africaines. Dans ce domaine, le défunt linguiste a publié un livre intitulé ‘’Grammaire de wolof moderne’’, publié en janvier 1971 par Présence africaine.

‘’Il a traduit en wolof beaucoup d’ouvrages de haute facture, dont le saint Coran et la nouvelle en langue russe ‘Le manteau’, de Nicholas Gogol, publiée en 1842 dans le recueil ‘Les nouvelles de Pétersbourg’‘’, a rappelé M. Diop.

Un ami de Sembène Ousmane et de Cheikh Anta DiopPathé Diagne a traduit le Coran en wolof, en 1997, sous le titre ‘’Al Xuraan ci wolof’’.

Attaché à une Afrique polyglotte et pluriculturelle à laquelle il a consacré de nombreuses publications, il était un ami du cinéaste sénégalais Sembène Ousmane (1923-2007), dont on célèbre le centenaire cette année, et de l’égyptologue Cheikh Anta Diop (1923-1986). ‘’Ils se retrouvaient souvent à la bibliothèque de la librairie Sankore, dont il est le fondateur. Ils ont beaucoup de choses en commun’’, témoigne Boubacar Diop, rappelant que le linguiste a été la cheville ouvrière de Kaddu, le premier journal en langue nationale au Sénégal.

Léopold Sédar Senghor (1906-2001) a beaucoup combattu Pathé Diagne, selon M. Diop. Il suffisait de soutenir sa thèse pour enseigner à l’Université de Dakar (l’actuelle université Cheikh-Anta-Diop), mais il a trouvé un prétexte pour l’éjecter de cet établissement académique, comme il l’a fait avec Cheikh Anta Diop, et l’empêcher de continuer sa carrière.

Le président de la République ne voyait pas d’un bon œil la promotion de l’éducation en langues nationales que réclamait Pathé Diagne, selon l’ancien médiateur de l’université Cheikh-Anta-Diop.

Dans son livre ‘’Léopold Sédar Senghor ou la Négritude, servante de la francophonie et le festival panafricain d’Alger’’, publié en 2006, Pathé Diagne se lance dans une vive critique de Léopold Sédar Senghor et de la Francophonie, qui, selon lui, n’est qu’un ‘’mode de génocide culturel inventé par le général de Gaulle’’. Pathé Diagne et Sembène Ousmane ont été les invités de marque de l’Algérie, lors du Festival panafricain d’Alger organisé en 1969, trois ans après le premier Festival mondial des arts nègres, a rappelé Boubacar Diop.

L’ami d’enfance d’Abdou Diouf

Né le 7 janvier 1934 à Saint-Louis du Sénégal, Pathé Diagne a cheminé, au collège comme au lycée, avec l’ancien président du Sénégal, Abdou Diouf, successeur de Léopold Sédar Senghor, raconte l’enseignant, se rappelant qu’avec l’arrivée au pouvoir de M. Diouf, Pathé Diagne et Sembène Ousmane avaient plus de liberté. ‘’Il a été un grand ami d’Abdou Diouf, d’Amady Aly Dieng, de Samir Amin’’ et d’autres personnalités, s’est-il souvenu.

‘’Avec ce que l’on a appelé la ‘désenghorisation’, il y a eu une ouverture sur beaucoup de questions, avec Cheikh Anta Diop. Pathé Diagne a facilité les contacts’’ entre Abdou Diouf et certains intellectuels, selon M. Diop.

Pathé Diagne a enseigné la linguistique aux États-Unis d’Amérique. Abdou Diouf lui a permis d’enseigner à l’université Cheikh-Anta-Diop. Mais, a précisé Boubacar Diop Buuba, Diop, ‘’il va continuer à défendre ses points de vue, malgré cette proximité’’.

Pathé Diagne et la contradiction

Le défunt linguiste, oncle du philosophe et écrivain Souleymane Bachir Diagne, aimait les débats, selon M. Diop, qui se souvient de ses discussions avec Amady Aly Dieng (1932-2018) sur des questions économiques. ‘’Pathé Diagne a beaucoup écrit sur les politiques nationales, notamment sur le développement durable, et a produit des textes sur les barrages’’, a-t-il signalé.

Le panafricaniste a démontré dans son livre ‘’Bakary II et Chistophe Colomb à la rencontre de Tarana ou l’Amérique’’, que l’empereur du Mali (Bakary II) a effectué un voyage transatlantique, ce qui fait de lui le précurseur de la mondialisation. Ce livre, selon M. Diop, démontre, par des expéditions en mer, que la navigation transatlantique se pratiquait à partir de l’Afrique et de l’Europe, bien avant Christophe Colomb.

Babacar Diop Buuba relève que le plus grand débat a été celui relatif à la ‘’désarabisation du Coran’’, car le linguiste Pathé Diagne a rejeté l’hégémonie islamo-orientale que peut entraîner l’association de l’arabe à l’islam. ‘’Je me souviens du débat qu’il a eu avec Sidy Lamine Niass, de Wal Fadjri, sur le sujet de la ‘désarabisation’. Il y a eu une diversité de perceptions à ce sujet. Pathé Diagne était très courageux […] et posé’’, s’est soutenu l’historien.

Ndiouga Benga, historien, lui aussi, cite Pathé Diagne parmi les patriarches des sciences sociales au Sénégal, dont faisaient partie aussi Fatou Sow, son épouse, Abdoulaye Ly (2019-2013), Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Bara Diop (1930-2021), Amady Aly Dieng Momar Coumba Diop, Boubacar Barry et Cheikh Ba.

‘’Sa maison d’édition, Sankore, a été une source d’inspiration pour de nombreux chercheurs […] Il s’était beaucoup investi dans le projet de construction du mémorial de Gorée’’, a témoigné M. Diop.

Pathé Diagne, beau-frère de Serigne Babacar Sy, le khalife général des tidjanes, et de Serigne Abbass Sall, est un universitaire, chercheur et enseignant qui a mené ses études doctorales à la Sorbonne (France). Outre ses nombreuses publications dans le domaine de la linguistique moderne et de l’archéologie linguistique, il a contribué à l’écriture de l’histoire de l’Afrique par l’Unesco.

FKS/ADC/ESF

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