SENEGAL-AFRIQUE-CULTURE-PLAIDOYER
Dakar, 1er déc (APS) – Le dynamisme des industries créatives et culturelles dans l’espace ouest-africain est “une chance historique” dont doivent profiter pour mettre en place “un véritable marché commun de la créativité” par des politiques ambitieuses et des investissements conséquents, a plaidé le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko.
“Notre espace ouest-africain n’est pas seulement riche de son histoire ; il bouillonne d’une créativité contemporaine qui fascine le monde. Nos artistes, nos musiciens, nos cinéastes, nos stylistes, nos développeurs de jeux vidéo sont à la conquête du globe”, a-t-il déclaré à l’ouverture du premier Festival ouest-africain des arts et de la culture (ECOFEST), dimanche, à Dakar.
Selon le chef du gouvernement sénégalais, les industries culturelles et créatives (ICC) ne sont plus un secteur marginal, mais “un moteur de croissance, d’emploi et de rayonnement”.
Les ICC génèrent déjà, à l’échelle du continent, des dizaines de milliards de dollars et emploient des millions de personnes, majoritairement des jeunes.
Des genres musicaux comme l’Afrobeats ou l’Amapiano cumulent des milliards de vues sur les plateformes mondiales et voient leurs revenus croître de manière exponentielle, a souligné M. Sonko, ajoutant que ce secteur culturel représente au Sénégal près de 8% de notre Produit intérieur brut.
“Ce dynamisme est une chance historique. Il nous appartient, en tant que dirigeants, de le soutenir par des politiques ambitieuses et des investissements conséquents. Nous devons créer un véritable marché commun de la créativité ouest-africaine, en facilitant la circulation des artistes et des œuvres, en protégeant le droit d’auteur, et en investissant dans les infrastructures culturelles”, a-t-il plaidé devant les représentants des commissions de l’UEMOA et de la CEDEAO.
Protéger la jeunesse des agressions culturelles
Ousmane Sonko a aussi appelé à protéger la jeunesse des agressions culturelles “insidieuses”, qui cherchent selon lui à la déraciner et à la couper de ses valeurs.
“Notre jeunesse, notre plus grande richesse, est la cible d’agressions culturelles. Des forces obscures lui font miroiter une fausse reconnaissance à travers la violence physique ou numérique, pour mieux déstructurer nos sociétés. Notre responsabilité est immense. Nous devons offrir à notre jeunesse des raisons d’espérer, de créer et de s’épanouir ici, en Afrique”, a-t-il dit.
Le chef du gouvernement estime que cela passe par un développement équitable dans les territoires, la transmission des valeurs “les plus précieuses” à travers le dialogue interreligieux et interculturel, le respect sacré de la vie des femmes et des aînés, la solidarité familiale et intergénérationnelle, ainsi que la protection de notre environnement.
“Inspirons-nous de la Charte de Kurukan Fuga, édictée au 13ème siècle, qui constitue l’une des plus anciennes constitutions au monde et qui garantissait déjà les droits fondamentaux de la personne. Faisons de nos jeunes des citoyens lucides, fiers de leur héritage et ouverts sur le monde”, a-t-il insisté lors de son discours, après des prestations artistiques ayant émerveillé le public venu nombreux.
Pour Ousmane Sonko, “le festival ECOFEST, qui célèbre notre héritage culturel, est également une occasion de réfléchir sur les défis que nous devons relever ensemble”.
Il a fait observer que la culture se trouve désormais confrontée à “des pressions sans précédent”, tout en mettant en garde contre “l’uniformisation culturelle, l’hégémonie de certains modèles exogènes et la marginalisation de nos langues et expressions locales [qui] menacent l’identité de nos peuples”.
“Il est alors essentiel de protéger notre jeunesse de ces agressions culturelles”, a martelé M. Sonko, avant d’appeler à encourager les peuples à s’engager dans la préservation et la promotion des identités culturelles des pays concernés en cultivant leur créativité.
“Ces mécanismes culturels, parmi tant d’autres, nous rappellent une vérité fondamentale : l’intégration culturelle a toujours précédé l’intégration politique en Afrique de l’Ouest. Elle en est le socle vivant et durable”, fait-il remarquer.
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