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Dakar, 30 mai (APS) – Ancienne figure du Parti démocratique sénégalais (PDS), Ousmane Ngom retrace le congrès de Kaolack et les arrestations d’Abdoulaye Wade, évoquant les épisodes marquants de cette séquence politique.
Proche du fondateur de ce parti politique d’obédience libérale, Ousmane Ngom est resté un compagnon de longue date d’Abdoulaye Wade, malgré une parenthèse de rupture.
Dans son cabinet sis à la rue Carnot, à quelques pas de la Place Washington, siège du ministère de l’Intérieur qu’il connaît bien, Ousmane Ngom garde son éloquence pour raconter le PDS, à l’occasion de la célébration du centenaire de Abdoulaye Wade, prévue les 4 et 5 juin prochains.
Dans sa chemise africaine, verte avec des points noirs, le dernier ministre de l’Intérieur du régime libéral ne veut rien lâcher, de ce récit de 1976, date du congrès du PDS, à la soirée de défaite du 25 mars 2012, mettant fin à douze années de règne.
Ousmane Alioune Ngom, à l’état civil, a fait ses premiers pas déjà à son arrivée à Dakar, en 1976, lorsqu’il a décroché son baccalauréat à Saint-Louis, sa ville natale.
Les images du congrès constitutif du PDS du 31 juillet 1976 défilent dans sa tête, avec les intrigues du Parti socialiste qui, la veille de cette manifestation à Kaolack, a lancé des torpilles pour déstabiliser le ”pape du Sopi” en débauchant des responsables régionaux notamment.
Ousmane Ngom, lui, tente de s’imposer. Il y arrivera, en partie, grâce à un article publié dans le journal des jeunes du parti, ”Takku”, qui avait séduit le chef. Une enquête sur l’ONCAD (Office national de coopération et d’assistance pour le développement) qui sera reprise par le journal du PDS, ”Le Démocrate” et qui lancera le jeune étudiant.
Le fil est noué avec celui qui deviendra le président de la République. Ousmane Ngom est coopté à la direction nationale du parti, comme secrétaire national à l’information et à la presse, puis secrétaire national aux relations extérieures avant de prendre le stratégique porte-parole du président Abdoulaye pendant une quinzaine d’années.
La marche anti-apartheid, première arrestation de Wade et Cie
Entre-temps, Ousmane Ngom est parti en France pour faire son troisième cycle, y poursuivant ses activités politiques auprès des émigrés sénégalais.
”Alors, quand j’ai fini mes études en France, je suis rentré au Sénégal en fin 1981, coïncidant avec l’arrivée du président Abdou Diouf au pouvoir”, se souvient-il.
A la faveur de l’article 35 de la Constitution disposant que le Premier ministre assure l’intérim du président de la République en cas d’empêchement du président de la République- qui a démissionné-, Abdou Diouf accède au pouvoir.
“Abdou Diouf était beaucoup contesté à l’époque. D’ailleurs, nous le taquinions en tant qu’opposition, en le surnommant +président article 35+”, rappelle Ousmane Ngom.
La radicalisation de l’opposition prend ainsi forme, le PDS, principal parti de l’opposition, ayant décidé de livrer un ”combat frontal” avec le nouveau président en contestant sa légitimité.
”Finalement, nous sommes allés à l’élection présidentielle de 1983, qui était très dure, et Abdou Diouf a assis sa légitimité [plus de 83% des suffrages, contre près 15% pour Abdoulaye Wade] pour sa première élection”, ajoute-t-il, signalant que cette victoire du PS a davantage radicalisé le PDS.
Ousmane Ngom évoque, par exemple, ”la marche anti-apartheid” de 1986, pour soutenir Nelson Mandela, à Dakar, alors que le président Diouf était en même temps président de l’OUA, l’Organisation de l’unité africaine.
”Cette marche a été sévèrement réprimée, et Abdoulaye Wade et tous les autres responsables du PDS ont été arrêtés non pas lors de cette manifestation mais après, et dans son cabinet [d’avocat] même”, raconte Me Ngom, alors stagiaire dans ledit cabinet.
La décision ”révolutionnaire” du juge Mody Coumba Ba
Pour la première fois, Me Ousmane Ngom, inspiré par Abdoulaye Wade, va plaider, après s’être constitué sur la demande de son leader. Le jeune avocat était passionné et déterminé pour ce procès ”retentissant”.
”Le tribunal était présidé par le juge Mody Coumba Bâ, un grand magistrat, en présence du bâtonnier Fadilou Diop. Il m’a demandé de plaider le premier, en tant que le plus jeune avocat (…) J’ai plaidé de façon très brillante parce que j’étais très motivé. Et à la fin de la plaidoirie, Abdoulaye Wade m’a pris dans ses bras et m’a dit : ‘Vraiment, je suis très fier [de toi]’’. Il était au bord des larmes”, a-t-il expliqué.
Le juge Mody Coumba Bâ avait pris une décision ”révolutionnaire” en déclarant qu’il n’y avait pas de délit de la part de Abdoulaye Wade et ses codétenus, renvoyant tout le monde sans peine ni dépens. ”Les journaux avaient titré, le lendemain : +Le flagrant délit sans délit+, rapporte-t-il.
HK/ASB
