Ousmane Ngom dévoile les secrets des gouvernements d’union nationale
Ousmane Ngom dévoile les secrets des gouvernements d’union nationale

SENEGAL-POLITIQUE-CENTENAIRE-TEMOIGNAGE

Dakar, 30 mai (APS) – Me Ousmane Ngom, ancien numéro 2 du Parti démocratique sénégalais (APS), a dévoilé les secrets et tractations entourant la participation de Abdoulaye Wade aux gouvernements de Abdou Diouf, soulignant la ”grandeur” d’un homme qui place la paix et la stabilité au-dessus de tout.

Pour Me Ngom, le troisième président de la République du Sénégal et successeur de Abdou Diouf, savait ”placer la paix et la stabilité au-dessus de tout”, rappelant sa promesse qu’il ne marcherait jamais sur des cadavres pour arriver au pouvoir.

Dans la trajectoire du PDS, l’année 1988 est un marqueur en ce qu’elle était un véritable test de popularité de Abdoulaye Wade, drainant des foules immenses tout au long de sa campagne électorale.

”Tout le monde était convaincu [de la victoire de Wade en 1988]. Il faut revoir les images du meeting de clôture qui s’est tenu à la place de l’Obélisque [actuelle place de la Nation]. Tout le monde était convaincu que la victoire était inéluctable. Le pouvoir socialiste et le président Diouf en étaient même plus convaincus que nous”, insiste Ousmane Ngom dans un entretien avec l’APS.

C’est ce qui a justifié qu’au soir des élections, les autorités ont décidé de ”verrouiller tout le pays et de décréter l’état d’urgence pendant 9 jours”. Le lendemain, avant même la proclamation des résultats, ils ont arrêté tous les grands responsables du PDS, avant de les placer sous mandat de dépôt, rappelle-t-il.

Dans ce contexte de vives tensions politiques et de plan d’ajustement structurel pouvant provoquer une instabilité, le régime socialiste tempère et opte pour l’ouverture.

Des émissaires ont déblayé le terrain, entre le palais et la prison. Abdoulaye Wade et ses hommes sont libérés, sauf Boubacar Sall condamné à 5 ans de prison ferme. Mais Abdoulaye Wade avait donné des assurances que Boubacar Sall, surnommé le ”Lion du Cayor”, ne purgerait pas cette peine.

Ousmane Ngom dévoile les secrets des gouvernements d’union nationale

Lest tractations à la résidence de Popenguine pour le premier gouvernement d’union nationale

”Le lendemain, [Abdoulaye] Wade m’a invité à le rejoindre à l’heure du ‘kheudd’ (repas de l’aube du ramadan). Mansour Cama [ancien responsable du patronat sénégalais] est arrivé dans une voiture deux portes R4 ou R5 ; direction Popengine, à la résidence de Abdou Diouf”, détaille Me Ousmane Ngom.

”Sur place, nous avons trouvé Abdou Diouf et Jean Collin. Dès qu’on s’est donné la main, Diouf a dit : +Ablaye [Wade] ndokk sa bakkan (toute ma compassion pour l’emprisonnement) +. Quand on est sorti, Wade m’a dit : +Ousmane ce gars-là, il me met en prison et après m’exprime sa compassion+”, raconte-t-il le sourire au coin.

L’ancien ministre de l’Intérieur soutient que cette prévenance du président Diouf a détendu l’atmosphère. C’est ainsi que les prémices d’un gouvernement de majorité présidentielle élargie sont nées. Le chef de l’Etat assurait être prêt à faire ”toutes les concessions possibles, quitte à partager le pouvoir, le sharing power, et même à faire de Abdoulaye Wade son vice-président”, a-t-il dit.

Le leader du PDS a accepté sous réserve que le résident Diouf procède à des réformes constitutionnelles et électorales avec un message public d’appel solennel à l’opposition parlementaire.

Le chef de l’Etat a profité de son traditionnel message de la Korité pour lancer un appel au chef de l’opposition parlementaire, lui demandant de venir travailler avec lui, ”dans l’intérêt supérieur de la nation”.

”Dès qu’il a fini son appel, la télévision nationale et Le Soleil sont allés chez Wade, au Point E, pour lui demander ce qu’il pensait de la déclaration du président Abou Diouf. Et, bien entendu, comme c’était convenu, Abdoulaye Wade a dit : +Je réponds favorablement à l’appel du président Diouf+”, se souvient encore Ousmane Ngom.

Et le lendemain, Abdoulaye Wade et Ousmane Ngom ont retrouvé Abdou Diouf et Jean Collin au Palais de l’Avenue Roume, devenue Avenue Léopold Sédar Senghor.

Au sortir du palais, relève-t-il, Abou Diouf a dit : ‘’Nous avons discuté de tout avec un grand T’’.

Mais Ousmane Ngom, porte-parole du PDS, avait bien avisé Wade de la capacité de nuisance et d’influence de Jean Collin qui pourrait tenter de torpiller la formation de ce gouvernement d’union nationale. Et il n’avait pas tort, puisque le dilatoire s’est installé entre les deux parties.

Selon lui, Me Wade a plus tard compris qu’en réalité, on était en train de le tourner en bourrique, et que c’est Jean Collin qui était derrière tout cela.

”Abdoulaye Wade était tellement désabusé qu’il a pris son avion et est parti en exil volontaire en Europe. Et nous nous sommes davantage radicalisés”, dit-il.

En 1990, Abdou Diouf, ayant finalement compris que Jean Collin jouait un rôle négatif et pourrait mener le pays dans des situations de confrontation, a pris son courage à deux mains et l’a limogé le 27 mars 1990.

Abdou Diouf ayant désormais les mains libres, les contacts ont été repris, notamment par le biais de Famara Ibrahima Sagna, son ministre de l’Intérieur et un ami de Abdoulaye Wade.

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La discrétion de Famara Ibrahima Sagna pour mener les discussions entre Diouf et Wade

”Famara Ibrahima Sagna a décidé d’acheter une petite voiture, 305, qu’il conduisait lui-même le soir, tout seul, sans garde du corps. Je lui ouvrais le garage et on restait là-bas pour discuter pendant 3 heures ou 4 heures de temps. C’est comme ça qu’on a ficelé notre première entrée au gouvernement en mars 1991”, se remémore M. Ngom.

Le PDS se voit accorder quatre ministres : Jean-Paul Dias, Aminata Tall, Ousmane Ngom et Abdoulaye Wade ministre d’État sans portefeuille, avant de quitter le gouvernement en 1992, à la veille des élections de 1993.

”Ces élections étaient également très dures, et on avait vraiment beaucoup de chance de les gagner. Malheureusement, il y a eu cette affaire du blocage de la commission de recensement des votes. Malgré le Code consensuel de 1992, les socialistes ont refusé qu’on examine les PV bureau de vote par bureau de vote, mais seulement les PV des commissions départementales, ce que nous avions aussi refusé”, explique Ousmane Ngom.

Abdou Diouf est déclaré vainqueur dès le premier tour.

”Cette victoire nous a révoltés. Et Abdoulaye Wade a dit : +Ne vous en faites pas, nous allons faire des élections législatives [qui devaient se tenir moins de trois semaines plus tard] le deuxième tour de la présidentielle », rapporte-t-il.

Il s’en suit l’affaire Me Babacar Sèye, du nom de ce magistrat tué sur la Corniche Ouest de Dakar, qui a provoqué l’interpellation de secrétaire général du PDS et de plusieurs de ses proches.

Le spectre de l’instabilité s’installe encore et Abdou Diouf choisit la voie pacifique. Famara Ibrahima Sagna reprend son bâton de pèlerin pour une sortie de crise.

En 1995, Abdoulaye Wade accepte de participer au gouvernement, et en mars 1995, les deux partis s’accordent sur un quota de 5 départements ministériels pour le PDS.

HK/ASB