SENEGAL-MUSIQUE-ANNIVERSAIRE
Tiguéré Yéné (Matam), 3 oct (APS) – Le chanteur, compositeur et interprète sénégalais Abou Thiam a célébré les trente-cinq ans de son groupe ”Ngaari Laaw” à Tiguéré Yéné, un village situé non loin du fleuve Sénégal et dont certaines maisons sont menacées par la montée des eaux.
Le concert a eu lieu mercredi dans cette localité traversée par le Diamel, un bras du fleuve Sénégal. Ce qui est loin d’être fortuit pour un groupe lié à l’eau, pour en avoir fait le thème central de ses chansons depuis sa création.
Le choix de Tiguéré Yéné pour marquer cette date n’est pas fortuit, ce village de la commune de Nabadji Civol, situé à quelques kilomètres de la commune de Matam, ayant profondément marqué Abou Thiam, même s’il n’y avait plus remis les pieds depuis 1991.
Il avait visité ce village pour la première fois grâce à Abou Silèye Touré, un professeur de philosophie désormais à la retraite, avec lequel il avait fait ses études au lycée Faidherbe, actuel Cheikh Oumar Foutiyou Tall de Saint-Louis.
”Tiguéré fait partie des villages que j’ai visités. Dans mon esprit, pour célébrer les 35 ans de Ngaari Laaw, j’ai pensé me rendre dans les villages où je suis passé il y a une trentaine d’années. Tiguéré m’a beaucoup marqué comme d’autres localités”, a expliqué Abou Thiam, en marge d’une conférence qu’il a animée lors de la célébration des 35 ans de son groupe.
Il a rappelé qu’après la création de son groupe, il avait effectué, pour commencer, des tournées dans de nombreux villages des départements de Podor et Matam, dont Tiguéré Yéné.
Ngaari Laaw, c’est aussi un groupe qui a toujours associé son nom à l’eau, thème central de ses créations, sans compter la tenue pendant plusieurs années d’un festival dédié au thème de l’eau.
“Nous nous sommes beaucoup focalisés sur l’eau dont les gens ne voient que l’aspect utilitaire, à savoir boire, se baigner, arroser ou encore abreuver les animaux. Mais à côté, il y a le patrimoine culturel lié à l’eau et au fleuve”, souligne le chanteur.
Transmission
Il cite des genres et instruments musicaux qui ont des liens directs avec l’eau comme le ”Pékane”, une poésie orale chantée en a capella par des Soubalbés, un sous-groupe de pêcheurs appartenant à la communauté peule.
Il évoque aussi le ”Hodou”, un instrument de musique très présent dans la culture pulaar, mais aussi le ”Malissadio”, un genre musical renvoyant à une légende de Bafoulabé, au Mali.
Cette année, le thème de l’anniversaire a porté sur “Les échos du fleuve à l’école”, titre d’un livre rédigé par le musicien et qui comporte plus de 100 proverbes en rapport avec l’eau. L’ouvrage est édité en trois langues : pulaar, français et anglais.
“L’eau dans toutes ses formes m’intéresse. Il y a un proverbe pulaar qui dit que l’eau reconstruit plus que ce qu’elle détruit. L’eau règle tous les problèmes, je ne vois pas seulement le côté positif, car l’aspect négatif aussi est à intégrer. J’ai découvert beaucoup d’autres cultures pour m’être profondément plongé dans l’eau”, confie Abou Thiam.
Il rappelle que grâce au festival de l’eau initié par son groupe entre 2008 et 2011, certaines écoles, comme celle de Bow, dans le département de Kanel, ont pu avoir de l’eau.
L’artiste révèle aussi que les retombées issues du festival qui se tenait à Bow et à Ngouye, dans le département de Podor, ont permis de restaurer des puits, d’encadrer des femmes. Cet évènement, commente-t-il, a de cette manière conduit à joindre l’utile à l’agréable.
Pour Abou Thiam, le fleuve n’unit pas le Sénégal et la Mauritanie que par l’eau, mais aussi par la culture. Ce qui l’avait poussé à mettre sur pied l’Orchestre du fleuve, un groupe de quatre chanteurs et huit musiciens qui a sorti, en 2012, un album dédié au fleuve à l’occasion de la sixième édition du Forum mondial de l’eau à Marseille, en France.
Trente-cinq ans après la création de “Ngaari Laaw”, Abou Thiam se trouve désormais engagé dans la transmission de son savoir, ce qui explique en partie son déplacement à Tiguéré avec des jeunes.
“Maintenant, il faut transmettre, car j’ai beaucoup écrit et je ne vais jamais exploiter tout cela. Il ne sert à rien de partir avec des choses qui peuvent être utiles à la communauté”, a soutenu l’artiste de 63 ans, qui dit avoir quitté les bancs du Conservatoire pour choisir la musique et “enseigner par la scène”.
Le chanteur, titulaire d’un Bac D (actuelle Série S2), a préféré aller s’inscrire au conservatoire de danse et d’art dramatique de l’Ecole nationale des arts de Dakar, option musique.
L’artiste s’était révélé au public dans les années 1990, époque où son art coïncidait avec un engagement plus prononcé au service de sa communauté et de son pays, le Sénégal. Cela s’est traduit par des actions de sensibilisation sur l’analphabétisme, l’excision, la lutte contre le Sida, l’éducation et le leadership féminin, à travers l’album “Rewbé Fouta”+ (Les femmes du Fouta), sorti en 1992.
Tombé malade depuis 2015, Abou Thiam a marqué son retour sur la scène musicale lors du Festival national des arts et de la culture organisé en 2024 à Kaffrine (centre).
AT/HB/ADL/FKS/BK

