SENEGAL-PATRIMOINE-REPORTAGE
Joal-Fadiouth, 8 juin (APS) – A Joal Fadiouth, la maison familiale de Léopold Sédar Senghor, poète-président et père de la nation sénégalaise, se dresse comme un haut lieu de mémoire. “Mbind Diogoye”, berceau de l’enfance du chantre de la négritude, ploie aujourd’hui sous le poids des années, en attendant une restauration à la hauteur de son héritage.
Situé dans le quartier Doubab, l’un des plus anciens de Joal, la maison-musée se dévoile au détour de la route. On la distingue d’abord par son toit en tuiles ocre, assombries par les années, recouvrant des murs tout aussi décrépis.
A ses côtés, un baobab monumental, dont l’âge est estimé à plus de 500 ans, se dresse majestueusement, tel un monument vivant, gardien du temple. Lieu de mémoire, il servait autrefois de site de libations pour les prêtresses traditionnelles.
La maison de style colonial a été construite en 1775 par les Portugais, premiers tenanciers de comptoirs installés sur la Petite-Côte sénégalaise.
Son propriétaire, Diogoye Basile Senghor, un riche commerçant sérère et chrétien, avait bâti sa fortune grâce à l’agriculture et à l’élevage.
La maison-musée comprend trois bâtiments en pierre
Un bâtiment central, situé à l’entrée principale, abritait le logement des parents de Senghor. À droite, se trouvait le logement des femmes, tandis que la partie gauche était réservée aux hommes.
A l’intérieur du bâtiment principal, les murs, notamment ceux du salon, sont ornés de photographies des fils de Diogoye Basile Senghor, parmi lesquels Léopold Sédar Senghor, figure majeure de l’histoire politique et intellectuelle du Sénégal.
“Mbind Diogoye”, que l’on peut traduire par “La maison du lion”, en langue sérère, se trouve dans un état de dégradation préoccupant et nécessite une restauration urgente, selon son conservateur, Étienne Guirane Guèye.

“C’est un patrimoine national. À ce titre, elle doit être entretenue par l’État du Sénégal”, affirme celui qui connaît chaque recoin de la demeure.
Des témoins de l’histoire racontent que le décor de cette maison aurait inspiré Léopold Sédar Senghor, premier président de la République du Sénégal indépendant, lors de la création des emblèmes nationaux.
L’étoile verte figurant sur la bande jaune du drapeau national, serait ainsi issue d’un motif similaire dessiné au plafond de la maison familiale. La couleur verte rappellerait quant à elle la peinture des vérandas de “Mbind Diogoye”, tandis que le baobab, présent sur les sceaux et cachets de la République, évoquerait cet arbre pluricentenaire qui veille encore sur le lieu de naissance du poète-président.
“Avant, c’était le site le plus visité de la Petite-Côte. Aujourd’hui, il n’y a presque plus personne”, regrette le gardien de la mémoire des lieux, selon qui “Mbind Diogoye” figure de moins en moins dans les circuits des tour-operators, en raison de son état de vétusté. “Seuls quelques groupes scolaires y passent encore de manière sporadique”, poursuit Étienne Guirane Guèye.

Il insiste sur l’urgence d’une réhabilitation. “Il faut que les autorités prennent leurs responsabilités. Il n’y a plus rien à l’intérieur, et l’état du bâtiment se dégrade de jour en jour”, alerte-t-il.
“Mbind Diogoye”, à l’instar des autres sites emblématiques de Joal-Fadiouth, porte une charge historique et affective liée au royaume d’enfance du président-poète, univers qui traverse ses écrits.
Ce lieu de mémoire mérite un programme spécial de réhabilitation de la part de l’Etat, afin de relancer le tourisme à Joal et sur l’île aux coquillages. C’est dans ce sens que le préfet du département de Mbour, Amadou Diop, en visite sur les lieux, avait insisté sur cette perspective.
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