SENEGAL-ELEVAGE-PORTRAIT
Par Mame Fatou Diouf
Dakar, 31 juil (APS) – Boucher prospère établi à la Société de gestion des abattoirs du Sénégal (SOGAS) depuis plusieurs décennies, Massala Diagne est un as des affaires. Ce sexagénaire doué pour le commerce s’adonne à diverses activités, de l’importation de voitures d’occasion au négoce de l’huile végétale.
Fournisseur de viande pour des enseignes de la grande distribution établies au Sénégal, il voyage comme un oiseau.
Homme d’affaires au long cours, ce Dakarois est un boucher de bonne réputation, selon ses confrères de la SOGAS, le plus grand marché de viande de la capitale sénégalaise, dont il fait partie des actionnaires depuis une trentaine d’années.
La boucherie n’est pas qu’un métier pour ce touche-à-tout au physique impressionnant et à la voix tonitruante. C’est d’abord une passion héritée de son père. Lequel l’initie très tôt au commerce de la viande crue et l’envoie poursuivre en même temps sa scolarité au groupe privé Saint-Pierre de la Zone A, à Dakar, au début des années 1970.
Durant ces années-là, tout élève qu’il est, Massala Diagne est un habitué des étals de viande de Sandaga, où son père gagne sa vie.
“Lorsque j’ai obtenu le baccalauréat, mon père me demande si je désire faire des études supérieures en France avec ses propres moyens ou prendre sa relève en m’occupant de son étal du marché Sandaga”, raconte-t-il. Connaissant déjà les rudiments du métier de boucher, le bachelier décide d’y rester. Et de voler de ses propres ailes.

Avec la bénédiction du père, le jeune boucher rejoint ses pairs de la Société d’exploitation des abattoirs du Sénégal (SERAS) – qui devient la SOGAS en 2002. “Il y avait beaucoup de banditisme autour de la SERAS. Il y avait souvent des bagarres. Beaucoup d’insécurité. À cause de cela, mon père ne voulait pas que je m’y installe. Il m’avait recommandé d’y aller seulement pour acheter des animaux de boucherie et de m’installer à Sandaga. Mais quelque chose semblait me dire que je devais travailler et gagner ma vie à la SERAS”, se souvient Massala Diagne. Il convainc ses parents de rester à la SERAS. Sa mère – elle est propriétaire d’un salon de coiffure – bénit le job du jeune boucher en lui remettant 37 500 francs CFA tirés d’une tontine. “C’est avec cet argent que j’ai commencé mes activités en achetant un mouton, puis deux, ensuite trois… J’avais la peur d’échouer et de ne pas satisfaire les attentes de mes parents.”
Convaincu qu’il n’est point de sot métier, Massala Diagne travaille dur pour mériter la confiance de ses parents. À la fin de la journée, il quitte la SERAS et fait la ronde des quartiers huppés de Dakar pour écouler le restant de ses quartiers de viande. Quelques années plus tard, la boucherie fait florès. Il en installe d’autres dans plusieurs quartiers dakarois et parcourt plusieurs pays de la région, à la recherche d’animaux de boucherie.
Doué d’un sens aigu du commerce, le bachelier reconverti dans le commerce de viande et l’élevage élargit son horizon professionnel. “Je gagnais beaucoup d’argent. Nous étions au début des années 80. C’est à cette période que j’ai décidé d’aller en France par mes propres moyens, pour faire des études”, raconte-t-il, se souvenant d’être arrivé à Paris avec une somme de plus de 1 million de francs CFA – une petite fortune à cette époque-là. Dans la capitale française, il veut faire des études en relations internationales.
En France, Massala Diagne rencontre des étudiants sénégalais qui galèrent financièrement. Il déchante vite. Mais le sens de l’initiative ne le quittant jamais, le jeune immigré s’improvise marchand ambulant et vend diverses marchandises près de la tour Eiffel. “Ça marchait tellement bien que j’achetais plein de provisions au supermarché pour les compatriotes avec lesquels je vivais. C’étaient des étudiants pour la plupart.”

Même s’il gagne bien sa vie en France, Massala Diagne rentre au bercail. Avec la même passion entrepreneuriale. De la France il ramène diverses marchandises, dont des voitures d’occasion, qu’il revend à Dakar. La tête farcie d’initiatives entrepreneuriales, il repart à l’étranger et bourlingue entre la Belgique, l’Allemagne, la France, la Suisse et l’Italie. À la recherche de marchandises à écouler au Sénégal. Il visite aussi la Corée du Sud, le Canada, la Chine, le Japon et les États-Unis d’Amérique, d’où il importe des biens de consommation destinés à la revente.
Mais chaque fois que Massala Diagne foule le sol sénégalais, il reprend possession de son étal de viande. Il vend du bétail et de la viande en même temps. Il profite aussi de la collaboration avec une prestigieuse enseigne de la distribution appartenant au richissime Ndiouga Kébé (1914-1984). Ce dernier lui confie l’approvisionnement en viande de l’un de ses supermarchés.
Quelques années plus tard, le célèbre homme d’affaires sénégalais cède l’enseigne à un autre entrepreneur, auquel Massala Diagne continue de vendre ses carcasses de viande. Pendant de longues années. Lorsqu’une enseigne française débarque au Sénégal, il fait partie de ses principaux fournisseurs. Mais à cause de désaccords tarifaires liés à la flambée des prix du bétail et de la viande au Sénégal, la relation est rompue. Il dit actuellement ne travailler qu’avec une seule enseigne bien connue de la place.
Massala Diagne continue de parcourir la Mauritanie, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal pour acheter des centaines de bœufs et les revendre à Dakar. “Je ne sais pas combien je gagne au quotidien”, jure-t-il, arguant simplement que certains jours sont plus fastes que d’autres.

“Je profitais des fêtes […] pour écouler des conteneurs remplis d’objets d’art, de tam-tams et d’autres objets”, raconte-t-il en parlant de l’un de ses nombreux voyages qui l’a conduit aux États-Unis d’Amérique. Il exporte du cuir en Chine, en ramène diverses marchandises et vend de l’huile végétale importée de la Malaisie.
“Chaque fois qu’il m’arrive de penser qu’une activité peut me rapporter licitement quelque chose, je m’y mets rapidement. Sans hésitation”, s’empresse de répondre Massala Diagne lorsqu’on l’interroge sur son caractère touche-à-tout. Ses enfants, dit-il, ont préféré faire des études très poussées et emprunter d’autres voies. C’est à Sidath Keïta, un neveu, qu’il transmet le flambeau.

Ses enfants préférant emprunter d’autres voies, c’est à Sidath Keïta, un neveu, qu’il transmet le flambeau.
“El Hadji Massala Diagne est une référence. C’est un homme digne, humble, reconnaissant et généreux. Sa première maison, il l’a offerte à sa mère par gratitude. Il a beaucoup de biens immobiliers. C’est un repère pour moi”, témoigne le neveu. Sidath Keïta dit bénéficier constamment du soutien financier et des conseils de l’oncle qui l’a initié à l’élevage et au métier de boucher.
“Si seulement une centaine de Sénégalais aidaient les jeunes comme le fait Massala Diagne, il n’y aurait plus de chômage au Sénégal”, jure Cheikh Diop. Comme d’autres bouchers de la SOGAS, il ne tarit pas d’éloges pour l’homme. “Je souhaite, en quittant ce monde, que mes proches gardent de moi le souvenir de quelqu’un qui a impacté positivement la vie de ses semblables”, confesse Massala Diagne.
MFD/HK/ESF/BK

