Madia Diop, artisan du syndicalisme institutionnel sénégalais
Madia Diop, artisan du syndicalisme institutionnel sénégalais

SENEGAL-SOCIAL-PROFIL

Dakar, 30 avr (APS) – Son nom est longtemps resté indissociable de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), tellement Madia Diop a marqué l’évolution de ce regroupement syndical dont il a été l’indéboulonnable secrétaire général pendant plusieurs décennies.

Militant panafricaniste et membre du Parti socialiste, il a théorisé la ‘’participation responsable’’, une conception du syndicalisme fondée sur le dialogue avec le pouvoir, dans le contexte du régime socialiste du président Abdou Diouf (1981-2000).

Né le 3 octobre 1928 à Bambey, dans la région de Diourbel, Madia Diop grandit entre Bambey, Diourbel, Kébémer et Thiès, où il effectue sa scolarité. Très tôt confronté au monde du travail, il assiste son père, employé de commerce, avant d’intégrer lui-même le secteur ferroviaire.

Recruté en 1947 à la Régie des chemins de fer à Thiès, il découvre le militantisme syndical sous l’influence de Biram Touré, une figure qui marque durablement son engagement.

Comptable de formation, il rejoint en 1951 la Société des Brasseries de l’Ouest africain (SOBOA) et devient délégué syndical en 1954.

En 1952, il participe à la grande grève générale ayant débouché sur l’adoption d’un Code du travail d’outre-mer, améliorant pour la première fois la protection des travailleurs des colonies.

Cofondateur en 1956 du Syndicat des travailleurs des industries alimentaires, Madia Diop intègre l’année suivante le comité directeur de l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire (UGTAN), affirmant déjà une vision panafricaine du syndicalisme.

Parallèlement, il s’engage en politique dès les années 1950. Après un passage à l’Union démocratique sénégalaise, il rejoint en 1958 le Parti du regroupement africain (PRA/Sénégal), défenseur du “Non” au référendum sur la Communauté franco-africaine et partisan de l’indépendance immédiate.

Sous Léopold Sédar Senghor, il s’impose comme un opposant résolu. En 1963, dans un contexte de tensions post-électorales, il est condamné à 20 ans de travaux forcés. 

Evadé de prison

Il s’évade en 1964 et s’exile au Mali pendant plus de deux ans, continuant malgré tout à diriger son organisation syndicale. Gracié en 1966, il regagne le Sénégal pour reprendre pleinement ses activités.

Après la dissolution de l’UGTAN, il contribue à la création de nouvelles structures syndicales, dont l’Union sénégalaise du travail, puis à la fusion ayant donné naissance à l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (UNTS).

À la disparition de cette dernière en 1969, il participe à la fondation de la CNTS, dont il devient le secrétaire général  pour la région de Dakar en 1970, avant d’accéder à la tête de la centrale en 1983.

Il y développe sa doctrine de “participation responsable”, prônant un dialogue constant avec l’État sans renoncer à la défense des travailleurs. Une ligne qui fera de lui l’un des principaux artisans du syndicalisme institutionnel sénégalais.

Fidèle à son esprit combatif, il lance en 1981 le mouvement du ‘’Renouveau syndical’’, plaidant pour davantage de démocratie interne et d’autonomie vis-à-vis du politique.

Sous Abdou Diouf, il devient une figure influente du Parti socialiste, membre du Bureau politique et vice-président de l’Assemblée nationale.

En 1993, il dirige la grève générale contre le plan d’austérité ‘’Sakho-Loum’’, démontrant sa capacité de mobilisation malgré sa proximité avec le pouvoir.

Son influence s’étend au-delà des frontières nationales. Vice-président de l’Organisation de l’unité syndicale africaine puis président de la CISL-ORAF – Organisation régionale africaine de la Confédération internationale des syndicats libres -, Madia Diop porte la voix des travailleurs africains sur la scène internationale.

Il siège également au conseil d’administration du Bureau international du travail (BIT) de 1984 à 1990 et participe activement aux conférences internationales, dont il devient vice-président du groupe des travailleurs en 1996.

À sa disparition en 2008, le BIT salue “un homme d’action ayant servi avec constance le mouvement syndical africain et mondial”.

Madia Diop s’éteint le 11 novembre 2008 à Dakar, à l’âge de 80 ans, laissant l’image d’un dirigeant engagé, stratège et profondément attaché à la défense des travailleurs.

MYK/ABB/BK