Luxe “Made in Sénégal” : Aïssa Dione et le pari réussi du textile artisanal haut de gamme
Luxe “Made in Sénégal” : Aïssa Dione et le pari réussi du textile artisanal haut de gamme

SENEGAL-DESIGN-REPORTAGE

Dakar, 17 fév (APS) – A la Société de développement et d’industrialisation de Dakar (Sodida), l’usine Aïssa Dione Tissus, occupant la parcelle 104B de ce site, illustre l’émergence d’un luxe sénégalais fondé sur le savoir-faire artisanal, la créativité et la valorisation des ressources locales.

Dans les ateliers, des dizaines de tisserands, majoritairement de l’ethnie manjak, perpétuent un art textile ancestral tout en produisant des tissus destinés aux marchés internationaux du haut de gamme.

Pour la plupart issus de familles originaires de Guinée-Bissau, ces artisans sont installés au Sénégal depuis plusieurs générations.

Leur maîtrise du tissage manjak, transmise de père en fils, constitue le socle du projet industriel porté par Aïssa Dione, artiste et designer textile franco-sénégalaise.

Luxe "Made in Sénégal" : Aïssa Dione et le pari réussi du textile artisanal haut de gamme

“Au départ, l’activité reposait sur le tissage artisanal manjak, avec la technique de la Guinée-Bissau. Ce savoir-faire a ensuite été profondément amélioré et modernisé sur près de trente ans”, explique El Hadj Mar Ndiaye, responsable de la qualité chez Aïssa Dione Tissus, lors d’une visite des installations.

L’entreprise a progressivement franchi une étape décisive avec l’introduction du tissage manuel contemporain, dit “à bras”, inspiré des standards européens, mais entièrement produit localement.

Les métiers à tisser, élargis jusqu’à 1,40 mètre, permettent aujourd’hui de répondre aux exigences de l’ameublement et de la décoration d’intérieure haut de gamme.

“Nous utilisons principalement du coton local, venant de Kaolack et de Thiès, complété par du coton égyptien mercerisé pour certains besoins de finesse et d’éclat”, précise M. Ndiaye, soulignant toutefois la nécessité d’un renforcement de la filière cotonnière nationale pour accompagner la croissance de l’entreprise.

Avec une consommation annuelle estimée à environ 1,5 tonne de coton, Aïssa Dione Tissus travaille en étroite collaboration avec les producteurs et filatures locales.

“Nous indiquons les numéros de fils dont nous avons besoin pour l’ameublement, et nous nous adaptons à ce qu’ils peuvent produire”, explique le responsable qualité, mettant en avant une relation fondée sur l’ajustement mutuel et le soutien à l’écoulement de la production locale.

 Le luxe sénégalais sur les marchés internationaux

Les tissus produits à la Sodida sont valorisés par de grands décorateurs et architectes d’intérieur en Europe, aux Etats-Unis et dans d’autres régions du monde.

Une clientèle fidèle, parfois depuis plus de quinze voire vingt ans, attirée par la qualité, le raffinement et l’authenticité du produit.

Cette reconnaissance internationale repose sur une exigence stricte de qualité. Les tisserands assurent un premier autocontrôle, avant une vérification approfondie réalisée par une équipe spécialisée.

“La moindre imperfection peut entraîner la reprise complète du tissage. La qualité, le respect des délais et même l’emballage sont contrôlés avec rigueur”, souligne M. Ndiaye.

Autre particularité de l’usine, la majorité des machines et métiers à tisser sont conçus et fabriqués sur place, à partir de bois et de matériaux disponibles localement, avec l’appui d’ingénieurs sénégalais.

Seuls certains éléments techniques spécifiques sont importés. Une démarche qui renforce la cohérence du projet de luxe ancré dans le local.

Fondée officiellement en 1992, l’entreprise repose sur la vision et la détermination de Aïssa Dione, saluée par ses collaborateurs pour son engagement constant dans la recherche, le design et la formation.

“C’est une femme battante, infatigable, très exigeante sur la qualité. Elle investit énormément dans le développement des compétences et prépare la relève”, témoigne El Hadj Mar Ndiaye.

Au-delà de la création textile, Aïssa Dione Tissus apparaît comme un modèle d’industrie créative, conciliant patrimoine culturel, innovation et création de valeur économique locale.

A la Sodida, le bruit régulier des métiers à tisser raconte une autre trajectoire industrielle possible pour le Sénégal : celle d’un luxe “Made in Sénégal” assumé, compétitif et durable.

MK/FKS/BK