SENEGAL-UNIVERSITES-HOMMAGE
Thiès, 4 juin (APS) – L’unité de formation et de recherches en sciences de la santé (UFR Santé) de l’Université Iba Der Thiam de Thiès a ouvert mercredi un congrès de trois jours, organisé en hommage à son premier directeur, le professeur Mamadou Mourtalla Ka, a constaté l’APS.
Formé à l’Ecole militaire de santé, le professeur Mamadou Mourtalla Ka est docteur en médecine en 1986. Pendant ses 20 ans passés au Centre hospitalier Aristide Le Dantec, il a contribué à la formation de nombreux médecins. Il prend part en 2007 à la mise en place de l’Hôpital de Pikine, dont il est le premier chef du service de médecine interne.
L’UFR Santé a été mise sur pied en 2008, soit un an après l’université qui l’abrite, sans aucune infrastructure au départ, et avec comme seuls moyens, une équipe ayant foi en un projet. Le professeur Kâ devait diriger cette expérience d’une deuxième faculté de médecine au Sénégal.
Membre d’une équipe de six professeurs formant le comité de pilotage, le professeur Mamadou Mourtalla Ka s’est évertué avec détermination à mettre sur pied la première école de médecine au Sénégal en dehors de Dakar. Un projet agité déjà depuis une dizaine d’années à Saint-Louis (Nord), sans voir le jour.
Pour le premier recteur de l’Université de Thiès, Papa Ibra Samb, l’UFR santé ‘’fait œuvre utile’’ en célébrant le professeur Ka, qui ‘’s’est donné corps et âme pour atteindre les résultats obtenus aujourd’hui’’ par cette UFR. Une façon de l’offrir en exemple aux étudiants.

‘’Il a participé à la mise en place du projet pédagogique qu’il a suivi de bout en bout, avec une équipe de six professeurs engagés expérimentés et très positifs’’, a témoigné le professeur Samb, à l’ouverture du congrès, dans l’amphithéâtre qui porte son nom.
‘’Thiès lui doit cela, tout comme l’Afrique toute entière, qui bénéficie des compétences des médecins formés à l’UFR santé de Thiès’’, estime le premier recteur de l’Université de Thiès. Le professeur Ka a usé de son carnet d’adresses et de celui du personnel, pour obtenir les premiers financements de ce projet, s’est-il souvenu.
Aujourd’hui, l’UFR Santé a impacté le plateau médical de la ville de Thiès et au-delà. Elle polarise plusieurs hôpitaux à Thiès, Tivaouane, Mbour, jusqu’à Diamniadio, se félicite Papa Ibra Samb.
Nombre de médecins en service dans les hôpitaux de Thiès ‘’qui n’y pensaient pas’’, sont devenus des agrégés, grâce à l’encadrement de l’UFR, qui a maintes fois atteint 100% d’agrégation au concours du CAMES.
‘’Toute la région de Thiès est innervée de connaissances en santé de l’UFR santé de Thiès’’, relève Papa Ibra Samb, souligne l’esprit visionnaire du premier directeur de cette école de médecine.
Le premier directeur de l’UFR a très tôt compris les enjeux
Selon qui le premier directeur a ‘’très tôt compris les enjeux, pour en faire une affaire nationale’’. Son équipe avait envoyé ‘’une centaine de lettres’’ à toutes les structures qui pourraient être intéressées par ce projet dès le départ, raconte-t-il.
‘’Des hommes comme cela doivent être célébrés’’, a-t-il insisté, suggérant que des hôpitaux ou de grandes infrastructures sanitaires portent son nom.

Le directeur a pensé à une association des parents et tuteurs d’étudiants (APTE) pour éviter que les conditions précaires ne poussent les premiers pensionnaires à la révolte. Une ‘’capacité d’anticipation’’ saluée par le premier président de cette structure, le doyen Ousmane Dianté.
La pluie de témoignages de ses anciens collaborateurs, anciens étudiants et de son épouse qui se sont succédé, à travers des projections et des allocutions prononcées au pupitre, décrivent le premier dirigeant de l’UFR Santé comme un homme aux qualités humaines et professionnelles exceptionnelles. La rigueur, la droiture, la sincérité, la générosité, le leadership sont la marque de fabrique du professeur Mourtalla Ka, ont-ils attesté.
Pour le président du comité de pilotage de l’UFR de Santé Abderahmane Dia qui a travaillé avec lui à l’édification de cet établissement, ‘’le professeur Ka est un enseignement consciencieux, travailleur, un homme de défi’’.
‘’Passionné de la pédagogie, amoureux de la recherche et de l’innovation, il reste un modèle de clinicien compétent et particulièrement empathique envers ses patients’’, a-t-il poursuivi, estimant qu’ ‘’il est incontestablement un des meilleurs parmi sa génération’’.
Ancien interne des hôpitaux de Dakar, il a ‘’gravi brillamment tous les grades hospitalo-universitaires jusqu’à brandir le [titre de] professeur titulaire des universités’’, a dit le professeur Dia.

Pour l’actuel recteur de l’Université Iba Der Thiam de Thiès, Mamadou Babacar Ndiaye, ‘’rendre hommage au professeur Mamadou Mourtalla Ka, c’est célébrer bien plus qu’un parcours académique exceptionnel, c’est reconnaître l’œuvre d’un bâtisseur, d’un visionnaire et d’un homme de conviction qui a consacré son intelligence son énergie et son expérience à l’édification d’une institution devenue aujourd’hui une référence nationale et sous-régionale’’. Un pari qu’il a réussi, ‘’lorsque beaucoup doutaient encore de sa faisabilité’’.
‘’L’UFR Santé de Thiès vient de loin’’
Comme l’université qui l’abrite et qui avait démarré sans salle de cours, ni amphithéâtre, l’UFR santé est née d’un ‘’accouchement au forceps’’, se remémore son premier recteur. Le Centre national d’éducation physique et scolaire (CNEPS) avait prêté une salle aux premiers étudiants, raconte-t-on.
L’UFR vient de loin. Avec à ses débuts quelques dizaine d’étudiants sénégalais, un directeur qui avait ‘’pour seul bureau sa voiture’’, elle compte aujourd’hui plus de 2.500 apprenants issus de 24 nationalités, dit son actuel directeur, le professeur Lamine Cissé. Elle est passée d’une à 22 formations professionnelles, et bénéficie toujours de l’expertise du Professeur Ka.
Le professeur Mamadou Mourtalla Ka a fait part de sa ‘’grande émotion’’ devant cet hommage organisé par l’actuel directeur de l’UFR santé. Il a revisité les péripéties de cette aventure, dont les pionniers sont allés ‘’convaincre des partenaires, dans les hôpitaux, les ministères l’administration, pour arriver à asseoir cet environnement académique, former des médecins pharmaciens, dentistes, entre autres professionnels de santé’’.

‘’Nous sommes partis de rien du tout, et nous avons pu créer un environnement académique inattaquable, qui nous a permis d’avoir formé des praticiens, des spécialistes qui étaient là aujourd’hui’’, s’est-il réjoui.
‘’Notre plus grande satisfaction, c’est de voir ces centaines de médecins formés à l’UFR santé [et qui se retrouvent] partout au Sénégal, en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et même en Europe et dont la compétence est indiscutable’’, a dit le parrain de cette rencontre. Ils sont ‘’appréciés, respectés partout où ils sont’’, dit-il.
Le professeur Ka attribue, quant à lui, tout le mérite au recteur Papa Ibra Samb, qui lui a fait ‘’l’honneur’’ de lui confier la tâche, quand l’ancien président Abdoulaye Wade avait décidé de créer l’Université de Thiès, en le choisissant pour diriger l’institution. Dans l’élaboration du projet pédagogique, le recteur avait pensé à la santé, mais aussi au professeur Ka pour diriger une UFR de santé.
‘’Nous étions tous six professeurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, sous la coordination du Professeur Abderahmane Dia qui coordonnait le comité de pilotage’’, se souvient-il. Selon lui, l’équipe était ‘’convaincue’’ du ‘’retard’’ du Sénégal, dont la faculté de médecine de Dakar déjà centenaire, était encore la seule du pays.
‘’Pendant ce temps, dans la sous-région africaine, trois pays avaient au moins une deuxième faculté de médecine – le Bénin, le Burkina et la Côte d’Ivoire’’, dont les praticiens des universités étaient formés à Dakar, relève le parrain.
‘’Dans une espèce de révolte, nous nous sommes dit qu’il fallait faire évoluer cette situation’’, se remémore le professeur Ka, un colonel à la retraite.

Il recommande au personnel de l’UFR de ‘’maintenir le cap de l’excellence et de la rigueur’’, se montrant satisfait du ‘’bon travail’’ que fait l’équipe dirigée par le professeur Lamine Cissé.
Des conférences, un panel et des animations sont au programme de ces trois jours d’hommage, avec comme thème principal ‘’Les maladies chroniques non transmissibles en milieu tropical’’.
ADI/ADC
