SENEGAL-NUMERIQUE-ENERGIE
Dakar, 18 août 2026 (APS) – L’impact environnemental du numérique à travers l’augmentation de la consommation de données et de l’énergie nécessaire pour les traiter a été au cœur des préoccupations des participants à un atelier consacré au ”Green coding” ou le codage vert, ouvert mardi à Dakar, a constaté l’APS.
Cette activité dit du “numérique responsable” organisé dans le cadre du projet Goin’Digital de la GIZ, en collaboration avec le ministère des Télécommunications et du Numérique se propose de favoriser le dialogue entre les dimensions techniques, institutionnelles, économiques et environnementales du numérique’, a-t-on appris de ses initiateurs.
Des représentants des administrations publiques, du secteur privé, des startups, du monde académique, de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers prennent part à cet atelier qui devrait déboucher sur des recommandations allant dans le sens de promouvoir ‘’un numérique plus sobre, performant et durable au Sénégal’’.
Il s’agira d’inviter les pouvoirs publiques à prendre en compte ce qu’ils appellent ‘’ le coût caché du numérique : l’environnement’’, en misant notamment sur l’éco-conception, la sobriété énergétique et des achats publics responsables.
Directrice du programme Goin’Digital à la GIZ, l’Agence allemande de coopération internationale, Katharina Noussi, a insisté sur le ‘’coût caché’’ de la transformation numérique, notant que cette dernière représente aujourd’hui environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Cette ‘’proportion tend à augmenter avec le développement des usages numériques’’, a-t-elle fait savoir, en évoquant les applications, les sites internet et les services en ligne, ainsi que les serveurs et infrastructures nécessitant de l’électricité et générant une empreinte environnementale.
De ce point de vue, Katharina Noussi a appelé à agir sur trois principaux fronts : ‘’intégrer les pratiques d’éco-conception dans le développement logiciel, renforcer les capacités des acteurs pour mesurer et réduire l’impact environnemental des solutions numériques et promouvoir des achats publics responsables’’.
Expert en science des données, intelligence artificielle et transformation numérique, Abdou Kader Touré a estimé pour sa part que la sobriété énergétique devait être intégrée aux réflexions sur la souveraineté numérique.
Une hausse des besoins en capacité de calcul, en électricité et en eau pour le refroidissement des infrastructures numériques
‘’Une souveraineté numérique doit aussi être une souveraineté énergétique’’, a-t-il souligné, estimant que la souveraineté numérique ne peut être durable si elle repose sur des ‘’infrastructures fortement énergivores ou mal dimensionnées’’.
Le conseiller technique en économie des données à la GIZ pour l’Afrique de l’Ouest cite également les infrastructures prévues dans le cadre du New Deal technologique, notamment le cloud souverain, les data centers et le renforcement de la bande passante, estimant que les exigences de sobriété doivent être prises en compte dès leur conception.
‘’Chaque ligne de code déployée sur ces infrastructures souveraines a un coût énergétique réel’’, a-t-il relevé, évoquant notamment les requêtes non optimisées, les environnements dupliqués et les données conservées sans nécessité.
Il a aussi préconisé le recours à l’éco-conception logicielle à travers la réduction des transferts de données, l’optimisation des algorithmes, le caching (stockage) intelligent et la limitation de la complexité des solutions développées.
M. Touré présente par ailleurs le Green Coding comme une opportunité pour l’écosystème technologique sénégalais, notamment pour les startups et les développeurs, qui pourraient être accompagnés afin d’intégrer ces pratiques dans leurs activités.
‘’Le Sénégal doit prendre le Green Coding comme une opportunité pour montrer son leadership dans le numérique’’, a-t-il soutenu, signalant que l’expertise acquise dans ce domaine pourrait être valorisée à l’échelle africaine.
Les enjeux environnementaux liés au développement de l’intelligence artificielle ont également retenu l’attention des participants qui ont souligné la hausse des besoins en capacités de calcul, en électricité et en eau pour le refroidissement des infrastructures.
‘’Quels usages sont réellement soutenables ici, compte tenu de notre énergie et de nos capacités supérieures à l’énergie ?’’, s’est interrogé Birama Diop, chargé de projet interopérabilité au ministère des Télécommunications et du Numérique.
Selon lui, la réflexion doit porter non seulement sur la performance des outils d’intelligence artificielle, mais également sur leur coût environnemental et les responsabilités liées aux décisions prises à partir des résultats produits par ces systèmes.
MYK/HB/SMD/AKS
