SENEGAL-POLITIQUE-STRATEGIE
Dakar, 7 sept (APS) – Les groupes parlementaires sont aussi des acteurs majeurs du déroulement de la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre, leurs présidents étant surtout intéressés, lors de cet exercice, par le respect de la ligne politique interne, du temps de parole et des instructions du parti ou de la coalition.
Un président de groupe parlementaire est obligé, lors d’une Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre, de tenir compte de la ligne politique des alliés, le cas échéant du genre et des jeunes, a expliqué Babacar Gaye, ancien président du groupe parlementaire libéral et démocratique de 2001 à 2002, sous le régime de Me Abdoulaye Wade.

”Après la réunion de la conférence des présidents consacrée à la DPG, les groupes parlementaires se réunissent pour préparer la séance plénière. En général, cette rencontre permet de discuter de la position politique du groupe, de la stratégie à adopter lors du débat, de la distribution du temps de parole et de l’ordre d’intervention”, a-t-il expliqué au cours d’un entretien avec l’APS, en prélude de la DPG que le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo va prononcer le mardi 8 septembre 2026.
Abdou Mbow, député depuis 2012 et ancien président du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar – ancienne coalition au pouvoir, d’octobre 2023 à septembre 2024 -, confirme cette discipline de parti ou de coalition devant être de mise à l’occasion de la DPG.
Ayant assisté aux DPG des quatre Premier ministres sous l’ancien Président Macky Sall – la parenthèse Sidiki Kaba n’ayant duré que moins d’un mois – et à celle de l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko, M. Mbow souligne que les parlementaires se préparent en amont en perspective de ce grand oral, ajoutant que le plus important consiste à écouter les thèmes abordés par le chef du gouvernement.
Le député de Takku Wallu, seul groupe parlementaire de l’opposition, note que le président de groupe parlementaire, de surcroit celui de la majorité, prépare l’échéance en réunissant ses collègues afin d’analyser l’actualité, d’examiner les orientations économiques du pays et d’élaborer des fiches techniques par secteur.
Les précisions de M. Mbow recoupent les propos de Babacar Gaye selon qui un président de groupe parlementaire est tenu également de faire appel au profil des intervenants : procédurier, polémiste, technocrate, politique, etc.
Temps de parole et motion de censure
Selon Abdou Mbow, la répartition du temps de parole est très importante.
”Le débat étant strictement encadré, le temps alloué au groupe est distribué aux députés en fonction de leurs compétences sectorielles, avec des interventions individuelles durant généralement deux à cinq minutes”, affirme le député de Takku Wallu.

S’agissant des conditions dans lesquelles un groupe peut voter ou non une motion de censure à l’issue d’une DPG, Babacar Gaye souligne d’emblée que cette procédure constitue ”une réponse politique à une divergence profonde” entre la majorité et l’opposition sur la manière de gouverner, des réformes à envisager, une orientation de l’action publique, le budget, etc.
”Un groupe parlementaire décide de déposer ou de voter une motion de censure pour exprimer son désaccord par rapport aux choix du Premier ministre ou pour envoyer un signal au président de la République qui peut, s’il l’estime nécessaire, engager des discussions avec son opposition et/ou son allié qui est entré en rébellion, afin de trouver un accord de gouvernement”, selon Babacar Gaye, ancien président du conseil régional de Kaffrine.
M. Gaye estime que, sous ce rapport, la menace d’une motion de censure devient une ”arme de négociation”.
Abdou Mbow, qui avait menacé d’une motion de censure le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko, abonde dans le même sens, indiquant qu’un groupe parlementaire ”peut déposer une motion de censure pour faire tomber le gouvernement, s’il considère que celui-ci n’est pas capable de travailler à faire avancer le pays et que la Déclaration de politique générale n’est pas convaincante”.
Babacar Gaye considère par ailleurs que l’opposition parlementaire ne dispose ”d’aucun moyen” lorsque le Premier ministre décide de ne pas engager la responsabilité de son gouvernement en renonçant à un vote de confiance.
Cependant, ajoute-t-il, dès que le Conseil des ministres adopte le vote de confiance sur un texte ou une Déclaration de politique générale, l’opposition parlementaire n’a plus besoin de déposer une motion de censure.
”Le rejet du vote de confiance est une autocensure qui aboutit au même résultat : la démission du Gouvernement”, affirme l’ancien président du groupe parlementaire regroupant le PDS et ses alliés, soutenant que ”l’opposition parlementaire est obligée, en tout état de cause, d’harmoniser les positions de ses diverses composantes”.
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