Licence de pêche démersale côtière : la CONAPED veut un maintien du gel des licences
Licence de pêche démersale côtière : la CONAPED veut un maintien du gel des licences

SENEGAL-PECHE-APPEL

Dakar, 12 sept (APS) – La Coalition nationale pour une pêche durable (CONAPED), regroupant des organisations de la pêche artisanale et de la pêche industrielle, a fait état de sa “vive préoccupation” face au risque de réactivation du dispositif de dégel des licences de pêche démersale côtière, appelant à la prudence compte tenu de l’état des ressources.

La CONAPED estime, dans un communiqué parvenu samedi à l’APS, que “le potentiel exploitable de certaines espèces ne saurait, à lui seul, justifier une augmentation générale de l’effort de pêche”.

Le gel des licences instauré depuis 2006 “doit être maintenu”, doit être maintenu, plaide la Coalition nationale pour une pêche durable, rappelant que “le gel des licences de pêche démersale côtière, instauré en 2006, visait notamment à contenir les risques de surexploitation des ressources”.

Aussi la CONAPED appelle-t-elle à la prudence face à l’état des ressources, arguant que la question des nouvelles licences ne peut être fondée uniquement sur l’existence d’un potentiel exploitable pour certaines espèces.

Les données scientifiques du Centre de recherches océanographiques de Dakar (CRODT) “doivent être appréciées dans leur globalité. Les quelques espèces présentant encore un potentiel exploitable évoluent dans une pêcherie mixte où cohabitent également des stocks pleinement exploités ou surexploités”, note ladite coalition.

Dans ces conditions, souligne le communiqué, “l’introduction de nouveaux chalutiers pourrait entraîner une augmentation de la pression sur l’ensemble des ressources et favoriser les captures accessoires d’espèces déjà fragilisées”.

Selon la CONAPED, à la suite des échanges avec les autorités, notamment à l’occasion d’une rencontre tenue à la Primature, le 9 juin dernier, il avait été décidé de surseoir à l’attribution de quatre licences afin de permettre un examen approfondi de la situation.

Elle fait toutefois observer que l’arrêté n°09965 du 30 avril 2026 portant dégel partiel des licences n’a, à ce jour, pas fait l’objet d’une abrogation formelle.

La CONAPED demande par conséquent que “son statut soit définitivement clarifié et s’il demeure en vigueur, qu’il soit formellement abrogé afin d’éviter toute réactivation du dispositif”.

“Vingt ans plus tard, la situation de plusieurs stocks demeure préoccupante. Dans ce contexte, la Coalition considère que les raisons ayant conduit à l’instauration du gel restent d’actualité et que le principe de précaution doit prévaloir”, rapporte le communiqué.

Il ajoute que sur cette base, la CONAPED invite au “maintien du gel de toute nouvelle licence de pêche démersale côtière tant que l’état global des ressources ne permet pas de garantir une exploitation durable”.

La CONAPED insiste également sur la nécessité de respecter les engagements pris par l’État en faveur d’une pêche durable, notamment ceux contenus dans la Charte pour une pêche durable et ses 13 engagements.

Le premier de ces engagements prévoit notamment de geler l’octroi de toute nouvelle licence de pêche industrielle sur les stocks pleinement exploités et surexploités.

Pour la Coalition nationale pour une pêche durable, toute décision concernant l’accès aux ressources halieutiques doit rester cohérente avec ces engagements et avec les objectifs de restauration des stocks.

La CONAPED réaffirme, dans le même temps, son attachement à la souveraineté alimentaire et à l’approvisionnement durable du marché national.

Elle considère par ailleurs que le potentiel exploitable annoncé pour justifier le dégel des licences doit être mis en perspective avec les volumes débarqués par la pêche artisanale, estimés par la Coalition entre 300 000 et 350 000 tonnes.

Elle rappelle en outre que l’approvisionnement alimentaire du Sénégal repose largement sur les petits pélagiques, plutôt que sur les espèces démersales côtières concernées par le dispositif de dégel.

Face à ces préoccupations, “la CONAPED sollicite respectueusement l’arbitrage du président de la République, afin de maintenir le gel de l’attribution de nouvelles licences industrielles sur les stocks pleinement exploités ou surexploités”.

Elle demande aussi de “faire prévaloir les recommandations scientifiques du CRODT dans toute décision relative à l’augmentation de l’effort de pêche” et de “ne permettre aucune augmentation de la pression sur les ressources démersales côtières tant que leur état ne garantit pas une exploitation durable”.

La Coalition nationale pour une pêche durable réclame aussi que soit clarifié “définitivement le statut de l’arrêté n°09965 du 30 avril 2026 et, s’il demeure en vigueur, de procéder à son abrogation formelle”.

Elle préconise enfin “une concertation nationale réellement inclusive sur l’avenir du secteur de la pêche et l’accès aux ressources halieutiques”, affirmant que sa démarche “relève d’une responsabilité collective : préserver une ressource appartenant à la nation et dont dépendent des milliers de familles, de communautés et de professionnels de la pêche”.

La Coalition nationale pour une pêche durable appelle de même “à la cohérence entre les engagements de l’Etat, les décisions administratives, les avis scientifiques et l’impératif de préservation des ressources halieutiques”.

SBS/BK