SENEGAL-AFRIQUE-SOCIETE
Dakar, 28 mars (APS) – Le président de l’Association sénégalaise pour la solidarité, l’égalité et le progrès (ASSEP), Boubacar Traoré, a demandé samedi, l’Etat du Sénégal d’adopter ”en urgence” une ”loi spéciale” criminalisant l’esclavage par ascendance pour ”garantir les droits et libertés fondamentales” de toutes les couches de la société.
”Nous avons écrit au président de la République, au Premier ministre. Nous avons même proposé une loi à l’Assemblée nationale pour criminaliser l’esclavage par ascendance. Nous demandons à l’Etat du Sénégal d’adopter en urgence une loi spéciale criminalisant l’esclavage par ascendance”, a-t-il dit.
M. Traoré s’exprimait lors d’une conférence de presse consacrée ”aux enjeux urgents de la lutte contre l’esclavage par ascendance et à la défense des militants des droits humains”, initiée par les organisations de la société civile ouest africaine.
Cette conférence de presse a pour but de ”dénoncer l’esclavage par ascendance qui est ”une pratique attentatoire à la dignité humaine qui subsiste au tableau de notre humanité’’. a-t-il expliqué.
“L’esclavage moderne par ascendance existe bien au Sénégal”, a affirmé le président de l’ASSEP, une association qui lutte contre ”l’esclavage par ascendance dans le milieu Soninké au Sénégal”.
Boubacar Traoré a souligné que cet esclavage se manifeste par plusieurs leviers notamment l’accès aux terres, la chefferie dans les villages, la gestion des biens de la communauté, le mariage, etc.
”Quand vous êtes descendants d’esclaves au Sénégal dans le milieu soninké, vous pouvez cultiver votre terrain agricole, mais le jour où vous décidez de ne plus accepter le statut d’esclave, les soi-disant maîtres d’esclaves vous retirent votre terrain”, fait-il savoir.
Dans certaines localités, a-t-il ajouté, ”les descendants d’esclaves ne peuvent pas devenir chef du village, alors que le Sénégal a mis en place un décret spécial pour désigner un chef du village et lors des cérémonies il y a des tâches qui sont réservées exclusivement aux descendants d’esclaves : laver les bols, tuer les animaux, faire la cuisine”.

Diko Hannoun, coordinateur de la coordination contre l’esclavage et ses séquelles (CCES), estime qu’”on essaie de criminaliser l’esclavage un peu partout. Sauf que l’esclavage qui est entre nous les Africains, l’esclavage transsaharien, on n’en parle pas”.
”C’est pour cela qu’on a décidé d’organiser cette conférence pour vraiment attirer l’attention de l’opinion sur cette question extrêmement importante, pour que nos gouvernants, nos responsables, prennent en charge ce problème”, a-t-il dit.
En termes de recommandations, Diko Hannoun suggère ”l’application des lois existantes qui criminalisent l’esclavage par ascendance et ses séquelles, garantir la protection juridique aux victimes et aux militant abolitionnistes et former les magistrats, les forces de l’ordre et l’administration pour reconnaitre et prendre en charge des cas d’esclavage par ascendance”.
Pour le Sénégal, il a souligné la nécessité ”d’adopter une législation spécifique sur l’esclavage par ascendance et ses séquelles, développer des politiques régionales en matière de prévention de lutte contre l’esclavage par ascendance”.

AFD/ASB

