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Dakar, 13 août (APS) – Le Malawi doit une grande partie de son parcours historique en Coupe d’Afrique des nations (CAN) féminine 2026 au Maroc à deux sœurs, Tabitha et Temwa Chawinga. À elles deux, elles ont inscrit neuf des douze buts de leur équipe depuis le début de la compétition, confirmant leur statut de figures de proue du football féminin malawite.
Pour sa toute première participation à la CAN féminine, le Malawi s’est invité en finale après avoir successivement battu le Nigeria (3-2), champion d’Afrique en titre, l’Égypte (3-1), avant de s’incliner devant la Zambie (1-2) en phase de groupes.
En quarts de finale, les Scorchers ont éliminé le Ghana (2-1), puis l’Algérie (3-1) en demi-finale. Le Malawi affrontera le Cameroun en finale, dimanche à 19 h GMT à Rabat.
Au cœur de cette remarquable épopée, Tabitha Chawinga, la capitaine, et sa sœur cadette Temwa incarnent à elles seules la progression spectaculaire du football féminin malawite. Elle fait partie d’une fratrie de cinq enfants.
Tabitha, 30 ans, compte quatre buts depuis le début de la compétition. L’attaquante de l’Olympique lyonnais est également l’une des joueuses les plus expérimentées de la sélection. Son parcours est celui d’une pionnière. Elle commence à jouer au football dès l’âge de cinq ans, principalement avec des garçons, avant de rejoindre le DD Sunshine (Malawi) à 13 ans.
À ses débuts, son choix de pratiquer le football n’est pas accepté par ses parents, qui souhaitent la voir privilégier ses études. “Cela n’a pas été facile d’en arriver là où nous en sommes aujourd’hui. De nombreux obstacles empêchaient les filles de pratiquer ce sport au Malawi”, a expliqué Tabitha dans un entretien cité récemment par France 24.
Guidée par sa passion débordante pour le football, la Malawite raconte avoir continué à jouer malgré l’opposition familiale et les difficultés rencontrées dans son pays. “Je jouais surtout avec des garçons. Mes parents n’approuvaient pas ma passion pour le football. Ils voulaient que je me concentre uniquement sur mes études”, a-t-elle confié.
Après ses débuts au Malawi, Tabitha poursuit sa carrière en Suède, où elle se révèle comme une redoutable buteuse. Elle évolue ensuite en Chine, en Italie et en France, portant successivement les couleurs de plusieurs clubs de premier plan.
Elle s’illustre notamment avec l’Inter Milan (2022-2023) avec 27 buts en 26 matchs, puis le Paris Saint-Germain (2023-2024), avec 36 buts en 32 matchs. La saison suivante, elle rejoint l’Olympique lyonnais. Son parcours lui vaut d’être désignée meilleure buteuse dans plusieurs championnats et de devenir, en 2024, la première joueuse malawite nommée au Ballon d’Or. Elle termine à la 16e place.
Temwa, la cadette qui marche sur les pas de son aînée
Face à elle, Temwa Chawinga, 27 ans, est devenue l’une des attaquantes les plus prolifiques du football mondial.
Les deux sœurs sont toutes les deux attaquantes et sont sensiblement de la même taille. Tabitha mesure 1,72 m, tandis que Temwa, gauchère, mesure 1,73 m.
La cadette a inscrit cinq buts et délivré deux passes décisives depuis le début de la CAN. Son influence offensive a été plus que déterminante dans les succès du Malawi.
Comme sa sœur, elle commence à jouer très jeune et évolue d’abord avec des garçons avant de rejoindre le DD Sunshine. En 2017, elle rejoint le Kvarnsvedens IK en Suède, avec l’aide de Tabitha.
Temwa connaît ensuite une ascension fulgurante. En 2023, elle inscrit 63 buts toutes compétitions confondues, devenant la meilleure buteuse mondiale de l’année.

Elle rejoint ensuite le Kansas City Current, en National Women’s Soccer League (NWSL), aux États-Unis. En 2024, elle inscrit 20 buts, établissant un nouveau record de la ligue, et remporte le titre de MVP. Elle est de nouveau désignée MVP en 2025.
Mais Temwa n’oublie pas le rôle joué par son aînée dans sa carrière. “Ma sœur a joué un rôle déterminant dans ma progression de carrière”, a-t-elle expliqué dans un témoignage accordé à BBC Sport Africa, repris par France 24.
“Elle m’a bien sûr facilité les contacts pour que je puisse quitter le Malawi et jouer à l’étranger, mais surtout, elle m’a toujours conseillé de me battre avec acharnement, de savoir ce que je voulais et de le poursuivre sans écouter les personnes qui me distraient”, a-t-elle ajouté.
Le destin des deux sœurs reste ainsi étroitement lié. Tabitha a ouvert la voie avant de permettre à Temwa de suivre ses traces. Ensemble, elles ont évolué dans les mêmes clubs, en Suède (Kvarnsvedens IK) puis en Chine (Wuhan Jianghan University Football Club), avant de poursuivre chacune leur carrière sur des continents différents.
Leur histoire est aussi celle d’un combat contre les préjugés. Tabitha a raconté avoir subi des humiliations lors de matchs locaux, certaines adversaires contestant même sa présence sur un terrain de football parce qu’elles la jugeaient “trop forte pour être une fille”.
“Elles voulaient la preuve que j’étais une femme. C’est difficile d’expliquer l’humiliation que j’ai ressentie ce jour-là”, a-t-elle témoigné dans un entretien cité par France 24.
Quelques années plus tard, les deux sœurs sont devenues les principales armes offensives d’une sélection qui écrit l’une des plus belles pages de l’histoire du football malawite.
Avec neuf buts à elles deux depuis le début de la CAN, Tabitha et Temwa Chawinga sont directement impliquées dans l’essentiel de la production offensive du Malawi (12 buts).
Dimanche à Rabat, contre le Cameroun, les deux sœurs auront l’occasion de couronner leur parcours par un premier sacre continental.
Pour Tabitha, la capitaine, comme pour Temwa, la cadette, cette finale représente surtout l’aboutissement d’un long chemin commencé sur les terrains du Malawi, à une époque où le football féminin était encore loin d’être une évidence.
SK/MTN
