Les femmes du Pakao, fer de lance de la résilience économique
Les femmes du Pakao, fer de lance de la résilience économique

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Sédhiou, 9 fév (APS) – Les femmes de la région de Sédhiou (sud), héritières de compétences au croisement de plusieurs cultures et traditions de leur terroir, jouent un rôle jugé toujours aussi déterminant dans l’animation économique locale, en dépit des contraintes auxquelles elles sont confrontées, en termes de formation ou d’accès à la terre et au crédit.

Dans cette région verdoyante du sud du Sénégal, les femmes sont sur tous les fronts, dans les champs ou les marchés, les rizières comme dans les bananeraies, se battant au quotidien pour le bien-être des familles.

Les femmes du Pakao, fer de lance de la résilience économique

Les femmes du Pakao, fer de lance de la résilience économique

En cela, le Pakao, carrefour de traditions baïnounk, mandingue, peul et balante, se veut un laboratoire de résilience féminine.

Dans les villages du Diassing, du Boudié ou du Balantacounda, elles sont très en vue dans les champs de riz et d’arachide, le maraîchage étant déjà, leur apanage exclusif.

“Ici, c’est notre richesse. On ne compte pas les heures, on compte les récoltes”, note Aïda Diallo, une productrice d’une quarantaine d’années, chapeau sur la tête, indexant fièrement ses parcelles.

Si les techniques agricoles restent majoritairement traditionnelles, les femmes s’initient de plus en plus aux techniques agricoles modernes en se formant à l’agroécologie par exemple ou en utilisant des semences améliorées.

Un rôle clé dans la chaîne agroalimentaire

Il reste toutefois que le manque d’outils modernes, l’accès limité à la terre, la salinisation des surfaces cultivables et les aléas climatiques plombent grandement les rendements.

À Diendé, Bambaly, Sandinieri ou Diaroumé, les femmes sont plutôt spécialisées dans la transformation de produits agricoles, une activité exigeante, nécessitant de bonnes aptitudes en conservation et emballage notamment, souligne Aïda Diallo.

Les femmes du Pakao, fer de lance de la résilience économique

Mais rien de tout cela ne les décourage, conscientes qu’elles sont que ces activités génératrices de revenus contribuent à leur autonomisation et créent de la valeur ajoutée.

“Ces artisanes jouent un rôle clé dans la chaîne agroalimentaire. Elles permettent de prolonger la durée de vie des produits, de diversifier l’offre locale et d’ouvrir des perspectives d’exportation”, soutient Fodé Diaby, un paysan interpellé sur le rôle de la femme dans l’économie locale.

Des coopératives féminines se multiplient dans cette partie du pays, comme celle de Bona, dans le Bounkiling, spécialisée dans la valorisation de produits locaux.

Ces structures permettent de mutualiser les efforts, d’accéder à des marchés plus larges et de renforcer la voix des femmes dans les affaires publiques.

“Leur travail mérite un accompagnement technique et institutionnel renforcé. L’entrepreneuriat féminin devient un levier de transformation sociale pour les femmes”, estime Ndèye Sira Traoré, actrice de développement.

Les femmes du marché central de Sédhiou sont aussi organisées en tontines et réseaux d’entraide. Ce qui contribue à une meilleure circulation des productions, tout en boostant la transformation locale et parfois même l’exportation vers les marchés hebdomadaires de la région ou de Dakar.

Dans les petits commerces, elles s’imposent comme des entrepreneures de proximité, tiennent des cantines, des ateliers de couture, des salons de coiffure et autres services ménagers dans les quartiers.

 “Mon restaurant, c’est mon autonomie. Je recrute des jeunes filles, je gagne ma vie, je rêve grand”, déclare Fatou Bintou Bodian, restauratrice.

Renforcer l’autonomisation et la structuration organisationnelle

Les obstacles restent toutefois nombreux. De nombreux femmes se plaignent de difficultés rencontrées dans l’accès au crédit et du poids des taxes municipales sur leurs activités.

Elles évoquent aussi le manque de formation et d’unités de transformation aptes à porter davantage les initiatives locales émergentes.

Les femmes de Sédhiou s’imposent donc comme des piliers invisibles de l’économie rurale dont le travail, même insuffisamment valorisé, a un impact jugé considérable sur l’économie de la région.

Pour de nombreux entrepreneurs locaux, le capital représenté par la gent féminine doit être mieux valorisé, tandis que les groupements féminins appellent à plus d’inclusion pour que la voix des femmes puisse compter davantage.

Ils estiment que la valorisation de leur travail contribuerait à renforcer leurs capacités, à reconnaître leur rôle dans l’économie locale.

Les femmes du Pakao, fer de lance de la résilience économique

La directrice régionale de la Famille, Sokhna Ami Kane, souligne leur contribution essentielle au développement socio-économique du Pakao.

Elle appelle à renforcer leur autonomisation à travers une meilleure structuration organisationnelle, notamment par la création de coopératives et de fédérations, afin de faciliter l’accès à la formation, au financement et à la valorisation des opportunités locales.

Mme Kane est d’avis que la faible représentativité des femmes dans les instances de décision et le poids de l’analphabétisme en milieu rural, constituent autant d’entraves à leur pleine participation à la gouvernance économique.

OB/ASB/BK