SENEGAL–ALLEMAGNE–CINEMA
Par Khadidiatou Mendy, envoyée spéciale
Berlin, 16 fév (APS) – Le réalisateur sénégalais Alpha Diallo analyse son film “Les âmes du Fouta”, en compétition officielle à la Berlinale 2026 dans la catégorie “Court-métrage”, comme une réflexion profonde sur la crise des valeurs, sur un fond de tragédie avec des personnages “hyper forts” en proie à des conflits moraux.
“C’est un film qui trace le parcours d’une famille peul qui reçoit le corps de son enfant, sauf que la cause de la mort de ce dernier (overdose) est jugée déshonorante. Le père décide alors de ne pas enterrer cette âme impure au cimetière du village, tandis que sa mère exige le contraire”, résume le réalisateur.
“Ce qui fait la part de tragédie dans ce film, c’est qu’on a des questions et aussi des positionnements. Autant on pourrait se dire que le père a raison, autant la position de la mère ne semble pas déraisonnable non plus. Donc, on se perd dans nos retranchements, et c’est ce qui fait aussi la force du cinéma”, a souligné l’auteur.
Dans ce court-métrage, Alpha Diallo soulève une réflexion fondamentale sur la crise des valeurs à travers le personnage de l’enfant élevé dans une famille traditionnelle et mort d’overdose.
Il évoque, en creux, les règles morales érigées par la société et qui contraignent les individus à agir contre les intérêts des leurs, à l’image de ce père refusant que son fils soit enterré dans le cimetière du village, le considérant comme une âme impure.
Le film d’Alpha Diallo met aussi en valeur la bravoure féminine et le désir ardent d’agir face à l’injuste, comme incarné par la mère de cet enfant mort d’une overdose.
Sur ce point, le réalisateur fait le parallèle entre son personnage principal, Penda (la mère), et celui de la tragédie de Sophocle, Antigone, qui avait bravé le vouloir du roi en offrant une sépulture à son frère.
“L’idée derrière ce film que je qualifie de tragédie peule, était de revisiter un petit peu tout ce qui se faisait dans les tragédies grecques, où on a des personnages hyper forts face à des conflits moraux. Et ce qui est intéressant pour moi de montrer, c’est le combat d’une femme face aux défis de son époque”, a expliqué Diallo.
Le jeune réalisateur, dont “Les âmes du Fouta” est la première production cinématographique, précise que son film ne consiste pas en une remise en cause de la religion musulmane, mais plutôt une mise en lumière des sujets tabous et de la faiblesse de ceux qui manquent d’authenticité en vivant selon l’opinion des autres.
Il y a aussi que dans ce court-métrage, l’auteur a privilégié l’environnement naturel du Fouta (nord du Sénégal) comme décor, en plus d’avoir parié sur les talents bruts du terroir d’incarner les personnages de son film.
Se disant “très fier et reconnaissant” de la valorisation de son œuvre à l’international par cette sélection à la 76e édition du Festival international du film de Berlin (12-22 février 2026), Alpha Diallo dit espérer que le public présent dans la ville allemande puisse accueillir son message “à sa juste valeur”.
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