SENEGAL-CULTURE-REPORTAGE
Brin (Ziguinchor), 20 fév (APS) – L’écomusée du village de Brin, dans le département de Ziguinchor (sud), est un cadre culturel conjuguant mémoire, art et engagement au service de l’identité casamançaise. Il s’affirme, de plus en plus, comme un espace vivant de préservation et de transmission du patrimoine diola, de ses rites, de son rapport à la nature et de sa mémoire collective.
Enrichi récemment par la galerie Ndukur, dédiée au défunt anthropologue Ndukur Ndao, cet espace muséal est bien plus qu’un lieu de collection d’objets d’art.
Fondé par Marie Bassène, une Française mariée à un natif du village, cet écomusée singulier est devenu en sept ans, un espace incontournable de préservation et de transmission du patrimoine diola en Basse-Casamance.

Arrivée à Brin il y a quarante ans après son mariage, elle découvre une société dont les codes, les silences et les traditions la fascinent autant qu’ils l’interpellent.
“Au début, je posais trop de questions”, reconnaît-elle dans un sourire. “J’ai compris qu’il fallait donner du temps au temps”.
Peu à peu, les anciens l’observent, la testent, puis l’acceptent. Pendant plus de vingt ans, elle parcourt la Basse-Casamance pour collecter paniers, calebasses, outils agraires, instruments rituels et objets domestiques. Une quête patiente, guidée par le souci de préserver un héritage menacé par l’oubli.
À la disparition du dernier des anciens qui l’avaient initiée, elle décide de transformer cette mémoire accumulée en un espace vivant : l’écomusée de Brin.
Un voyage au cœur du quotidien diola
À l’entrée du village, une case à impluvium accueille le visiteur, comme un seuil symbolique entre passé et présent.
Le parcours muséal s’ouvre ensuite sur les activités agraires et domestiques : récolte du vin de palme, filtration du sel, préparation des rizières, barrages en mangrove, ruches placées près des habitations pour protéger les familles.
Un peu plus loin, la salle des cérémonies expose le “Kumpo”, esprit de la forêt, les instruments de lutte traditionnelle, les paniers de dot et les parures rituelles, chaque objet racontant une organisation sociale, un système de croyances, une harmonie avec l’environnement.

Une salle, particulièrement émouvante, rend hommage aux anciens du village à travers leurs portraits. “Ce musée leur est dédié en priorité”, insiste la fondatrice.
Deux autres espaces élargissent la réflexion. L’un retrace un voyage en Louisiane aux Etats-Unis, sur les traces de la Traite négrière, où le couple Bassène a retrouvé dans d’anciennes plantations des objets semblables à ceux de la Casamance.
L’autre met en évidence l’universalité des modes de vie paysans, qu’ils soient africains, européens ou asiatiques, il y a à peine un siècle.
Dernier-né de l’écomusée, la galerie Ndukur insuffle à cet espace culturel une dimension artistique nouvelle. Les objets du quotidien y dialoguent avec des portraits puissants réalisés par l’ethno-photographe Matar Ndour.
La galerie rend ainsi hommage à Ndukur Ndao, socio-anthropologue et chercheur associé au Laboratoire de recherche sur les transformations sociales de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Lartes-Ifan), une figure engagée dans la défense des cultures casamançaises.
Un engagement culturel assumé
Venu à plusieurs reprises à Brin avant son décès le 6 septembre 2024, des suites d’une crise cardiaque, il n’avait de cesse de saluer la démarche de la fondatrice et avait enrichi ses explications de précisions anthropologiques.
“Cet espace perpétuera la mémoire d’un homme libre, attaché à la transmission du savoir et à la réappropriation du récit africain”, soutient Matar Ndour, compagnon de recherche du défunt pendant plus de quinze ans.

“Si les Africains ne racontent pas l’Afrique, l’Afrique risque de disparaître”, rappelle l’ethno-photographe, paraphrasant le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène.
Malgré un afflux croissant de visiteurs, l’écomusée de Brin ne poursuit aucun objectif lucratif. Le prix du billet reste inchangé et le fonctionnement repose essentiellement sur l’engagement privé du couple fondateur.
“Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la transmission et la préservation du patrimoine”, affirme Marie Bassène.
Chercheurs, étudiants, touristes et passionnés de culture diola y trouvent un espace d’échanges et de rencontres.
À Brin, l’écomusée n’est pas figé dans le passé. Il évolue, s’enrichit et se réinvente, fidèle à sa vocation première : faire battre, au présent, le cœur vivant de la mémoire casamançaise.

MNF/ASB/BK


