SENEGAL-MONDE-SOCIETE
Dakar, 12 mars (APS) – Le Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations-Unies, Volker Türk, a exprimé jeudi sa “préoccupation profonde” au lendemain de l’adoption par l’Assemblée nationale du Sénégal d’une loi durcissant la répression des pratiques homosexuelles, appelant notamment le chef de l’Etat sénégalais à ne pas promulguer ce texte.
“L’adoption par le Parlement sénégalais d’une nouvelle loi qui double à 10 ans la peine maximale d’emprisonnement pour des relations homosexuelles consenties […] est profondément préoccupante”, a-t-il notamment réagi dans un communiqué relayé par plusieurs médias.
Les députés sénégalais ont adopté mercredi un projet de loi modifiant l’article 319 du Code pénal et impliquant un renforcement du dispositif juridique relatif à certaines infractions contre les mœurs, notamment à travers un durcissement des sanctions prévues par la législation en vigueur
Défendant le projet de loi devant les parlementaires, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Bamba Cissé, a expliqué que la modification de l’article 319 du Code pénal s’inscrit dans la volonté du gouvernement d’adapter le cadre juridique à l’évolution des phénomènes sociaux et de renforcer la protection des personnes vulnérables.
“J’exhorte le président à ne pas promulguer cette loi […] et les autorités à abroger [celle actuellement en vigueur]”, a pour sa part indiqué le chef du HCDH.
Volker Türk dit craindre les conséquences de cette loi, en termes notamment de “discrimination” dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi et du logement”, sans compter que le nouveau texte restreint selon lui “le travail légitime des défenseurs des droits humains, des médias et la liberté d’expression de tous les Sénégalais”.
De nombreux députés sénégalais avaient appelé leurs collègues à voter celle loi, dont Guy Marius Sagna selon qui ce texte représente “un appel au réveil stratégique” face à l’impérialisme culturel et aux pressions venues de l’extérieur.
“Nous considérons que le projet de loi qui nous est soumis ici à l’Assemblée nationale est un appel au réveil stratégique du Sénégal et de toute l’Afrique pour dire non ! Non au néocolonialisme, non à l’impérialisme, qu’il soit monétaire, financier, militaire ou culturel”, a-t-il déclaré lors de l’examen de ce texte.
Il a estimé que certaines évolutions sociétales observées à l’international sont perçues par une partie de l’opinion comme contraires aux valeurs culturelles locales, insistant sur la nécessité de préserver la diversité culturelle africaine.
Le député Ismaïla Wane a lui appelé au respect des valeurs culturelles du Sénégal, estimant que derrière ces critiques contre cette loi, se cacherait la volonté de certaines organisations de défendre l’homosexualité, une pratique qu’il affirme être en contradiction avec les valeurs culturelles de la société sénégalaise.
Ismaïla Wone a ainsi rappelé que chaque nation dispose, selon lui, du droit de préserver ses propres références sociales et culturelles.
S’appuyant sur le principe du relativisme culturel, il a également évoqué les enseignements du sociologue et anthropologue français Claude Lévi-Strauss, selon lesquels aucune culture ne devrait être jugée à partir des critères d’une autre.
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