Le ”daara” Serigne Mamoune Ndiaye, héritier d’une lignée d’érudits saint-louisiens
Le ”daara” Serigne Mamoune Ndiaye, héritier d’une lignée d’érudits saint-louisiens

SENEGAL-RELIGION-REPORTAGE

Saint-Louis, 4 mars (APS) – L’école coranique Serigne Mamoune Ndiaye est un des nombreux “daaras” qui font la réputation de Saint-Louis comme centre d’excellence de l’enseignent arabo-islamique traditionnel. Cet établissement situé au quartier Loda continue de perpétuer le legs d’une lignée d’érudits musulmans, depuis Serigne Ahmed Ndiaye Mabèye décédé en 1917.  

La ville de Saint-Louis, portée par le poids de l’histoire et des symboles liés à son statut d’ancienne capitale du Sénégal, est réputée pour la richesse de son patrimoine culturel et sa place centrale dans l’enseignement des sciences islamiques.

En tant que centre historique de production et de vulgarisation du savoir islamique, elle a toujours été un passage obligé pour de nombreux dignitaires musulmans, comme El Hadji Malick Sy (1855-1922), principal propagateur de la confrérie tidjanya au début du XXe siècle, mais aussi Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), fondateur du mouridisme, devenu l’une des principales confréries musulmanes sénégalaises.

Le “daara” Serigne Mamoune Ndiaye, réputé pour la qualité de son enseignement et son riche patrimoine spirituel, doit beaucoup à la réputation de son parrain, fils de Serigne Ahmed Mabèye, patriarche de cette famille de lettrés musulmans.

Ce dernier, imam de Saint-Louis à partir de 1903, a contribué à la formation de plusieurs figures religieuses de son époque.

Son petit-fils Mouhamadoul Hady Ndiaye, issue de cette lignée prestigieuse, continue d’entretenir et de préserver cette tradition intellectuelle.

“Ce daara existe depuis longtemps. Il a une longue histoire. Ici, l’enseignement coranique est guidé par le legs de nos ancêtres. Et notre mission est de perpétuer ce legs”, a-t-il déclaré à l’APS, entouré par plusieurs de ses élèves, en train de réviser sous sa supervision.

Le ''daara" Serigne Mamoune Ndiaye, héritier d'une lignée d'érudits saint-louisiens

Le “daara” Serigne Mamoune Ndiaye, fonctionnant en internat ou externat, accueille plusieurs pensionnaires venus de la Gambie, de la Guinée, de la Guinée Bissau et du Mali.

 “Ici, on enseigne toutes les sciences religieuses et le Coran jusqu’à la mémorisation. Notre établissement est un creuset de l’enseignement coranique et des sciences religieuses”, a fait savoir le responsable, soulignant que le “daara” compte actuellement plus de 400 enfants en régime internat.

Le “majalis’”, un terme arabe qui renvoie à l’enseignement arabo-islamique de type traditionnel et transmission de valeurs morales est une offre éducative  également proposé  dans ce daara, à côté de disciplines modernes, ajoute Mouhamadoul Hady Ndiaye, vêtu d’une djellaba surmontée d’une capuche.

Le “tajwid”, science de la récitation correcte du Coran, est également dispensé au sein du “daara” Serigne Mamoune Ndiaye, de même que   les disciplines se rapportant à la langue  arabe et la doctrine de l’école Malékite, plus répandue au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.

“Le Coran ne cesse de nous démontrer ses miracles tous les jours. Le Coran est notre guide. C’est une bénédiction d’apprendre le Coran. Il nous oriente et nous mène vers le droit chemin. Le Coran est la Constitution du musulman”, a-t-il fait valoir.

“Une affaire de tradition et d’identité”

Les  apprenants et l’équipe pédagogique se réveillent à 5 heures du matin pour le repas de l’aube en ce mois de Ramadan, mais aussi pour préparer  la prière du matin “Fajr”.

Ils continuent à prendre des cours jusqu’à 12 heures, avant de marquer une pause. Les cours reprennent ensuite  après la prière de Dhuhr (14 heures) pour se poursuivre jusqu’après la prière d’Asr (17 heures).

Plus de 400 apprenants prennent leur repas de rupture du jeûne dans ce “daara” pendant le mois de Ramadan, a signalé celui qui dit avoir arrêté l’école française au Cours moyen deuxième année (CM2).

Les pensionnaires du “daara” Serigne Mamoune Ndiaye ne pratiquent cependant pas la mendicité. “Ici toutes les classes sociales sont les bienvenues. On ne fait pas de distinction entre celui qui est issu d’une famille riche et celui qui ne l’est pas”, a précisé le maître coranique natif de Saint-Louis.

Son établissement reçoit régulièrement l’appui de bonnes volontés, mais pour les apprenants originaires de Saint-Louis, la mensualité est fixée à 2000 francs CFA, montant également demandé pour les frais d’inscription.

Au “daara” Serigne Mamoune Ndiaye, quel que soit l’âge, la discipline et la tranquillité sont portées en bandoulière par les élèves.

Le ''daara" Serigne Mamoune Ndiaye, héritier d'une lignée d'érudits saint-louisiens

Dans un monde marqué par de nombreux bouleversements, le maître des lieux insiste sur la nécessité de sensibiliser les enfants, pour leur faire comprendre que ‘’tout ce qui brille n’est point de l’or’’, une manière de leur apprendre à se contenter de ce qu’ils ont.

Le “daara” Serigne Mamoune Ndiaye se trouve plongé, depuis quelques jours, dans les préparatifs de sa conférence annuelle, prévue le 16 mars prochain.

Dans la capitale du nord du pays, l’enseignement du Coran et des sciences religieuses est une affaire de tradition, d’identité même.

Cela se voit dans tous les quartiers, les “daaras” se retrouvant  à chaque coin de rue, tant et si bien que les natifs de Saint-Louis, pour la plupart, allient apprentissage du Coran et école française.

Le ''daara" Serigne Mamoune Ndiaye, héritier d'une lignée d'érudits saint-louisiens

CGD/ASB/BK/SMD