SENEGAL-SOCIETE-ANALYSE
Dakar, 14 sept (APS) Le conflit auquel la Casamance se trouve confrontée depuis plusieurs décennies, demeure une question stratégique pour le Sénégal et appelle à des solutions “intelligentes et progressives”, fondées notamment sur le développement économique, la culture et le dialogue, a estimé lundi l’universitaire et sociologue Ibou Sané.
“Le conflit en Casamance est un conflit qui est très important, qu’on doit surveiller”, a-t-il déclaré en marge d’une série de soutenances de thèses de doctorat à la Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation (FASTEF) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Selon le professeur Sané, la question casamançaise dépasse les seules considérations nationales en raison de ses ramifications en Gambie et en Guinée-Bissau, mais aussi des risques sécuritaires liés à la porosité des frontières.
L’enseignant-chercheur a notamment appelé à une vigilance accrue face à la menace djihadiste et terroriste, estimant que l’évolution de l’insécurité dans le Sahel doit inciter le Sénégal à préserver sa façade atlantique.
“Il faut être très vigilant pour éviter que la façade atlantique soit attaquée par le djihadisme et le terrorisme”, a-t-il averti.
Le professeur Sané a préconisé une combinaison de solutions économiques, politiques, sociales et culturelles pour une résolution définitive de cette crise.
Il a ainsi insisté sur la nécessité de promouvoir “un développement intégré, inclusif et participatif”, permettant notamment aux anciens combattants, aux personnes déplacées, aux jeunes et aux femmes affectés par le conflit de retrouver des activités et de participer pleinement au développement de la région.
Le professeur Ibou Sané estime également que la dimension culturelle doit être davantage prise en compte dans les stratégies de sortie de crise.
Il évoque notamment la destruction de l’environnement et la profanation de certains bois sacrés pendant le conflit, estimant qu’un travail de réconciliation avec les communautés et les détenteurs des traditions pourrait contribuer au processus de paix.
Il a appelé à renouer avec les valeurs socioculturelles de la Casamance et à promouvoir un développement “par nous-mêmes et pour nous-mêmes”.
L’universitaire a toutefois reconnu les limites de chacune des approches envisagées, qu’elles soient économiques, politiques ou culturelles, estimant que la recherche de solutions doit se poursuivre sans précipitation.
“Il faut y aller doucement, doucement, ne pas se précipiter pour ne pas faire les mêmes erreurs”, a-t-il recommandé.
Il a par ailleurs souligné l’importance du dialogue, soulignant que tous les conflits se terminent “autour d’une table de négociation”.
Il a fait observer que le conflit casamançais, déclenché au début des années 1980, constitue un frein au développement de la partie méridionale du Sénégal, qui aurait pu jouer le rôle de locomotive économique du pays.
“La Casamance aurait pu être aujourd’hui la locomotive du développement du pays et tirer le Sénégal vers le haut. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas”, a-t-il regretté.
Il a salué les différentes pistes de solutions envisagées par les pouvoirs publics, évoquant notamment l’approche économique visant le développement intégré des territoires affectés.
Séparée du nord du Sénégal par la Gambie, la Casamance est le théâtre de l’un des plus vieux conflits d’Afrique.
Les indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) y ont pris le maquis après la répression d’une marche par les pouvoirs publics sénégalais, en décembre 1982.
Après avoir fait des milliers de victimes et ravagé l’économie de cette partie du pays, le conflit ne cesse de baisser d’intensité depuis plusieurs années.
En 2020, l’armée nationale a mené des opérations d’envergure pour ‘’neutraliser’’ les bases rebelles et faciliter le retour des personnes déplacées à leur lieu d’habitation.
NSS/BK
