SENEGAL-ENVIRONNEMENT-INITIATIVE
Dindéfélo, 10 avr (APS) – Les femmes de Dindéfélo, engagées dans des projets structurants de reboisement et de maraîchage, sont plus que jamais à l’avant-garde de la protection de la réserve naturelle et de la cascade emblématique de cette commune de la région de Kédougou (sud-est). De par leurs initiatives, elles contribuent à lutter contre la dégradation de ce sanctuaire de chimpanzés classé patrimoine mondial de l’Unesco.
Les groupements de femmes organisent des causeries et des visites à domicile pour sensibiliser sur l’importance de préserver la Réserve naturelle communautaire de Dindéfélo (RNCD), abritant la célèbre la cascade et les derniers chimpanzés d’Afrique de l’Ouest.
Les jeunes sont tout aussi impliqués dans ces initiatives, à travers la Cascade association pour le progrès (CAP), à l’origine de beaucoup d’activités de sensibilisation, de reboisement et de restauration pour préserver cette zone sensible.
Carim Camara, ancien directeur de la Réserve naturelle communautaire de Dindéfélo (RNCD), rappelle que tout est parti d’une initiative du projet “Wula Nafaa”, initié par l’Institut Jane Goodall, une organisation mondiale de protection de la vie sauvage et de l’environnement basée en Virginie, au Etats-Unis. Ce projet est mis en oeuvre de concert avec la mairie de Dindéfélo.

Les communautés locales ont notamment décidé d’instaurer un repos écologique consistant notamment à ne pas récolter de Saba Senegalensis ou “Madd” pendant un an, selon M. rappelé Camara, journaliste et ancien correspondant de l’APS à Kédougou.
Cette mesure a permis d’entretenir une pépinière de “Madd” dont les plants sont ensuite mis en terre dans les zones sensibles pour lutter contre les feux de brousse, a-t-il fait indiqué.
Le repos écologique décidé par les communautés a également favorisé une régénération de la nature, facilitant la survie des chimpanzés dont le “Madd” est la première nourriture.
Des jardins agricoles pour réduire la pression sur la réserve naturelle
M. Camara a rappelé que des initiatives communautaires pour la sauvegarde de la réserve naturelle de Dindéfélo et de sa cascade existaient avant mais n’avaient pas été formalisées.
Il a notamment cité le reboisement des arbres fruitiers dans les concessions familiales pour renforcer la souveraineté alimentaire des communautés locales et participer à la préservation de la nature.
Une grande partie des villages de la commune ont réalisé des pépinières communautaires et des jardins agricoles pour réduire la pression sur leur réserve naturelle.

A Nandoumary, une localité frontalière de la Guinée, plus de 100 femmes regroupées autour de trois groupements féminins ont emblavé des hectares de pépinière permettant de récolter des produits forestiers et des légumes frais.
“On fait de la production en pépinière et agroforesterie sur la vallée de Nandoumary pour participer aux initiatives communautaires de protection de l’environnement de Dindéfélo. Nous produisons également des légumes destinés à la vente ou à la consommation”, a expliqué Mariama Sidibé, présidente du groupement des femmes “And Jubo” du village Nandoumary.
En compagnie d’autres femmes, elles entretiennent un jardin de plants de moringa, de lingué et caïlcédrat, se relayant matin et soir, certaines viennent tôt le matin, d’autres le soir pour arroser ou surveiller les plants.
Le village de Pélel Kindéssa et ses quartiers Mboulako, Péloun, Tanaghé et Dian Wéli est doté d’une richesse géologique remarquable avec une jolie vallée et une cascade.
Le chemin entre Dindéfélo et Pélel serpente à travers un paysage captivant, sauf que ces localités ne sont accessibles que par le vélo, moto ou à pied, à cause de l’état de la route.
A Mboulako, toutes les maisons sont en paille et parfois en briques en banco. Un jardin communautaire aménagé par les femmes, grâce à l’appui de l’Université de Huelva, en Espagne, témoigne des efforts de préservation de l’environnement constatés ailleurs dans la commune de Dindéfélo.
Le chef de village Diouldé Diallo salue la bravoure des femmes qui, dit-il, travaillent jour et nuit pour planter des arbres fruitiers, malgré le manque d’eau.

Les femmes et les jeunes de Mboulako et environs se retrouvent quotidiennement au jardin du village, se succédant à la pompe pour puiser de l’eau et arroser les pépinières.
Le maraîchage, alternative à la déforestation
“Nous avons élargi le jardin et installé de petites parcelles pour que toutes les femmes du village puissent avoir un espace”, explique Assy Diallo, propriétaire d’une parcelle clôturée en bambou.

Le groupement de promotion féminine de la localité compte 70 femmes qui participent toutes aux initiatives communautaires de la préservation de l’environnement, par le biais de l’agroforesterie, renseigne Fatoumata Touré, la vice-présidente.


“Nous sommes au jardin avec nos maris et des jeunes pour le développement et la souveraineté alimentaire, à travers la production de légumes et la plantation d’arbres fruitiers dans tout le village pour préserver aussi la nature de la cascade”, a-t-elle expliqué.
Le maraîchage est la principale activité des femmes et jeunes des villages de Tanaghé, Péloun et Dian Wéli. Les populations vivent ici grâce au maraichage et à l’agriculture, principalement.
Les femmes, souvent les plus engagées, appréhendent l’avenir avec enthousiasme, grâce au maraichage qui leur permet de disposer de légumes frais (salade, oignon, carottes, choux) et d’arbres fruitiers.
Niani Diallo, la présidente des femmes de Pélel Kindéssa, signale toutefois que le jardin du village a besoin d’une clôture et de bassins de conservation d’eau pour une meilleure conduite des activités de maraîchage.

Les femmes de la commune de Dindéfélo, grâce au reboisement et au maraîchage, participent à la préservation de la réserve naturelle et de sa cascade, en offrant une alternative économique à la déforestation.Elles contribuent, de cette manière, à sécuriser ce site classé au patrimoine de l’Unesco, où la survie des chimpanzés est menacée par la pression climatique et touristique.
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