L’An II de la troisième alternance : l’économie et les finances, d’après Bassirou Diomaye Faye
L’An II de la troisième alternance : l’économie et les finances, d’après Bassirou Diomaye Faye

SENEGAL-ANNIVERSAIRE-ECONOMIE

Par Hamath Kane

Dakar, 24 mars (APS) – Des statistiques ‘’erronées’’, une ‘’dette cachée’’, une dette publique sans précédent, une polémique, des désaccords avec le Fonds monétaire international (FMI), la suppression annoncée de 19 agences, directions ou entreprises parapubliques, le recours à l’épargne des Sénégalais pour financer la relance économique… Ce sont là les ingrédients de la politique économique et financière menée par Bassirou Diomaye Faye depuis son élection à la présidence sénégalaise il y a deux ans, jour pour jour.

Le Sénégal mène, depuis deux ans, sous la présidence de M. Faye, une politique visant à libérer l’économie du pays du joug des institutions financières internationales. Cette politique découle du souverainisme prôné par Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, qui a fait élire l’un de ses plus proches alliés dès le premier tour de l’élection présidentielle du 24 mars 2024, avec 54,28 % des suffrages.

Dresser le bilan économique et financier des ex-dirigeants du pays est l’une des premières mesures prises par les autorités de la troisième alternance au Sénégal, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le Premier ministre, Ousmane Sonko. Cette démarche a abouti à la publication, en février 2025, d’un rapport de la Cour des comptes faisant état d’une situation financière désespérée : un déficit budgétaire sans précédent et une dette largement au-dessus des statistiques de l’administration financière. Des ‘’irrégularités’’ et des données ‘’erronées’’ aussi, selon la Cour des comptes et les nouvelles autorités du pays.

Des mesures correctives  

Les ex-dirigeants du Sénégal – Macky Sall et ses collaborateurs – sont même accusés d’avoir contracté au nom de l’État une ‘’dette cachée’’, hors des circuits officiels, dont l’Assemblée nationale. Une accusation rejetée par les mis en cause. Le Fonds monétaire international, après avoir longuement planché sur la situation financière du Sénégal, reconnaît tout au moins que la dette du pays dépasse de loin les proportions jusque-là connues.

Aujourd’hui, la polémique sur l’endettement du Sénégal semble se dissiper. L’urgence de prendre des mesures correctives et de sauvetage de la situation financière de l’État s’impose. Celle de continuer à gagner la confiance des investisseurs et des partenaires également. Elles se traduisent par le paiement de la dette publique dans les délais indiqués. C’est à ce titre que le Sénégal s’est acquitté du paiement de 471 millions de dollars américains – environ 270 milliards de francs CFA -, le 13 mars 2026. En honorant cette échéance, l’État sénégalais évite le défaut de paiement, selon les milieux financiers.

Le FMI, quant à lui, propose au Sénégal la restructuration de sa dette, une option que rejette le Premier ministre, car elle ‘’remet en cause la souveraineté économique et financière du Sénégal’’.

Pour Ousmane Sonko, qui reste fidèle à la démarche souverainiste de Pastef et de son gouvernement, c’est tout à l’honneur du Sénégal, même s’il est fortement endetté, d’éviter le diktat de ses partenaires économiques et financiers.

Des ‘’ressources financières endogènes’’

Las d’attendre que le Fonds monétaire international décaisse un financement de 1,8 milliard de dollars américains (environ 1 020 milliards de francs CFA) destiné au Sénégal, l’État tente de se tirer d’affaire tout seul et de continuer à financer son économie. Il élabore le Plan de redressement économique et social (PRES), dont le financement doit provenir de ressources internes, fournies par l’État et ses citoyens.

Face aux appréhensions du FMI, concernant le décaissement du financement de 1,8 milliard de dollars américains, Dakar déroule le PRES ‘’Jubbanti Koom’’, que présente le Premier ministre aux partenaires économiques et financiers de l’État et aux Sénégalais, le 1er août 2025.

Ce plan de relance économique s’appuie sur les ‘’ressources financières endogènes’’, dont les appels publics à l’épargne (APE). Par les APE, l’État donne la possibilité aux Sénégalais – ceux qui résident dans le pays et ceux vivant à l’étranger – de financer l’activité économique. De cette manière, le Sénégal a collecté 4 004 milliards de francs CFA sur le marché financier régional au cours de l’année 2025. Cela fait du pays le deuxième émetteur souverain du marché financier de l’UEMOA, derrière la Côte d’Ivoire (5 111 milliards de francs CFA), selon l’agence économique et financière Ecofin. Les succès engrangés sont le signe de ‘’la confiance des investisseurs et des citoyens dans la signature de l’État’’, selon le ministère des Finances et du Budget.

Le gouvernement recourt en même temps à des réformes fiscales pour inciter les investisseurs étrangers à s’intéresser davantage au Sénégal. Le Code des investissements et le Code général des impôts sont modifiés en septembre 2025.

Pour éviter que les difficultés financières déteignent sur la vie des ménages, le gouvernement prend des mesures visant à les soulager. Il réduit les prix des denrées alimentaires et des hydrocarbures. La Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE) réduit de 70 francs CFA le prix du litre de supercarburant, qui passe de 990 à 920 francs. Le prix du litre de gasoil baisse de 755 à 680 francs.

Des mesures d’anticipation

Pour les ménages aussi, la CRSE opère une baisse de 10 % du prix de l’électricité. Elle estime que 2,6 millions de clients domestiques et professionnels en bénéficient. Mais la conjoncture économique mondiale, dominée depuis quelques semaines par l’invasion israélo-américaine menée contre l’Iran, pourrait fragiliser ces baisses tarifaires, si elle entraîne une tension des prix des hydrocarbures.

Le 3 mars dernier, le Premier ministre a présidé une réunion consacrée aux produits pétroliers et à des mesures d’anticipation d’une hausse des prix des hydrocarbures dans le monde. Il s’agit de ‘’sécuriser’’ l’approvisionnement du pays en produits pétroliers et de protéger les ménages vulnérables, selon le gouvernement.

Pour atténuer la cherté des denrées de consommation courante, l’État réduit de 50 francs le prix du kilo de riz brisé ordinaire. Il passe de 350 à 300 francs CFA, dans la région de Dakar. La baisse s’applique dans toutes les régions, avec des tarifs qui diffèrent en fonction du coût du transport des marchandises. Le riz brisé ordinaire est ‘’une composante essentielle de l’alimentation de plus de 90 % des foyers sénégalais’’, explique le ministère de l’Industrie et du Commerce.

Un groupe de travail constitué par le gouvernement a proposé au président de la République et au Premier ministre un plan de rationalisation du service public comprenant, entre autres mesures, la suppression de 19 entités parapubliques dont les missions sont exercées par d’autres structures. Sous la houlette des dirigeants de la troisième alternance, des états généraux destinés à diagnostiquer les maux de nombreux secteurs d’activité ont été organisés : transports, industrie, etc.

L’année de la troisième alternance coïncide aussi avec l’entrée du Sénégal dans le cercle des pays producteurs de pétrole et de gaz. Les revenus de ces hydrocarbures sont jugés faibles ou modestes pour le moment. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont entrepris une renégociation des contrats et conventions qui lient le Sénégal à ses partenaires, dans les mines et les hydrocarbures notamment.

HK/ESF/BK