L’Afrique invitée à repenser son positionnement dans “la géographie mondiale des données”
L’Afrique invitée à repenser son positionnement dans “la géographie mondiale des données”

SENEGAL-AFRIQUE-NUMERIQUE-ENJEUX

Dakar, 8 sept (APS)- L’universitaire sénégalais et spécialiste du cyberdroit, Abdoullah Cissé a présenté le numérique comme un nouvel ‘’espace de puissance’’, appelant l’Afrique à repenser son positionnement dans la géographie mondiale des données, des savoirs et des représentations.

En faisant une conférence inaugurale sur le thème  ‘’l’Afrique face à la nouvelle géopolitique du numérique’’, à l’occasion de la 5ᵉ édition de la Rentrée numérique de GAINDE 2000, le professeur Cissé a notamment mis en avant les enjeux liés à l’émergence d’une nouvelle  ‘’géographie du numérique’’.

Depuis 2021, la Rentrée numérique se propose de constituer ‘’un rendez-vous annuel des acteurs du digital au Sénégal et en Afrique’’, a-t-on appris des initiateurs.

‘’Le numérique au cœur des dynamiques géostratégiques : le défi africain’’, est le thème central de cette 5ᵉ édition organisée par GAINDE 2000.

Durant deux journées, des chercheurs, des startups, des décideurs publics et représentants du secteur privé vont échanger sur les enjeux géostratégiques du numérique à l’échelle africaine.

Les discussions portent notamment sur trois problématiques : ‘’la limitation des dépenses technologiques, la réponse aux risques liés à la cybersécurité et à la désinformation, ainsi que la protection et la valorisation des ressources numériques africaines’’.

Des panels seront également consacrés à l’articulation entre les avancées de l’intelligence artificielle, la croissance des entreprises et des économies, aux mesures préventives contre les velléités de guerre économique et de désinformation, ainsi qu’au financement de l’avenir numérique de l’Afrique.

Les participants doivent également échanger sur les réponses des organisations et des salariés face à l’impact de l’intelligence artificielle sur leurs activités, ainsi que sur les menaces et opportunités liées à son émergence pour les États, les économies et les sociétés.

’’La cybersécurité ne crée pas de la valeur mais protège la valeur’’

Selon Abdoullah Cissé, l’enjeu pour l’Afrique est notamment d’œuvrer à une ‘’souveraineté représentationnelle’’, c’est-à-dire à la maîtrise de ‘’ce par quoi nous sommes vus’’.

Cette notion, a-t-il expliqué, devrait conduire à revoir notamment les classements universitaires, les indicateurs économiques ainsi que les mécanismes de sauvegarde des langues africaines face aux langues dites dominantes.

”L’Afrique représente 0,6 % de la capacité mondiale de données”

L’expert en légistique et droit des affaires a aussi déploré la faible capacité de l’Afrique dans la production et la maîtrise des données, estimant que le continent ne représente que ‘’0,6 % de la capacité mondiale de données’’.

Face à cette situation, il a appelé à passer ‘’d’une Afrique utilisatrice à une Afrique configuratrice’’, considérant que la souveraineté numérique ne saurait être assimilée à une forme d’autarcie technologique.

‘’La souveraineté numérique n’est pas l’autarcie technologique, c’est choisir ses interdépendances’’, a-t-il déclaré.

L’universitaire a également insisté sur la nécessité de lutter contre ‘’la dispersion des capacités en Afrique’’, en appelant à les relier afin d’en faire une puissance.

Cette mise en liaison, a-t-il relevé, doit notamment concerner la recherche et l’investissement, ainsi que les diasporas et les écosystèmes locaux.

Le professeur Abdoullah Cissé s’est aussi attardé sur plusieurs enjeux qu’il considère comme essentiels ‘’à ne pas perdre’’ dans cette transformation numérique, notamment les cultures, les langues et les libertés de ‘’penser le futur depuis nous-mêmes tout en restant ouvert au monde’’.

Prenant part aux échanges, le colonel Aly Mime, directeur général du Chiffre et de la Sécurité des Systèmes d’information (DCSSI), a levé le voile sur les risques liés au cyberespace.

Il a notamment rappelé que ‘’la cybersécurité ne crée pas de la valeur mais protège la valeur’’, en faisant allusion aux cyberattaques visant des infrastructures publiques stratégiques telles que les administrations chargées de l’état civil, de la fiscalité et de la comptabilité publique.

L’administrateur général de Gaindé 2000, Ibrahima Nour Eddine Diagne a aussi évoqué  les défis principaux qui interpellent les pays africains, relativement à la cybersécurité et à la transformation de l’intelligence artificielle en valeur ajoutée.

PBB/SMD/MTN