AFRIQUE-POLITIQUE-ANIVERSAIRE
Dakar, 18 juil (APS) -La recrudescence des violences xénophobes en Afrique du Sud constitue ”une rupture avec l’héritage” de Nelson Mandela fondé sur la paix, la réconciliation et l’unité, a estimé Ibrahima Diatta, membre du mouvement Madibariste, lors d’un entretien avec l’APS à l’occasion du Mandela Day célébré le 18 juillet de chaque année en hommage à l’emblématique président sud-africain disparu en décembre 2013.
”Nelson Mandela parlait d’une nation arc-en-ciel où Noirs, Blancs, Métis et Indiens pouvaient vivre ensemble. Aujourd’hui, la montée de la xénophobie et des manifestations anti-migrants sont en contradiction avec cette vision”, affirme M. Diatta.
Le doctorant en sciences politiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) raconte avoir découvert Madiba dès le collège. ‘’C’est à travers une biographie publiée au dos d’un cahier scolaire que j’ai rencontré Nelson Mandela. Cette lecture a été le point de départ de mon engagement ”, confie Ibrahima Diatta.
Le mouvement Madibariste, dont il est membre, est créé par des étudiants sénégalais en 2011 pour préserver et promouvoir l’héritage de l’ancien président sud africain. La structure s’attache à faire vivre cet héritage de Nelson Mandela à travers des conférences, des activités de sensibilisation et des services à la communauté.
”Plusieurs pays africains avaient soutenu la lutte contre l’apartheid. Beaucoup de dirigeants africains ont aidé l’Afrique du Sud à sortir de cette période sombre. Voir aujourd’hui des Africains devenir les victimes de violences dans ce même pays est très regrettable”, a soutenu Ibrahima Diatta.
”Si le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales peuvent expliquer certaines tensions, rien ne peut justifier une logique anti-immigrés. Le véritable problème est l’ignorance de ce que Nelson Mandela a construit. Si son héritage était mieux connu, on n’en serait pas arrivé à cette situation”, a regretté le militant Madibariste.
Pour Ibrahima Diatta, cette évolution remet également en cause l’idéal panafricain. ”Lorsque des Africains se retournent contre d’autres Africains, c’est toute l’idée d’unité défendue par des figures comme Kwame Nkrumah, Thomas Sankara ou Julius Nyerere qui est fragilisée”, a-t-il soutenu.
Interrogé sur l’héritage qui l’inspire le plus chez Nelson Mandela, le doctorant en sciences politiques répond sans hésiter : ”La paix et la réconciliation”.
”Après vingt-sept ans de prison, beaucoup pensaient que Mandela chercherait à se venger. Il a choisi la paix. C’est ce choix qui a permis à l’Afrique du Sud d’engager sa transition démocratique”, rappelle-t-il.
Dans un monde marqué par les conflits, entre Israël et la Palestine, la RDC et le Rwanda ou encore la Russie et l’Ukraine à titre d’exemple, Ibrahima Diatta juge que ”l’héritage de Mandela reste d’une actualité remarquable”.

Il a aussi évoqué le rejet dont serait victime l’équipe sud-africaine de football par une partie des supporters africains lors de la Coupe du monde 2026.
”Je fais partie de ceux qui comprennent ce rejet. Ce n’est pas un rejet de Nelson Mandela, mais une manière d’exprimer une solidarité envers les victimes des violences xénophobes et d’exercer une pression sur les autorités sud-africaines”, a expliqué le militant de la pensée de Nelson Mandela.
Il rejette, par ailleurs, les critiques contestant le panafricanisme de Nelson Mandela. ”Un homme qui a sacrifié sa liberté, sa famille et vingt-sept années de sa vie pour combattre l’apartheid ne peut pas être exclu des grandes figures du panafricanisme”, a estimé le doctorant en sciences politiques.
M. Diatta a invité la jeunesse africaine à s’intéresser davantage au parcours de Nelson Mandela. ”Les jeunes doivent approfondir la connaissance de son œuvre et s’inspirer de ses valeurs de résistance, de paix, de réconciliation et de dignité humaine. C’est ainsi que l’Afrique pourra construire son avenir”, a-t-il plaidé.
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