SENEGAL-ECONOMIE
Dakar, 5 juin (APS) – La complexité des produits financiers, les barrières linguistiques et la ‘’méfiance’’ envers l’administration fiscale sont des obstacles à l’éducation financière de certains acteurs économiques et entrepreneurs au Sénégal, a signalé, vendredi, la cheffe du département chargé de l’appui à la création d’entreprise à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD), Fatoumata Binetou Mbengue.
‘’Même lorsqu’on place dans un environnement financier quelqu’un qui a fait des études supérieures et lui soumet des contrats très complexes, il commence à ressentir des difficultés’’, a dit Mme Mbengue en intervenant au nom de la CCIAD à un panel sur l’éducation financière et l’inclusion économique des femmes.
Le panel faisait partie du programme des assises de deux jours organisées à Dakar par l’Observatoire de la qualité des services financiers.
Une existence juridique formelle
Pour mettre en exergue la complexité des produits financiers, Fatoumata Binetou Mbengue a donné l’exemple des contrats d’assurance. Ceux qui les élaborent emploient ‘’des termes tellement complexes que les souscripteurs s’engagent sans savoir vraiment ce qu’ils signent, car ils ne comprennent pas ces termes’’, a-t-elle signalé.
À cette ‘’complexité’’ s’ajoute, selon Mme Mbengue, la ‘’méfiance’’ envers l’administration fiscale.
L’inaccessibilité de l’information fait partie aussi des obstacles majeurs à la promotion de l’inclusion financière, d’après la cheffe du département de l’appui à la création d’entreprise de la CCIAD.
‘’Les gens ne savent pas où aller, ni comment faire pour avoir les éléments nécessaires au développement de leurs activités’’, a-t-elle relevé.
Les entreprises non ‘’formalisées’’ se privent de l’accès aux services financiers institutionnels, a ajouté Fatoumata Binetou Mbengue, rappelant que les structures chargées de les encadrer ou de les financer exigent d’elles une existence juridique formelle.
‘’À cause de la relation entre la normalisation et le paiement des impôts, beaucoup d’entreprises ne veulent pas compléter le processus’’ d’identification et de formalisation, a-t-elle observé, relevant ensuite l’existence de barrières linguistiques pour certains entrepreneurs.
Une plateforme de soutien à la transformation numérique
Presque tous les contrats et documents financiers sont rédigés en français, une langue que ne comprennent pas de nombreux entrepreneurs sénégalais, a rappelé Mme Mbengue.
‘’Beaucoup de nos études et publications sont menées et rédigées en français, ce qui pose problème’’, a-t-elle dit, proposant de dispenser des formations en langues nationales aux entrepreneurs et de rédiger les contrats dans les mêmes langues.
En plus, une partie des entrepreneurs confond leur budget personnel avec le budget de l’entreprise, d’après Fatoumata Binetou Mbengue.
Cette confusion entraîne une autre, celle de la trésorerie de l’entreprise avec les dépenses personnelles de l’entrepreneur, a-t-elle ajouté, estimant que tout cela porte atteinte à la viabilité des entreprises.
La Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar vient en aide aux entreprises, par la formation, pour les mettre à l’abri de ces difficultés, a dit Mme Mbengue.
Elle signale, par ailleurs, que ‘’la digitalisation est l’un des défis majeurs des entreprises sénégalaises’’.
‘’La Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar travaille à la mise en place d’une plateforme de soutien à la transformation numérique et à l’amélioration de l’accès aux services d’accompagnement des entreprises’’, a-t-elle promis.
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