“Korite du MIN” : la clientèle s’attendait à des prix meilleur marché
“Korite du MIN” : la clientèle s’attendait à des prix meilleur marché

SENEGAL-FETE-CONSOMMATION-REPORTAGE

Par Mame Fatou Diouf

Dakar, 20 mars (APS) – Le marché d’intérêt national (MIN) de Diamniadio (ouest) a organisé, du samedi 14 au mercredi 18 mars, la quatrième édition de la “Korité du MIN”, mais cette initiative mérite d’être davantage vulgarisée pour une plus grande satisfaction de la clientèle.

La “Korité du MIN” s’est déroulée, comme lors des précédentes éditions, dans les locaux de la Société d’exploitation du marché d’intérêt national et de la gare des gros-porteurs (SEMIG).

L’affluence des horticulteurs et des consommateurs était nettement moins importante que celles des précédentes éditions. Seuls quelques-uns parmi une douzaine d’exposants-vendeurs invités par la SEMIG ont honoré le rendez-vous, au dernier jour de l’évènement.

Le but de cette rencontre commerciale est pourtant de faciliter les échanges entre les horticulteurs et les consommateurs en vue d’un approvisionnement en produits horticoles de qualité et bon marché.

“Nous devons y participer au bénéficie de tous”

Des sacs remplis d’oignons et de pommes de terre entassés dans une demi-douzaine de magasins ouverts. Ces deux denrées sont les plus en vue à cette édition de la “Korité du MIN”, un rendez-vous de l’offre et de la demande à l’initiative de la direction générale de la SEMIG, pour permettre aux horticulteurs de bien vendre leur production et aux ménages de s’approvisionner en fruits et légumes de qualité et bon marché.

Une dame vêtue d’un boubou noir clairsemé de fleurs jaunes et roses répond à l’appel de la SEMIG, accompagnée d’un garçon et d’une fille venus l’assister. “Ce sont mes enfants”, dit fièrement Seynabou Fall pour les présenter, assise devant des récipients pleins de poivrons verts, jaunes et rouges, de carottes, de grosses tomates, de poissons séchés, de concombres, etc.

Elle prend part à la “Korité du MIN” pour la troisième fois. “Je pense qu’il y avait beaucoup plus de visiteurs lors des précédentes éditions que cette année”, suppose cette commerçante et exposante, ajoutant, forte de son expérience de ce rendez-vous commercial annuel, que “les Sénégalais le connaissent très peu”.

“C’est aux commerçants et aux horticulteurs d’aider les auteurs de cette initiative (le marché d’intérêt national). Nous devons y participer au bénéficie de tous”, opine Seynabou Fall en déplorant faire de maigres bénéfices.

"Korite du MIN" : la clientèle s'attendait à des prix meilleur marché

“Je gagne 200 à 250 francs CFA au maximum pour chaque kilo vendu. Or, ça m’a coûté beaucoup d’argent pour venir ici”, s’inquiète Mme Fall.

“Je suis venue de très loin et je me rends compte qu’il y a très peu de monde”, s’alarme Mariama Ndiaye en s’invitant à la conversation.

Venue de Ouakam, elle espérait trouver au MIN des fruits et légumes en grande quantité et bon marché. Les prix en vigueur à la “Korité du MIN” et aux marchés de Dakar sont presque les mêmes, fait-elle observer d’un air dépité. Le jeu n’en vaut pas la chandelle, tranche Mme Ndiaye.

Son interlocutrice tente, d’un ton maternel, de nuancer le constat. “Cela va se faire petit à petit. Ce n’est pas évident qu’il y ait beaucoup de monde parce que c’est quelque chose d’assez nouveau encore”, dit Seynabou Fall, un peu plus compréhensive.

Elle a du mal à persuader Mme Ndiaye de son jugement. “C’est mon père qui m’a suggéré de venir voir. C’est par la télévision qu’il a fait la découverte de la ‘Korité du MIN’. Très enthousiaste, il m’a persuadé de venir voir”, raconte Mariama Ndiaye.

“C’est propre, on y est à l’aise”

D’après elle, l’organisation de la “Korité du MIN” est une bonne initiative.

“On m’a dit que des vendeurs de produits horticoles allaient venir en milieu de journée. Jusqu’à présent, je ne les vois pas venir”, s’alarme Mme Ndiaye, tandis que Seynabou Seck, elle, trouve les prix en vigueur au MIN bien abordables. “Ceux des poivrons jaunes et rouges surtout”, précise-t-elle, estimant que les poivrons coûtent beaucoup moins cher au MIN que dans les marchés dakarois.

Les sacs de 25 kilos d’oignon et de pomme de terre coûtent respectivement 6 500 et 7 000 francs CFA, d’après Mme Seck. Cette commerçante venue de Thiès (ouest) jure que ces deux denrées fortement consommées lors de la Korité – la fête de l’Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan – coûtent beaucoup plus cher au MIN que dans les autres marchés.

Deux hommes devisent tranquillement dans les locaux du MIN, au milieu des cageots de salades, de citrons et de poivrons, de sacs remplis de pommes de terre et d’oignons. Ils s’activent dans le commerce des produits horticoles depuis 2019, selon l’un d’entre eux, Cheikhou Badji, venu prendre part à la “Korité du MIN” pour la première fois.

Participer à cet évènement commercial est un acte de patriotisme économique, de l’avis de M. Badji. “Je me réjouis de la logistique mise à notre disposition”, dit-il, enthousiaste.

"Korite du MIN" : la clientèle s'attendait à des prix meilleur marché

Khaliss Youm acquiesce. “C’est propre. On y est à l’aise, contrairement à nos marchés qui sont souvent sales et bruyants. J’ai fait un long trajet pour venir ici, ça ne pose pas problème”, raconte Mme Youm, souhaitant que la direction générale de la SEMIG inonde le MIN de produits horticoles bon marché.

“Cinq à six exposants-vendeurs seulement ! Si je savais cela, j’allais partir m’approvisionner dans les grandes surfaces”, ajoute Mme Youm d’un ton empreint d’humour.

Discutant avec une vendeuse, elle dit être déçue de sa découverte du marché d’intérêt national. “Il revient aux Sénégalais de s’approprier le MIN et de s’y rendre massivement”, suggère son interlocutrice.

Youma Diop est venue au MIN pour la deuxième fois. “C’est à nous de soutenir les initiatives de l’État comme celle-là”, dit-elle, estimant, par ailleurs, que le marché d’intérêt national est enclavé. La principale voie qui y mène reste à bitumer.

“Regardez, il n’y a pas de rush”

Des automobilistes viennent se garer dans l’enceinte du MIN. Des femmes en sortent et balaient les lieux de leur regard. Elles se parlent tout doucement, avant de se séparer. L’une d’elles se dirige vers un marchand de fruits et lui demande les prix des pommes, des prunes, des bananes, des raisins, etc.

“C’est la première fois que je viens ici. Je suis un peu déçue de la diversité, de la quantité et des prix des marchandises”, marmonne Siny Gaye, une fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage.

“Concernant les prix, il n’y a pas d’écarts majeurs avec ceux des autres marchés. Le marché est tout de même aéré et propre. Il doit être valorisé”, ajoute Mme Gaye, estimant que “beaucoup de Sénégalais ne connaissent pas encore le marché d’intérêt national”. “Regardez, il n’y a pas de rush. Il faut beaucoup de communication sur le MIN.”

Une dizaine de personnes restées debout devant un magasin attirent les regards. La gérante vend des légumes, des céréales, etc. D’un large sourire, elle promet de transmettre aux responsables du marché d’intérêt national les remarques et suggestions de ses visiteurs.

MFD/ESF/BK