SENEGAL-COLLECTIVITE-DECOUVERTE
Par Modou Fall
Keur Tamsir (Diourbel), 12 sept (APS)- Keur Tamsir reste profondément marqué par l’héritage de l’érudit Tafsir Momar Sène, fondateur au 19e siècle de ce village situé dans le département de Diourbel (centre), dans le Baol profond. Il revendique certes une certaine authenticité liée à son assise spirituelle, mais reste ouvert aux initiatives de développement. Des efforts toutefois contrariés par l’absence d’électricité et d’infrastructures sociales de base.
De l’agriculture à l’élevage, de nombreuses initiatives sont portées par les jeunes de Keur Tamsir, mais leurs efforts restent plombés par l’enclavement et l’absence d’électricité principalement.
Il est un peu plus de 16 heures, la route vers Touré Mbonde, commune rurale la plus importante de la zone, continue de se vider de ses derniers passants.
Pour rejoindre Keur Tamsir, il faut quitter l’axe principal et s’engager sur une piste sablonneuse. Trente minutes plus tard, vers 17 heures, apparaît un village paisible, niché dans un décor rural où le bétail côtoie les familles sous les arbres et devant les concessions.
Ce dimanche, les habitants ont regagné tôt leurs foyers après les champs. Sous l’arbre à palabres, ils se retrouvent pour la clôture d’une formation en horticulture et en apiculture, organisée au profit des jeunes et des femmes par l’ANPEJ, l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi des jeunes.
Les visages rayonnent de satisfaction. La mosquée, les maisons en palissades côtoyant celles en dur, les terrasses et les nouvelles constructions témoignent d’un village en pleine mutation.
Entre héritage religieux et défis du quotidien
Pour comprendre Keur Tamsir, il faut remonter à son fondateur, Tafsir Momar Sène.
Érudit sunnite, maître du Coran, il fut surnommé “Tafsir”, mais Momar Sène était son véritable nom, témoigne Mamadou Sène, cadre de banque à la retraite et petit-fils de Tafsir Momar Sène.
Par déformation, les habitants l’appelèrent “Tamsir”, donnant naissance au nom actuel du village.
Originaire du Djolof, où il fit ses études coraniques, il rejoignit ensuite le Bambouck, à l’appel de Maba Diakhou Ba, à l’époque de la guerre sainte que ce dernier menait contre le colonisateur. Après la mort de ce dernier, il continua d’épauler son fils, Saer Maty.
De retour dans le Baol, Tafsir Momar Sène entendit parler de Serigne Touba. Il se rapprocha de ce dernier qui le nomma cadi au tribunal musulman de Diourbel, une fonction qu’il exerça pendant 15 ans.
“Il était un homme visionnaire”, soutient Mamadou Sène, pas peu fier de retracer l’histoire de ce terroir auquel il reste profondément attaché.
Il note par exemple que les femmes de Keur Tamsir, dotées d’un certain savoir-faire en la matière, continuent de transmettre l’éducation religieuse héritée du fondateur, consolidant une empreinte spirituelle qui marque encore profondément la vie du village.
“La particularité de notre village, c’est l’originalité, l’authenticité”, affirme Mamadou Sène, selon qui parmi les douze villages de la commune de Touré Mbonde, Keur Tamsir est celui qui est perçu comme un lieu “purement religieux et spirituel”.
A l’époque coloniale, alors que les recrutements forcés pour l’armée faisaient rage, certaines populations venaient chercher refuge auprès de Tafsir Momar Sène, qui, selon son petit-fils, “n’hésitait pas à affronter les colons”.
Ce point d’histoire a contribué au prestige du village qui a accueilli de plus en plus de monde. De fait, des familles portant les patronymes Gaye, Ndiaye, Diouf et Lo ont trouvé leur place à Keur Tamsir, aux côtés de la descendance du patriarche.
Keur Tamsir vit désormais d’agriculture et d’élevage principalement. Les jeunes sont nombreux à s’investir dans les fermes et les micro-fermes, mais manquent de moyens pour moderniser leurs exploitations.

“Les jeunes sont ambitieux et très dégourdis”, souligne Mamadou Sène, ajoutant que la formation de trois jours en horticulture, agriculture et maraîchage dont vient de bénéficier le village illustre cette volonté de renforcer compétences et de valoriser les ressources locales.
Le village compte environ 25 concessions et plus de 250 habitants, selon les estimations de l’ancien cadre bancaire.
Situé à 1,8 kilomètre de Touré Mbonde et à 7 kilomètres de Diourbel, il reste difficile d’accès et n’est desservi que par une piste sablonneuse.
Le principal frein au développement demeure l’absence d’électricité, selon ses habitants.
Le village, fondé en 1900, n’a toujours pas d’électricité, déplore Mamadou Sène, malgré les démarches répétées auprès des autorités et de la Senelec, la société nationale d’électricité, selon ses dires.
La commune de Touré Mbonde a offert 15 lampadaires au village, mais cette dotation reste insuffisante.
Le manque d’électricité limite le plein développement des activités, y compris celles du groupement des femmes du village, pourtant structuré et disposant d’un compte bancaire. Lotie dès 1976 avant de bénéficier d’une extension en 2024, la localité attend toujours les infrastructures capables d’accompagner son essor.
Préserver le passé en construisant l’avenir
À cette difficulté s’ajoutent le manque d’emploi et l’absence de structure sanitaire.
Les diplômés restent généralement sans emploi, même si de nombreux jeunes du village sont employés comme mécaniciens, chauffeurs ou maçons dans l’informel.
Keur Tamsir dispose d’une école primaire de quatre classes, inaugurée dans les années 1990 avec des résultats scolaires jugés satisfaisants. Mais le village n’a ni poste ni case de santé. Une situation que ses habitants souhaitent voir changer.
Il reste que le village bénéficie, chaque année, de consultations médicales gratuites pendant le Magal, avec l’appui du district et du centre de santé de Touré Mbonde.
“A chaque édition, on enregistre rarement moins de 300 consultations”, souligne Mamadou Sène, qui toutefois plaide pour la construction d’une structure sanitaire.

À la tombée du jour, sous l’arbre à palabres où l’écho des voix continue de se faire entendre, Keur Tamsir offre l’image d’un village attaché à son histoire mais résolument tourné vers l’avenir.
La foi, la mémoire de Tafsir Momar Sène et la solidarité demeurent les piliers de la vie communautaire.
Cependant, derrière cette richesse spirituelle, se dessine une autre réalité, celle du manque d’infrastructures sociales de base.
Entre fierté et plaidoyer, les habitants de Keur Tamsir sont décidés à préserver l’héritage du passé sans oublier de donner aux jeunes et aux femmes les moyens de construire l’avenir.
MNF/ASB/BK/SBS
