Kédougou : AfriGold déplore l’exploitation illégale de son périmètre à Karakhéna
Kédougou : AfriGold déplore l’exploitation illégale de son périmètre à Karakhéna

SENEGAL-MINES-ENVIRONNEMENT

Kédougou, 29 avr (APS) – La société minière Afrigold déplore la présence de milliers d’orpailleurs étrangers illégaux sur le site qu’elle exploite à Karakhéna, dans la région de Kédougou (sud-est), affirmant que ces derniers utilisent des méthodes mettant en péril ses investissements.

“Les mineurs étrangers illégaux se trouvent actuellement à l’intérieur du permis Afrigold, ce qui entraîne des pertes incalculables pour l’entreprise et l’État”, a déploré Boubacar Dangnokho, responsable des ressources humaines de la société minière Afrigold.

Il a affirmé, dans un entretien avec l’APS, que toutes les autorités du département ont été informées de la situation.

“Mais nous ne constatons aucune réaction des autorités. Nous avons déposé une plainte et demandé des mesures contre l’occupation et l’exploitation illégales de notre permis de Karakhéna par les orpailleurs”, a-t-il ajouté.

Il a expliqué que la direction d’Afrigold est préoccupée par le fait que les mineurs artisanaux aient largement dépassé la profondeur maximale de 15 mètres et soient entrés illégalement dans la zone minière à travers des galeries creusées latéralement.

“La pratique illégale de l’activité d’orpaillage, au-delà de la profondeur autorisée, et le creusement de galeries souterraines en incursion hors des limites du couloir d’orpaillage mettent en danger la vie des orpailleurs qui y travaillent”, a-t-il mis en garde.

Selon Boubacar Dangnokho, cette situation risque de s’aggraver si des mesures “efficaces” ne sont pas prises immédiatement contre les orpailleurs.

“Nous avons toujours développé et entretenu de bonnes relations avec la population locale sénégalaise conformément à la convention minière et au Code minier du Sénégal. Toutes les réalisations d’Afrigold figurent dans les rapports annuels de l’entreprise”, a-t-il relevé.

L’historique du couloir d’orpaillage de Karakhéna

En 2013, l’administration minière sénégalaise a demandé à toutes les sociétés minières d’identifier et de céder aux mineurs artisanaux sénégalais une zone spécifique du site relevant de leur permis, selon le responsable des ressources humaines.

Afrigold a répondu favorablement en étant la première entreprise à faire un don d’une zone hautement productive de 27 hectares, enregistrée comme le corridor minier artisanal de Karakhéna et mise gratuitement à la disposition des mineurs artisanaux, a-t-il rappelé.

Selon M. Dangnokho, les orpailleurs étrangers illégaux constituent plus de 85% des acteurs de l’exploitation artisanale dans la zone.

“Plusieurs correspondances ont été adressées à cet égard aux autorités locales et étatiques. Aujourd’hui, l’enjeu le plus crucial réside dans les menaces qui pèsent sur la sécurité du personnel et des équipements de la compagnie qui ont été attaqués à plusieurs reprises par les orpailleurs”, a-t-il indiqué.

Il a signalé, par ailleurs, que les mineurs artisanaux sénégalais ont invité des mineurs étrangers à diriger les activités minières artisanales dans le corridor.

Depuis lors, poursuit-il, Karakhéna est devenu une colonie pour des milliers d’étrangers et, très certainement, “une menace pour la sécurité nationale au Sénégal”.

“Plus de 85% des mineurs artisanaux actifs sur le corridor de Karakhéna viennent du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée, du Libéria, de la Gambie, de la Côte d’Ivoire et d’autres régions de l’Afrique de l’Ouest”, affirme-t-il.

Il a souligné aussi que la profondeur de certains des trous miniers artisanaux peut atteindre 100 m en s’enfonçant profondément dans la roche dure, ajoutant que les mineurs utilisent des compresseurs et des explosifs pour extraire les matériaux.

M. Dagnokho a indiqué que, selon des informations et des statistiques “fiables”, basées sur les volumes mensuels d’or collectés par différents acheteurs, la production estimée d’or à partir du corridor de Karakhéna s’élèverait, en moyenne, à environ 100 kg par mois (1 200 kg par an).

“Si on cumule la production annuelle moyenne sur une période de 9 ans, cela donne un total de 10 800 kg d’or dont le gouvernement sénégalais n’a tiré aucun revenu”, a-t-il souligné, ajoutant que l’exploitation illégale d’or occupe plus de “4 000 chercheurs d’or originaires de nombreux pays” et qui opèrent sur “une superficie de plus de 5 hectares avec des activités minières atteignant déjà une profondeur de plus de 15 mètres”.

“Nous sommes astreints à uniquement signaler les intrusions au commandant de la gendarmerie locale et à demander de l’aide. Malheureusement, la gendarmerie nous répète sans cesse qu’elle ne peut pas nous aider en raison d’un manque d’effectif. La situation à Karakhéna est clairement devenue une question compliquée nécessitant l’attention et l’intervention du gouvernement. Il n’est pas possible pour les agents de sécurité d’entreprises privées, sans aucun droit opérationnel, de protéger et de contrôler la zone”, a-t-il conclu.

PID/ABD/HK