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Dakar, 2 juin (APS) – Alors que l’année scolaire tire à sa fin, l’interdiction de l’usage du téléphone portable dans les établissements scolaires, instaurée depuis octobre 2025 par le ministère de l’Éducation nationale, continue de susciter des réactions partagées chez les élèves, les enseignants et les parents d’élèves.
Si plusieurs acteurs à Dakar saluent une mesure visant à réduire les distractions et la triche en milieu scolaire, d’autres plaident pour une application plus souple tenant compte des besoins pédagogiques et des situations d’urgence.
Au lycée de Grand Dakar, plusieurs élèves rencontrés par le reporter de l’APS se disent favorables à l’interdiction du téléphone en classe, tout en contestant son application à l’ensemble de l’enceinte scolaire.
Ousmane, élève en classe de terminale, estime que le téléphone détourne les élèves des cours. “On ne peut pas être occupé à scroller et suivre attentivement le cours en même temps”, soutient-il. Toutefois, il considère que l’interdiction devrait uniquement concerner les heures de cours.
Même position chez Pape, élève en classe de terminale. Selon lui, le téléphone favorise la triche, notamment avec l’intelligence artificielle. “C’est une bonne mesure. Malheureusement, elle n’est pas strictement respectée. Beaucoup d’élèves continuent d’utiliser leur téléphone en classe. Certains passent pratiquement tout leur temps sur Tik Tok”, regrette-t-il.
Il estime néanmoins que les élèves devraient pouvoir utiliser leurs téléphones en dehors des salles de classe pour effectuer des recherches et réviser leurs leçons. “De nos jours, les téléphones sont indispensables, notamment dans l’apprentissage”, affirme-t-il.
Une élève du lycée de l’Unité 13 des Parcelles Assainies, ayant requis l’anonymat, partage cette position nuancée. “C’est bien d’interdire le téléphone en classe, mais le faire dans toute l’enceinte scolaire est inefficace”, dit-elle, évoquant notamment les situations d’urgence nécessitant parfois de joindre sa famille.
Au lycée John Fitzgerald Kennedy, Yacine considère, pour sa part, que cette interdiction n’est “pas une bonne mesure à tout point de vue”, le téléphone étant devenu, à ses yeux, un véritable outil pédagogique.
Elle cite les dictionnaires en ligne, les moteurs de recherche et les applications éducatives permettant aux élèves de mieux comprendre certaines notions abordées en classe.
“Lorsqu’un professeur utilise un mot qu’on ne comprend pas, on peut immédiatement faire une recherche et apprendre davantage”, explique-t-elle.
Les enseignants partagés
Alain Diémé, enseignant à Marsassoum (Sédhiou, sud), estime que l’État a des raisons valables d’interdire le téléphone à l’école, notamment à cause des risques de distraction et de triche. Toutefois, il plaide pour une réglementation plus équilibrée.
“Les élèves devraient pouvoir disposer de leurs téléphones dans la cour, en dehors des heures de cours”, soutient-il, estimant que les autorités auraient dû prévoir des cas spécifiques où l’usage du téléphone serait autorisé et d’autres où il serait interdit.
Il rappelle également que les téléphones peuvent servir d’outils d’apprentissage pendant les heures creuses ou pour des travaux de recherche. “L’usage du téléphone en soi n’est pas mauvais. Le véritable problème, c’est plutôt ce qu’on en fait”, déclare-t-il.
Kéba Danfakha, enseignant au lycée de Fanaye (nord), soutient également l’interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires, estimant qu’elle permet de limiter les cas de fraude.
Selon lui, de nombreux élèves utilisent aujourd’hui des applications capables de photographier et de traiter directement les sujets pendant les examens ou les évaluations.
Il considère que cette situation crée des doutes quant au niveau réel des apprenants. “Quand on corrige certaines copies, on retrouve parfois des idées ou des expressions qui dépassent largement le niveau habituel des élèves”, explique-t-il, soulignant qu’un enseignant qui suit un apprenant pendant plusieurs années est capable d’évaluer son véritable niveau.
Toutefois, Kéba Danfakha estime que cette interdiction doit être accompagnée de mesures adaptées. Il rappelle que le téléphone constitue également un moyen de communication entre les parents et leurs enfants, notamment pendant les pauses ou à la sortie des cours.
Selon lui, les établissements pourraient mettre en place des espaces sécurisés ou des placards destinés au stockage des téléphones avant l’entrée en classe.
Les élèves pourraient ainsi récupérer leurs appareils durant les pauses ou en cas de besoin. Il invite également l’État à réfléchir à des solutions permettant de maintenir le lien entre les élèves et leurs parents en cas d’urgence.
En revanche, Alex Diatta, enseignant, soutient fermement l’interdiction. Selon lui, les élèves utilisent rarement leurs téléphones à des fins pédagogiques.
“Ils passent plutôt leur temps à regarder des vidéos, parfois inadaptées, pour ne pas dire obscènes, via les applications numériques”, déplore-t-il.
Il attire également l’attention sur l’usage de l’intelligence artificielle dans les travaux scolaires. “Certains élèves ne font même plus l’effort d’apprendre parce qu’ils comptent sur des outils comme ChatGPT pour rédiger des dissertations ou résoudre des exercices”, fait-il observer.
Les parents d’élèves divisés sur la question
Pour Coumba Ba, parente d’élève résidant à Benn Tally, un quartier de Dakar, l’interdiction devrait principalement concerner le cycle moyen. Selon elle, les élèves du secondaire, notamment ceux des classes de terminale, ont davantage besoin du téléphone dans leurs études.
“Avec la digitalisation galopante, les candidats au baccalauréat disposent de nombreux cours en support numérique et effectuent beaucoup de recherches”, fait-elle savoir.
Elle estime également que les élèves devraient être responsabilisés et sensibilisés plutôt que de leur interdire systématiquement d’utiliser leurs téléphones, tout en plaidant pour une interdiction stricte durant les évaluations afin d’éviter la fraude.
À l’inverse, Assane Diop, parent d’élève habitant Grand Dakar, soutient pleinement la mesure gouvernementale. Il estime que les téléphones occupent une place excessive dans la vie des élèves au détriment des études.
“Beaucoup d’enfants passent plus de temps sur leur téléphone au lieu de se concentrer sur leurs cours”, affirme-t-il, estimant que les réseaux sociaux et les nouvelles technologies réduisent les efforts personnels des élèves.
Il considère également que l’école doit rester un espace de discipline, d’apprentissage et de concentration, même s’il reconnaît la nécessité de prévoir des moyens de communication entre parents et élèves en cas d’urgence.
Dans un communiqué publié en septembre 2025, le ministère de l’Éducation nationale avait rappelé que l’école devait demeurer un espace dédié au savoir, à la discipline et à la citoyenneté.
Les autorités éducatives avaient alors justifié l’interdiction du téléphone portable par les risques de distraction, de triche, de racket, de vol, de cyber-harcèlement, ainsi que par les effets jugés néfastes des écrans sur la santé et la socialisation des élèves.
Pour toutes ces raisons, le ministère avait annoncé l’application stricte de cette mesure dans l’ensemble des écoles, collèges et lycées, publics comme privés.
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