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Dakar, 3 mars (APS) – Le directeur général du laboratoire Téranga Pharma, Mouhamadou Sow, appelle à un effort collectif pour inverser la tendance des importations de médicaments au Sénégal, qui représente “un manque à gagner colossal” pour l’économie nationale.
Le Sénégal a importé pour près de 244 milliards de FCFA de produits pharmaceutiques au cours de l’année 2025, a-t-il signalé dans un entretien avec l’APS, un chiffre qui représente “un manque à gagner colossal” pour l’économie nationale.
“Il s’agit aujourd’hui d’inverser la tendance, il faut vraiment que tous les Sénégalais participent également à cela”, a indiqué le pharmacien, en faisant observer qu’un médicament importé ne participe pas à l’économie nationale.
“Ces milliards représentent des profits qui quittent le pays et des emplois créés à l’étranger plutôt qu’au niveau local”, a souligné Mouhamadou Sow, selon qui cette dépendance excessive aux importations entraîne une perte de devises préoccupante pour le Sénégal.
L’un des points les plus critiques soulevés par M. Sow concerne l’injustice fiscale qui frappe selon lui l’industrie locale pendant que le pays aspire à produire ses propres médicaments.
”Un médicament importé paye zéro franc en impôts, pendant que nous, les industriels locaux, nous payons près de 45% d’impôts”, a-t-il affirmé, jugeant cette situation ”anormale”, car contribuant à pénaliser directement la production nationale.
Pour remédier à ce déséquilibre, le Sénégal a mis en place, depuis le 22 septembre 2025, un système dit de ”corrélation”, sous l’égide du ministère de la Santé et de l’Agence de régulation pharmaceutique (ARP).
L’objectif est clair : suivre l’exemple du Maroc, de l’Algérie, de l’Égypte ou de la Tunisie, qui ont réussi à atteindre au moins 70 % de souveraineté pharmaceutique grâce à des mécanismes similaires.

Ce système permet de bloquer les importations d’une molécule dès lors qu’un industriel sénégalais peut garantir trois mois de consommation nationale permanente de celle-ci.
Cette réforme de la corrélation doit donc, selon le spécialiste, servir de catalyseur pour pousser les entreprises qui réalisent des profits au Sénégal à y investir physiquement, créant ainsi de la valeur ajoutée et des emplois sur place
“Pour les acteurs locaux, le succès de cette stratégie est la seule option possible pour garantir une sécurité sanitaire, afin d’atteindre une souveraineté pharmaceutique”, a précisé Mouhamadou Sow.
Au-delà des réformes structurelles, Mouhamadou Sow appelle les Sénégalais à “une consommation responsable”, en privilégiant le “Made in Sénégal”.
Il rappelle que la qualité d’un médicament ne peut être jugée par le patient, le médecin ou le pharmacien au simple regard, mais uniquement par un contrôle rigoureux en laboratoire.
En favorisant les produits locaux, les consommateurs deviennent des acteurs de la souveraineté stratégique et économique du pays, a-t-il ajouté.
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