ICC : la vente en ligne promet beaucoup, mais faut savoir s’y faire
ICC : la vente en ligne promet beaucoup, mais faut savoir s’y faire

SENEGAL-CULTURE-ECONOMIE

Dakar, 6 juil (APS) – Les entrepreneurs des industries culturelles créatives (ICC) misent de plus en plus sur la vente en ligne ou e-commerce, en profitant des opportunités offertes par les réseaux sociaux et autres plateformes numériques, mais pas toujours avec le savoir-faire nécessaire. Il leur faut très souvent s’attacher les services de développeurs pour trouver leur compte.

Les boutiqués en ligne pullulent depuis quelques années sur le Net, surfant sur le boom des réseaux sociaux pour stipuler le commerce en ligne : bijoux, sacs, tableaux, ouvrages, tout y passe, même des produits artisanaux.

Si certains acteurs ont bien conscience des limites dans e-commerce, qui sont parfois fonction de l’environnement, d’autres, en revanche, laissent entendre que tout dépend du savoir-faire et de la manière d’utiliser à son avantage certains outils.

Boubacar Djiba, un des initiateurs de la plateforme “Senmixmaster” – pionnière en mastering et en amélioration audio en Afrique et qui accompagne les ICC – pense que le e-commerce permet réellement de booster le secteur, à condition de bien savoir l’utiliser en se servant des objets dérivés des œuvres proposées.

“J’estime que le e-commerce aide à booster réellement les ICC, mais cela dépend de comment l’artiste utilise cet outil, de ce qu’il propose à son public et surtout des produits dérivés de son produit qu’il met à la disposition de sa clientèle”, explique ce spécialiste des ICC, dans un entretien avec l’APS.

La plateforme “Senmixmaster” n’a pour le moment pas encore développé le volet e-commerce pour aider les artistes, mais possède, toutefois, “pas mal de solutions pouvant les accompagner dans ce sens”. “Notre plateforme permet aux artistes et aux créateurs de contenus d’avoir accès à un son de qualité, mais on n’a pas encore développé ce volet-là en termes de ventes. On réfléchit beaucoup à cela et on a pas mal de solutions dans ce sens”, précise-t-il.

Le e-commerce ne se limite pas seulement à la vente des produits en ligne, son rayon va au-delà de ce que les uns et les autres peuvent imaginer.

“Quand on parle du e-commerce, l’on peut déjà voir quels sont les différents produits que les consommateurs peuvent trouver facilement en vente sur le net”, mais “il faudrait surtout penser aux produits dérivés artistiques pouvant être vendus en ligne”, a-t-il relevé.

“Le e-commerce, c’est une bonne opportunité pour les artistes, si et seulement si ils savent bien l’utiliser, en ajoutant les produits dérivés des œuvres proposés, car c’est quelque chose de très innovant. Et certains le font déjà”, ajoute-t-il. 

WhatsApp, l’un des outils à prendre en considération

Parmi les nombreuses plateformes utilisées par les ICC pour vendre leurs créations, comme YouTube ou TikTok, Boubacar Djiba cité également l’application mobile WhatsApp. La vente directe au consommateur n’existant “presque plus”, il estime que cette application peut représenter un recours intéressant pour le e-commerce.

“Si l’artiste n’a pas une équipe derrière pour quantifier la data room de son YouTube ou contacter des personnes directement pour vendre des produits dérivés, il peut utiliser WhatsApp comme le moyen le plus rapide de communiquer avec ses fans et les pousser à acheter [ses produits]”, fait-il valoir.

Les artistes utilisent surtout WhatsApp en raison de la réputation de cet outil à favoriser la vente directe aux consommateurs.

“Dans les pays plus développés, ce sont les mailing-list qui sont en vogue. Lorsqu’on a une liste d’emails de personnes intéressées par nos produits, l’on peut leur envoyer ce mailing, et à leur tour, elles peuvent les acheter directement et facilement en ligne”, explique M. Djiba. La liste des mails s’avère être “un procédé un tout petit peu délocalisé” vers l’utilisation de WhatsApp, note-t-il.

“Je dirais que l’utilisation de WhatsApp pour la vente en ligne peut permettre aux artistes de s’en sortir. Mais il faut noter qu’il existe l’équivalent des plateformes au niveau local, qui ne sont malheureusement pas trop soutenues et qui effectuent cette même tâche”, relève dit-il.

Pour tout dire, soutient-il, il y a un intérêt certain à soutenir les jeunes qui innovent en créant des plateformes visant à accompagner les artistes dans la vente de leurs œuvres. “Mais souvent, ils n’ont pas cet accompagnement, ce soutien financier et technique qui peut leur permettre d’exceller”, regrette le spécialiste des ICC.

Associer les développeurs

Le créateur de la marque “Fang”, El Hadj Fallou Mbacké Ngom, considère pour sa part qu’il est plus facile de faire du e-commerce que de collaborer avec des développeurs.

“Les développeurs connaissent leur travail et savent quoi faire pour mieux vendre en ligne, il faut toujours faire appel à eux. Au-delà d’être styliste, je suis aussi développeur, et je connais comment cela marche, je travaille avec ceux qui sont du domaine pour mieux gérer ma boutique et générer des chiffres”, renseigne-t-il.

Selon lui, le Sénégal, avec ses startups qui se multiplient, peut tirer son épingle du jeu dans le domaine du e-commerce, à condition que les entrepreneurs évoluant dans ce secteur acceptent de se mettre en relation avec les experts indiqués.

“Le e-commerce peut véritablement booster les ICC. Je cite l’exemple de notre boutique, au départ on a pu régler facilement le système de paiement en ligne grâce à Spotify. Cela revient à dire que même les clients vivant en dehors du Sénégal peuvent payer rapidement et facilement leurs articles en ligne, sans problème”, témoigne-t-il.

Selon lui, cette plateforme de streaming donne aux entrepreneurs la possibilité de créer leur propre marché à partir de 150 mille FCFA. “Il faut juste être intelligent et s’ouvrir si tu veux mieux vendre en ligne. En créant ton marché sur Spotify, tu peux travailler à mieux bâtir ta marque et inviter tes consommateurs à acheter un Mastercard, qui leur permettra d’effectuer des achats en ligne”, explique-t-il.

Des paramètres à mettre en place

La propriétaire de la maison de haute couture éthique dénommée “Donatelacrea”, en ce qui la concerne, estime qu’il reste encore beaucoup de paramètres à mettre en place, comme le système de paiement en ligne dénommé “Total Quality Logistics (TQL)”, pour voir le e-commerce booster réellement les ICC.

“Il reste beaucoup de choses à mettre en place, pour qu’il y ait un éclat et pour que les ICC soient réellement boostées par le e-commerce”, dit Donatela Epouhé.

ICC : la vente en ligne promet beaucoup, mais faut savoir s'y faire

Cette styliste et designer reconnait par ailleurs recourir au Mobile Money pour vendre ses produits – bijoux en bronze, sacs, vêtements et autres objets produits artisanaux représentatifs tout à la fois de la culturelle sénégalaise et celle du Cameroun, son pays d’origine.

“Dans 80% des cas, lorsque le client voit nos produits en ligne, il me contacte, ensuite je lui expédie son produit, et lui en retour me fait un transfert par Mobile Money”, dit-elle, évoquant toutefois quelques inconvénients liés au Mobile Money, notamment les frais de retrait que les ICC sont appelés à payer après les transferts des clients.

“Il y a des frais à payer pour retirer l’argent, peu importe le moyen de transfert. Donc, pour l’instant, je ne trouve pas d’avantage dans ce domaine”, lance-t-elle.

Sauf que “les paiements par TQL reste une formule non encore développée ici au Sénégal”, ce qui constitue à ses yeux “un manque à gagner pour les ICC”, lesquelles “ont parfois du mal à percevoir leurs paiements du côté de la clientèle européenne ou encore américaine”, a-t-il indiqué.

“Il y a quand même des limites à ce niveau. Pour le moment, nous n’avons pas de représentations sous d’autres cieux pouvant nous aider à vendre nos œuvres, puisque notre marque est encore récente, raison pour laquelle on a du mal avec le paiement à ce niveau-là”, précise-t-elle.

Elle souligne toutefois la nécessité, pour les autorités compétentes, de trouver des formules “très adaptées” pour les artisans, les créateurs et acteurs évoluant dans les ICC, en vue de ne pas “éteindre leur métier”.

AMN/FKS/BK