Gestion des sites d’orpaillage : le préfet de Saraya préconise une approche globale
Gestion des sites d’orpaillage : le préfet de Saraya préconise une approche globale

SENEGAL-MINES-STRATEGIE

Kédougou, 20 avr (APS) – Le préfet du département de Saraya, Babacar Niang, préconise une approche globale de la gestion des sites d’orpaillage alliant régulation, sécurisation et accompagnement des acteurs dans cette partie de la région de Kédougou (sud-est), en vue de mieux prévenir les éboulements meurtriers qui ont causé 54 décès l’année dernière, au moins 22 victimes depuis janvier dernier.

“Entre exploitation clandestine, risques d’accidents et enjeux migratoires, les autorités locales plaident pour une approche globale alliant régulation, sécurisation et accompagnement des acteurs du secteur”, a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l’APS.

“Les chiffres avancés sont préoccupants : rien qu’en 2025, 44 cas d’éboulements ont été enregistrés, causant 54 décès. Depuis le début de l’année 2026, on dénombre déjà 22 victimes”, sans compter dans un éboulement survenu mardi et mercredi derniers à Kharakhéna, où coexistent sites légaux et exploitations clandestines, a-t-il signalé.

‎L’orpaillage occupe une place centrale dans le département de Saraya, structurant l’essentiel des activités économiques, sociales et environnementales dans cette partie du pays, selon l’autorité administrative.

Il note toutefois que cette dépendance s’accompagne de risques importants notamment liés aux affaissements de puits artisanaux, en dépit des mesures prises par l’administration territoriale pour renforcer la sécurité afin de mieux encadrer le secteur.

‎Babacar Niang a fait observer que la quasi-totalité des éboulements ont été enregistrés dans les sites clandestins de Karakhéna et dans le périmètre minier de la société minière Afrigold.

L’orpaillage est légal, l’exploitation sans permis interdit

“Les éboulement les plus meurtriers sont localisés à Karakhéna. Et nous avons constaté que tous les cas d’éboulement surviennent dans des sites clandestins à Karakhéna pratiquement dans le site d’exploitation Afrigold”, une société disposant de 38 km2 à exploiter mais qui a cessé ses activités depuis deux ans et dont le personnel a été libéré.

‎Selon le préfet de Saraya, l’arrêt des activités de cette société incapable d’assurer la sécurisation de ses périmètres a contribué à empirer la situation.

“Le code minier est clair, la sécurité incombe au promoteur. Mais face à certaines défaillances de la sécurité de l’entreprise, nous avons pu déployer des forces de défense et de sécurité et intervenir pour des raisons de sécurité publique”, a-t-il poursuivi.

‎Il a indiqué que des éléments de la gendarmerie ont été déployés sur les sites les plus sensibles, notamment au niveau de sites jumeaux identifiés comme le théâtre d’éboulements particulièrement meurtriers par le passé.

“Malgré ces efforts, les autorités font face à une adaptation constante des orpailleurs clandestins qui se redéployent vers d’autres zones, souvent la nuit. Et il est impossible de couvrir en permanence un périmètre de 38 km²”, a-t-il expliqué, saluant le dispositif sécuritaire mis en place, caractérisé par la présence permanente de la gendarmerie sur ces deux sites.

“Depuis lors, on n’a plus enregistré de cas de morts dans ces deux sites jumeaux. Et des patrouilles sont organisées en relation avec le personnel de sécurité de la société Afrigold pour chasser les orpailleurs”, a-t-il poursuivi.

‎Les derniers accidents signalés à Karakhéna, impliquant des orpailleurs clandestins appelés “les Khourou-khouras”, illustrent parfaitement, à ses yeux, la situation des exploitations illégales menées sans aucune mesure de sécurité, contrairement à ce qui se passe sur les sites réguliers où des dispositifs sont généralement mis en place, selon le préfet du département de Saraya.

“L’orpaillage est une activité légale au Sénégal. Ce qui est interdit, c’est l’exploitation sans permis. Depuis 2013, l’État a engagé un processus de formalisation du secteur, avec notamment l’attribution de couloirs d’orpaillage”, a-t-il fait savoir.

Les mouvements transfrontaliers, “un enjeu crucial”

Selon le préfet, en 2015, 19 couloirs ont été arrêtés dans les régions de Kédougou et Tambacounda dont 12 dans le département de Saraya, sauf que certains sites, peu rentables, sont ensuite abandonnés par les orpailleurs.

‎”Aujourd’hui, les autorités entendent revoir cette stratégie en procédant à des études préalables pour identifier des zones réellement exploitables. Et de nouveaux couloirs seront bientôt attribués, avec un accompagnement renforcé en matière de sécurité”, a annoncé Babacar Niang.

‎Il a pointé une autre problématique importante, qui concerne la gestion des flux migratoires sur les sites d’orpaillage de Saraya qui accueillent des ressortissants de plus de dix pays différents.

La main-d’œuvre est majoritairement étrangère, et aucun citoyen sénégalais ne figure parmi les 54 décès enregistrés en 2025, a-t-il précisé.

Le contrôle des mouvements transfrontaliers reste “un enjeu crucial” dans cette partie du pays qui partage ‎418 km de frontière avec le Mali, selon l’autorité administrative.

“L’État a ainsi décidé de renforcer sa présence dans la zone frontalière, notamment par la multiplication des postes frontaliers et la construction de nouvelles infrastructures sécuritaires”, a-t-il rassuré.

‎ Il a appelé à une meilleure régulation des sites d’orpaillage qui pose désormais un véritable problème de sécurité publique, en dépit de l’importance économique de cette activité dans le département de Saraya.

‎PID/ABD/BK/HK