Gaza : au-delà des chiffres et des noms, une horreur sans fin
Gaza : au-delà des chiffres et des noms, une horreur sans fin

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Dakar, 8 sept (APS) – L’émotion suscitée par la projection à la Mostra de Venise du film intitulé “La Voix de Hindy Rajab”, inspiré du martyr d’une fille palestinienne de cinq ans, assassinée le 29 janvier 2024 par l’armée israélienne avec des membres de sa famille, est l’expression du rejet absolu de l’horreur imposée depuis près de deux ans aux Palestiniens dans la bande de Gaza.

Les spectateurs et participants au festival de cinéma de Venise ont pendant 24 minutes applaudi, debout, après la projection du film réalisé par Tunisienne Kaouther Ben Hania.

La docufiction relate l’histoire d’une jeune fille palestinienne à travers sa conversation téléphonique avec des secouristes quelques instants après que la voiture à bord de laquelle elle avait pris place a été prise pour cible par des militaires israéliens.

Hindy Rajab, cachée au milieu de dépouilles de membres de sa famille (son oncle, sa tante et quatre cousins) coincés dans le véhicule, continua à échanger avec les opérateurs de secours jusqu’à l’extinction de sa voix accompagnée de tirs nourris.

Elle sera retrouvée morte douze jours plus tard dans la voiture criblée de 335 balles, de même que les ambulanciers paramédicaux qui avaient tenté de la secourir.

“La Voix de Hindy Rajab” n’a certes pas remporté le Lion d’Or, récompense suprême de la Mostra de Venise, mais à la faveur de l’exposition médiatique et de la puissance de l’outil cinématographique, cette docufiction a permis d’ouvrir davantage les yeux du monde sur la tragédie du peuple palestinien.

Le long métrage, récompensé par le Lion d’argent de la Mostra de Venise (27 août-6 septembre), rappelle notamment qu’au-delà du décompte macabre rythmant l’actualité depuis le 7 octobre 2023, se joue encore le destin de plus de deux millions de Gazaouis.

Des destins et des rêvent brisés sous les décombres d’une étroite bande de terre dont il ne reste plus grand-chose tant l’ampleur de dégâts documentés dans des vidéos partagées à travers le monde renvoie à un décor d’apocalypse.

Le destin tragique de Hindy Rajab fait penser à celui d’Amir, un autre enfant palestinien de cinq ans tué après avoir parcouru 12 kilomètres sans chaussures pour avoir de quoi manger.

Il venait de succomber au milieu de dizaines d’autres de ses compatriotes après que l’armée israélienne a ouvert le feu près d’un centre de distribution d’aide. Son histoire a été rendue publique par un ancien soldat américain employé dans le cadre de cette opération de distribution d’aide.

“La valise ou la mort”

D’après des données confirmées par des agences onusiennes, plus d’un millier de Palestiniens ont perdu la vie en tentant de récupérer de l’aide dans des centres de distribution gérés par l’armée israélienne et une fondation israélo-américaine. “L’apparence de ces personnes chargées de cette distribution d’aide renvoie à des mercenaires armés et masqués”, a récemment dénoncé le journaliste franco-américain Gallagher Fenwick.

L’ancien correspondant de France 24 à Jérusalem pointe notamment du doigt “une logique coloniale consistant à nourrir des gens que vous tuez en même temps”. Il a qualifié ”d’extrême cruauté” le fait de demander à des gens qui se font massacrer tous les jours d’aller chercher leurs sacs de farine chez des gens qui leur tirent dessus.

Selon M. Fenwick, tout cela répond à une logique coloniale qui sert un projet d’épuration ethnique consistant à faire sortir les Palestiniens de la bande de Gaza. “Le choix qui est donné aux Palestiniens de Gaza, c’est la valise ou la mort. Israël attaque la ville de Gaza pour forcer les populations à aller vers le sud du territoire afin qu’elles y soient enfermées dans un +univers concentrationnel+”.

Près de deux ans après le déclenchement de l’intervention de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, plus de 64 000 Palestiniens, dont une grande majorité de femmes et d’enfants, ont perdu la vie.

Cette opération militaire israélienne lancée au lendemain d’une attaque meurtrière perpétrée en terre israélienne par le Hamas, un mouvement se réclamant de la résistance palestinienne, s’accompagne d’une logique de destruction méthodique de toutes les infrastructures indispensables à la vie des populations gazaouies.

La quasi-totalité des écoles, structures sanitaires, routières, universitaires a été réduite en ruines, d’après les témoignages et images relayés sur les plateformes numériques.

La bande de Gaza reste soumise à un blocus total, rendant impossible toute entrée d’aide des agences onusiennes.

AKS/BK