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Tivaouane, 25 août (APS) – À quelques heures de la célébration de la nuit du Mawlid, Tivaouane est prise d’assaut par des milliers de fidèles, dont l’affluence dans les principales artères fait toutefois émerger une activité commerciale bien visible, celle des vendeurs de portraits de guides religieux, qui profitent de l’engouement des pèlerins désireux de repartir avec l’effigie de leur marabout en souvenir ou pour décorer leur intérieur.
À mesure que l’heure avance, les rues se remplissent davantage. Les véhicules circulent difficilement sur certains axes et les groupes de pèlerins se croisent dans tous les sens. L’ambiance est marquée par une grande ferveur. Des voix récitent des prières, des salutations fusent au passage des connaissances et les fidèles se dirigent vers les différents lieux de ziar.
De la Grande Mosquée à la Zawiya Tijaniyya, en passant par la zawiya Khalifa Ababacar Sy et les environs de la résidence de Serigne Mansour Sy, les portraits de Maodo et de plusieurs membres de sa famille sont exposés à même les murs, sur des tréteaux improvisés ou simplement posés contre les façades. Les visages de Seydi El Hadji Malick Sy, ses fils et petits-fils comme Seydi Ababacar Sy, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh et Serigne Mbaye Sy Abdou attirent les regards des passants.
À la Zawiya principale, près du portail d’entrée, plusieurs portraits sont soigneusement alignés contre un mur. Certains sont de petit format, d’autres beaucoup plus grands. Les vendeurs veillent à ce que les visages soient bien visibles et réajustent régulièrement les cadres lorsqu’un passant les déplace en les examinant.
Mor, la trentaine, se tient debout derrière son étal improvisé. Vêtu d’un boubou traditionnel aux motifs sobres et coiffé d’un bonnet, le jeune homme interpelle discrètement les passants intéressés.
Un homme s’arrête devant les portraits. Il se penche légèrement, regarde successivement plusieurs images avant de demander le prix. ‘’Les prix varient entre 1 000 et 4 000 francs CFA’’, répond le vendeur.
Il assure que les affaires marchent plutôt bien, notant que les pèlerins qui arrivent à Tivaouane manifestent un intérêt particulier pour les portraits des grandes figures religieuses de la cité. ‘’Les pèlerins achètent. Il y a beaucoup de monde et les ventes marchent bien’’, indique Mor.

L’affluence augmente les possibilités de vente
À quelques mètres de là, Abdou, âgé d’environ 30 ans, tient entre les mains des portraits. Vêtu d’un pantalon sombre et d’un tee-shirt ample, chapelet autour du cou, il reste debout près d’un sac rempli de portraits en petit format. De temps en temps, il réarrange ces entre ces mains, à chaque fois qu’un passant jette un coup d’œil.
‘’Les gens regardent beaucoup avant d’acheter. Mais depuis ce matin, ça bouge bien’’, explique-t-il.
Il estime que les portraits des grandes figures de Tivaouane sont particulièrement recherchés en cette période. ‘’Beaucoup viennent ici avec l’intention de repartir avec quelque chose qui leur rappelle le Gamou et Tivaouane’’, souligne-t-il.
À proximité de la résidence de Serigne Mansour Sy, Malick, âgé d’une trentaine d’années, a également installé ses portraits. Habitant de Tivaouane, il connaît bien l’agitation particulière de la ville à l’approche du Gamou.
Assis sur une petite chaise derrière son étal, vêtu d’un boubou beige agrémenté de motifs verts, il regarde les mouvements de la foule. À ses pieds, plusieurs portraits sont soigneusement empilés, tandis que ceux en grand format sont disposés verticalement contre le mur.
Malick explique que le Gamou représente une période importante pour son activité. ‘’Pendant les jours ordinaires, il n’y a pas autant de monde. Mais à l’approche du Gamou, les pèlerins arrivent de partout. Cela augmente forcément les possibilités de vente’’, assure-il.
Il remarque également que certains clients viennent avec une idée précise. ‘’Il y en a qui demandent directement le portrait de Maodo. D’autres cherchent Khalifa Ababacar Sy ou Dabakh. Et parfois, ils prennent plusieurs portraits’’, raconte-t-il.
Dans les rues proches de la mosquée Khalifa Ababacar Sy, l’affluence est encore plus impressionnante. Une longue file de fidèles s’étire devant le mausolée du premier khalife de Maoso. Les hommes, pour la plupart vêtus de grands boubous, avancent lentement, tandis que d’autres attendent leur tour à l’ombre des bâtiments. Des femmes, également nombreuses, se dirigent vers les lieux de recueillement.

Au milieu de cette foule, Fallou, venu de Touba, tente de se faire une place avec ses portraits. Debout au près des longues files d’attente menant au mausolée de Khalifa Ababacar sy, il observe les mouvements de la foule.
‘’Je suis venu de Touba parce que je sais qu’à l’approche du Gamou, il y a beaucoup de monde ici. Les gens viennent pour se recueillir et certains profitent de leur passage pour acheter des portraits’’, explique-t-il, constatant une hausse des ventes en ce début de semaine de veille de Mawlid.
Un peu plus loin, Oumar, 25 ans, venu de Thiès, a choisi de s’installer près du mausolée Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine. Il reste debout devant une rangée de portraits. De temps à autre, il s’accroupit pour réorganiser les cadres et sortir d’une pile un portrait demandé par un client.
‘’Beaucoup viennent d’abord pour se recueillir. Quand ils sortent, ils voient les portraits et s’arrêtent. Certains demandent le prix, d’autres achètent directement. Je rends grâce à Dieu, les clients ne manquent pas ’’, confie Oumar.
À quelques pas, Moustapha, un autre habitant de Tivaouane, âgé d’une trentaine d’années, surveille son petit commerce. Vêtu d’un grand boubou beige et coiffé d’une calotte blanche, il est assis à même sol à d’une rangée de portraits.
Moustapha connaît bien le rythme de la ville en de pareilles circonstances. Selon lui, l’affluence constitue une véritable opportunité pour les vendeurs. ‘’Quand il y a beaucoup de monde, forcément, il y a plus de personnes qui voient les portraits. Nous espérons que les ventes vont continuer jusqu’à la fin du Gamou’’, dit-il.
Mor, Abdou, Malick, Fallou, Oumar et Moustapha ont ainsi transformé les abords des lieux religieux en petits espaces d’exposition, trouvant bien leurs comptes dans ces moments de recueillement. Leurs portraits, soigneusement disposés, racontent à leur manière une partie de l’histoire religieuse de Tivaouane.
MYK/SMD/MTN
