‘’Former ici, développer ici’’ : le pari de Mont-Rolland pour fixer sa jeunesse
‘’Former ici, développer ici’’ : le pari de Mont-Rolland pour fixer sa jeunesse

SENEGAL-COLLECTIVITE-FORMATION

Par Momar Khoulé Ba

Mont-Rolland, 12 mai (APS) – Sous le crédo ‘’Former ici, développer ici’’, le centre de formation professionnelle de Mont-Rolland se positionne comme un rempart contre l’exode rural des jeunes déscolarisés, en leur proposant des métiers adaptés à l’économie locale.

Il est à peine 9 heures. Dans la cour du Centre de formation professionnelle, le choc métallique des outils rythme la matinée. Des voix s’entrecroisent, des consignes fusent. À quelques pas, une odeur appétissante s’échappe de l’atelier de restauration, où mijotent déjà les plats du jour.

Ici, à Mont-Rolland, la formation professionnelle n’est pas une idée abstraite. Elle se touche, s’entend, se vit. Dans son bureau sobre, ouvert sur cette agitation maîtrisée, Saliou Sène observe. À la fois directeur du centre et coordonnateur des chefs d’établissements publics de formation professionnelle et technique de la région de Thiès, il résume en quelques mots la spécificité de l’établissement: ‘’Former ici, pour développer ici’’.

Un rempart contre l’exode rural

‘’Former ici, développer ici’’ : le pari de Mont-Rolland pour fixer sa jeunesse

Dans cette commune à dominante agricole, le centre s’est progressivement imposé comme un levier de développement local. Chaque année, des dizaines de jeunes — souvent sortis prématurément du système scolaire classique— y trouvent une nouvelle trajectoire pour donner du sens à la vie.

‘’Avant, beaucoup quittaient le village faute d’opportunités. Aujourd’hui, ils peuvent apprendre un métier et construire leur avenir ici’’, explique le directeur. Restauration, couture, horticulture, élevage, mécanique automobile, électricité domestique, plomberie… : l’offre de formation épouse à bien des égards les réalités économiques du territoire.

Dans les ateliers, la théorie s’efface rapidement derrière la pratique. En plomberie, des apprenants s’activent autour d’un réseau de tuyauterie encore en chantier. En mécanique, des moteurs démontés révèlent leurs secrets sous des mains appliquées.

Le centre mise sur une approche par compétences et sur la formation duale, en lien avec des entreprises partenaires. Une manière de rapprocher l’école du monde du travail. “Notre objectif, c’est que chaque jeune qui sort d’ici soit immédiatement opérationnel”, martèle Saliou Sène. Mais la réalité rattrape parfois l’ambition. Si certaines filières sont bien équipées, d’autres, plus récentes, manquent encore de matériel. ‘’On fait avec les moyens du bord, mais il faut investir davantage pour garantir une formation de qualité’’, admet-il sans détour.

Entre défis et ambitions : un centre en quête d’élan

‘’Former ici, développer ici’’ : le pari de Mont-Rolland pour fixer sa jeunesse

Âgés de 13 à 25 ans, les apprenants viennent pour la plupart de Mont-Rolland et des villages voisins. Beaucoup ont quitté l’école classique, parfois sans diplôme. Ici, ils ne viennent pas seulement apprendre un métier. Ils cherchent une direction, une stabilité, une seconde chance. Un avenir.

Mais l’insertion reste un défi. Avec un taux avoisinant les 33 %, tous ne trouvent pas immédiatement un emploi à la sortie. Pour inverser la tendance, le centre multiplie les partenariats avec des entreprises, notamment dans l’agroalimentaire et l’hôtellerie, ouvrant la voie à des stages et, parfois, à des embauches.

Derrière les avancées, les obstacles persistent. Le manque d’équipements freine certaines formations. La capacité d’accueil reste limitée face à une demande croissante. Et l’insertion professionnelle, bien qu’encourageante, demeure fragile, selon les responsables de l’établissement.

Sur le terrain, cela se traduit par des ateliers parfois sous-dotés et des jeunes que le centre ne peut pas accueillir. Mais loin de céder au fatalisme, l’établissement s’adapte. Les partenariats se renforcent, notamment avec le 3FPT- le Fonds de financement de la formation professionnelle et LuxDev-le programme d’aide de Luxembourg- pour mobiliser davantage de ressources. L’approche ‘’chantier-école’’ se développe, plongeant les apprenants dans des situations concrètes, proches du réel.

L’autre priorité, c’est la formation continue des encadreurs, essentielle pour suivre l’évolution des métiers. Et l’avenir est déjà en ligne de mire. Le centre envisage d’élargir son offre, avec des filières porteuses comme l’agroalimentaire, le froid et la climatisation, ou encore l’électromécanique.

Le centre est devenu un moteur pour toute une communauté. Au-delà de ses murs, le centre rayonne. Les jeunes formés participent à l’économie locale. Certains créent leur propre activité, d’autres rejoignent des entreprises de la région. Le centre lui-même contribue à cette dynamique à travers ses unités de production, en restauration, couture, horticulture. Soutenu par les collectivités territoriales et des partenaires techniques et financiers, il s’affirme progressivement comme un acteur clé de l’économie locale.

À Mont-Rolland, la formation professionnelle dépasse l’apprentissage d’un métier. Elle devient un outil de transformation sociale. Dans les ateliers, sous le regard attentif des formateurs, une génération se construit. C’est une génération qui, au lieu de partir, choisit de rester. Et surtout, de bâtir.

‘’Former ici, développer ici’’ : le pari de Mont-Rolland pour fixer sa jeunesse

MKB/ASB/ADC/SMD