Fallou Ngom, un ancien développeur informatique à l’assaut des podiums
Fallou Ngom, un ancien développeur informatique à l’assaut des podiums

SENEGAL-MODE-PROFIL

Dakar, 17 sept (APS) – Le styliste et designer sénégalais Fallou Ngom, développeur informatique de formation, a troqué depuis un an les lignes de code contre les croquis et les étoffes. Il s’apprête à franchir une nouvelle étape de sa nouvelle carrière, avec sa participation attendue à l’édition 2026 du Festival international de la mode du Togo (FIMO228), prévue du 25 au 27 septembre à Paris (France).

Fallou Ngom fait partie, avec sa compatriote Collé Ardo Sow, des vingt créateurs africains sélectionnés pour l’édition 2026 de FIMO228, sur les 1800 candidatures reçues par les organisateurs.

Il va y présenter le neuvième chapitre de la saison zéro de sa marque “Fang” dont il décide encore de garder secret le nom, mais il compte s’aligner sur le thème de l’évènement, à savoir “La mode pour un monde sans VIH+”.

Son agenda prévoit aussi une exposition privée à Barcelone (Espagne), avant de rentrer au bercail pour les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, prévus du 31 octobre au 13 nombre prochains et à l’occasion desquels il compte exposer son travail.

Mais avant l’étape de Paris, coïncidant avec son premier rendez-vous à l’international, le natif de Sandiara, une commune du département de Mbour (ouest), organise avec son équipe “une journée d’inclusion” ce samedi, pour casser la barrière séparant créateurs et public.

Une vision sous-tend la démarche de ce créateur, slasheur, passionné de mode depuis sa tendre enfance : rendre accessibles vêtements et prêts-à-porter souvent vendus à des prix hors de portée des bourses les plus faibles.

“Nous organisons pour la première fois, ce samedi 19 septembre, un festival où, durant toute la journée, 200 pièces uniques Upcycling [matériaux de récupération transformés en produits de qualité] de haute confection”, vendues “entre trente mille et cent cinquante mille FCFA”, seront cédées à des prix compris “entre trois mille et quinze mille FCFA”, explique l’artiste, en recevant une équipe de l’APS au Centre d’appui à l’initiative féminine (CAIF), une école de couture située à Sacré-Cœur 1, à Dakar, où il enseigne.

C’est en ces lieux que la collection intitulé “Mii Koy ?” (Et moi, en sérère, sa langue maternelle) sonne comme une interpellation adressée à tous ceux que la mode oublie trop souvent.

“Mii Koy ?”, message dont le sens profond est de rendre la création accessible à celles et ceux que la mode exclut par les prix, est le huitième chapitre de la saison zéro de la marque dénommée “Fang”, que Fallou a lancée en 2025.

Il a imaginé cette journée avec le public comme un parcours particulier sur plusieurs étages où chaque visiteur pourra suivre en live la confection complète de dix pièces phares, du premier coup de crayon au dernier point de couture. Ces tenues seront présentées lors du défilé prévu le même jour.

Des séances de live painting, des masters class ou encore des formations en défilé de mode sont également au programme de cette manifestation, à l’intention de ceux qui n’ont jamais été sur le podium.

“Les gens vont apprendre comment confectionner un vêtement. Dans d’autres salles, certains apprendront à marcher sur un podium et après cela, nous les retiendrons pour le défilé. Il y aura également de grands stylistes comme Donatela, Romzy”, fait-il savoir.

Fallou Ngom, un ancien développeur informatique à l'assaut des podiums

Le vêtement pour se libérer

Il existe une histoire derrière tous les chapitres de la saison de la marque “Fang” du créateur, qui signale, par exemple, que l’archétype du 8ème chapitre s’appelle “Fogamm”, “J’en fais partie”, en sérère. “C’est un personnage qui pose la question à Mii Koy […]”, ajoute le styliste.

Etabli à Saly, Fallou Ngom, artiste pluridisciplinaire dont l’art allie mode, design, musique et cinéma, conçoit la création comme un récit à raconter, raison pour laquelle chaque collection, dotée d’un nom sérère ou wolof, véhicule une identité.

Coiffé de dreadlocks, Fallou Ngom, du haut de son plus de 1m 90, a grandi en se sentant “décalé” par rapport aux codes de la mode. Plutôt que de s’y conformer, il a créé l’espace qui lui manquait, où le vêtement sert à se libérer plutôt qu’à rentrer dans un moule.

Sa marque “Fang”, comprenant des tenues afro-contemporaines, navigue entre la culture geek – le monde imaginaire, la science-fiction et le fantastique -, le streetwear et le savoir-faire made in Sénégal.

A 27 ans, le designer repousse les limites de la création, en misant sur les ambitions toujours plus poussées de sa marque “écoresponsable et inclusive”.

Sur cette base, il crée des vêtements à partir de tout type de tissu. Tout est important aux yeux de Fallou Ngom, qui a ce don de pouvoir transformer le plus banal des tissus en vêtement de luxe.

“Dans ma démarche, je cherche à casser la barrière liée au choix du tissu. Nous ne voulons pas avoir de limite en termes de matière première. On utilise toute sorte de tissus”, insiste l’artiste.

“Tout ce que je fais aujourd’hui, ce sont des projets datant de dix ans. Pour la nouvelle saison par exemple, je sais déjà ce que nous allons faire, car tout a été défini, l’histoire est déjà écrite. Les trente prochaines collections sont déjà créées”, dit-il, sur un ton qui rassure.

Fallou Ngom, un ancien développeur informatique à l'assaut des podiums

Créateur de la langue “Ohasso”

Fallou Ngom n’est pas seulement un styliste ou encore un développeur dont l’ambition était de créer une société de fabrication de smartphones. Il a créé également sa propre langue, qu’il a appelée “Ohasso”.

Dyslexique de son état, un trouble d’origine neurologique affectant durablement l’apprentissage, la vitesse et la précision de la lecture et de l’écriture, l’artiste utilise ses atouts et son intelligence pour créer une langue et son propre alphabet avec ses frères.

“Vu que j’avais envie de créer une langue, j’ai poussé la chose très loin. Et là, nous sommes en train de développer la langue. L’alphabet, quant à lui, est déjà mis en place, mais nous continuons à le développer également, et nous faisons des recherches pour qu’il ne ressemble pas aux autres”, explique Fallou.

Ses connaissances en logiciel lui sont d’un grand apport dans cette entreprise.

De fait, Fallou Ngom se cherchait par la mode depuis sa tendre enfance. Il avait l’habitude de dessiner des croquis, même si rien ne le prédestinait à une carrière de styliste.

La mode, le stylisme n’étaient pas mon choix. Je me concentrais sur les codes [informatiques], jusqu’à une période cruciale de ma vie, où j’ai perdu mon Cloud, qui contenait 12 ans de travail acharné, en 2015. Le déclic de mon entrée dans la mode est parti de là”, confirme-t-il.

Cela ne l’a pourtant pas découragé. Cet incident l’a plutôt encouragé et a été pour lui une grande source de motivation en le propulsant dans le monde du design et de la mode.

AMN/FKS/BK/HK